16 mars 2015

Le (Sur)Veilleur de temps

temps, grain de sable, métier, sablier

Illustration Mihai Criste

 

« M. Ixe n’a pas le choix. M. Ixe accepte le travail le plus ennuyeux du monde. Au moins est-il sans risque et pas fatigant pour un sou. Et pourtant, en dépit de tout, celui-ci deviendra sa raison de vivre… Et si cela devenait sa raison de mourir ? M. Ixe ne le sait pas encore, mais un grain de sable va bouleverser son existence. Rien qu’un tout petit grain de sable. »

 

 

Le (Sur)Veilleur de temps

 

 

C’est la chance de ma vie ! Je vais pouvoir mettre le beurre dans les épinards ou plutôt les épinards dans la casserole, vu la situation merdique de mon quotidien. Soulagement. Voilà le premier sentiment après ce coup de téléphone inattendu et tant espéré : j’ai rendez-vous demain matin à la première heure au siège social de la société « The time is time ». Boulot facile, pas de prise de tête et surtout, oui, surtout de quoi vivre ! Je déprimais ! Encore un mois et j’étais fichu dehors !

 

Je suis à l’essai pour quinze jours. Quinze jours à voir passer devant moi des milliers de sabliers. Mon job ? Enfantin : vérifier que tous reçoivent un nombre identique de grains de sable dans le sablier. Pas un de plus ni un de trop. En réalité, c’est une machine qui s’occupe de tout ! Le quota est encodé dans l’ordinateur et tout est automatique. J’ai même appris que ce n’était pas du gros sable à cause de l’humidité de l’air, mais plutôt de la poussière de marbre. J’ai à peine commencé ma fonction que j’en connais toutes les ficelles : le diamètre de l’orifice, son contenu et surtout le temps exact qui doit s’en écouler…

 

Je suis seul à ce poste. Je suis chargé de vérifier le modèle « V ». Ceux qui inlassablement déterminent cinq minutes chrono. Ni une seconde en trop ni trop peu. Je les examine un à un. Je me dis que dans mon cas, le temps, c’est de l’argent…

 

 

Cela fait maintenant quatre mois. J’en ai vu passer des sabliers ! Je ne compte plus le temps : il s’écoule grain de sable après grain de sable. Parfois, il m’arrive de ne plus supporter la vue du temps ! Un simple tic tac me donne désormais la nausée. Je m’en veux : je n’ai pas à me plaindre. Mon travail est tellement facile ! Pas vraiment de responsabilité, si ce n’est que de s’assurer que la Machine vérifie tout. Mais j’avoue que c’est terriblement lassant. Ennuyeux. Je n’apprends rien. Hormis compter le temps qui bondit inexorablement de cinq minutes en cinq minutes ! Parfois, je prie pour qu’il arrive quelque chose. N’importe quoi. Je me mets à rêver d’un autre modèle. Je ne sais même pas s’il en existe d’autres. Et en même temps, j’ai peur du changement… Mon salaire est régulier. J’honore mes dettes et je mange autre chose que des pois et des carottes. Je ne suis pas riche, mais j’ai la tête hors de l’eau !

 

J’ai découvert que "cinq minutes" pouvaient se déguiser en une demi-heure ! Le temps joue à l’élastique. Je n’en peux plus de poser mon regard sur les « cinq minutes » réglementaires. La femme de ménage, celle que je croise une fois tous les dix jours, m’a avoué qu’en général personne ne durait plus de trois semaines. Elle est épatée. Je ne sais que dire. Parfois, l’envie d’abandonner me tenaille : je m’ennuie. J’ai l’impression d’être inexistant, de n’être utile en rien puisque c’est la machine qui travaille. Elle ne se trompe jamais. Deux serveurs mis en réseaux veillent également sur elle. Pas sur moi. Je n’ai point d’importance…

 

Je me questionne : pourquoi me paye-t-on ? À quoi je sers au juste ? Et si je n’étais là que pour lui tenir compagnie ? Je suis le majordome de la machine à surveiller le temps. Une sentinelle. Pas même armée ! Je suis ridicule !

 

J’ai décidé de me reprendre. D’être heureux de ce qui m’arrive : j’ai un appartement, certes petit, mais avec des voisins sympas : tellement discrets que je ne les entends pas : n’est-ce pas l’idéal ? Point d’amantes : ça coûte trop cher et je n’ai pas les moyens. Et puis, oui, j’ai un job. Pas banal. Et je suis responsable de mon activité. Je suis mon propre chef. Juste une minuscule caméra de rien du tout, fixée dans mon dos. Je ne m’en suis rendu compte que la huitième semaine. Je ne sais plus comment. Un rai de lumière qui s’est reflété dans la lentille, je pense, et qui a dessiné un arc-en-ciel sur la paroi en verre d’un des sabliers. Cela a été le meilleur moment de la journée. J’en ai même fait un rapport. « Toute chose irrégulière, marquante ou étrange doit être consignée dans le Grand Registre. Daté, avec heure précise. » Pas question de passer sur ce petit plaisir ! Je me suis appliqué ! Deux brouillons pour être certain de ne pas raturer dans le grand cahier ! Et de ma plus belle écriture avec des lettres reliées comme il faut ! Un pur instant de félicité ! Mais bon, comme je m’en rendrai compte, plus tard, un moment unique...

 

J’ai donc du travail. De l’argent. Une responsabilité. Certes. Mais qu’est-ce que je m’ennuie ! Parfois, à force de suivre du regard les sabliers, je sens mes paupières s’alourdirent ! C’est quasiment hypnotique ! Je dois sans cesse lutter. Contre l’envahissement du temps. Et pourtant, je reste. Grain de sable après grain de sable. Serais-je condamné ?

Je ne peux pas partir.

Je ne peux abandonner.

Je sais désormais que je ne peux tourner le dos à cette tâche : qui d’autre pourrait le travailler aussi bien que moi ? J’y mets tout mon cœur. Toute mon âme. Même que parfois, je dépasse largement les heures de ma prestation. Il m’est impossible de décoller mon regard de cet instrument de mesure. Je dois encore et encore en délivrer partout dans le monde. Oui, sans moi, le temps risque de ne pas arriver à l’heure dans les foyers. J’ai une lourde tâche. Cela ne m’a pas paru aussi important de prime abord… Que l’on peut être naïf !

 

Des sabliers se succèdent devant moi. Infatigablement. Des milliers. Peut-être plus. Je m’en veux : j’aurais dû les compter dès que je me suis assis sur cette chaise, en première loge du temps qui défile inlassablement. Sans compter que j’aurais eu au moins une activité supplémentaire pour titiller mon esprit. Mais voilà. Je n’y ai pas pensé à temps.

 

Toute ma vie dépend d’eux désormais. Ma pause de midi m’est autorisée – ou plutôt je me l’accorde – aux quatre cent cinquante-troisièmes sabliers. Ni un de plus ni un de moins.

 

Chaque jour. C’est devenu mon rituel. Personne pour me dire quand manger. Faut bien que je me responsabilise ! Même chose pour l’heure de sortie. Mon quota doit être atteint. Impossible de partir si je ne l’ai pas respecté. En pleine forme ou malade. Aucune excuse ! C’est désormais un besoin viscéral. Je n’ai pas le temps de jouer à autre chose. Il n’a rien d’autre d’important. Il me semble que le temps m’est compté alors que mon rôle est de le quantifier moi-même. L’ambivalence de la vie. Quelqu’un là-haut se moque de moi, petite marionnette humaine qui veille sur le temps…

 

Et puis. Et puis, soudain. Une rature. Dans le temps.   

 

Il en manque un ! La machine s’est arrêtée. C’est écrit en grand. En rouge. Le bruit est assourdissant. Je ne m’entends plus penser. Il manque un grain de sable ! Dans le sablier. Le temps n’est plus à l’heure. Le temps a hoqueté. Le temps n’est plus et j’en suis le responsable. L’unique responsable. Il manque un grain de sable et je ne sais dans quel sablier. Que dois-je faire ? Dois-je les détruire ? Tous ? C’est impossible pour moi de tuer le temps…

 

Je voudrais gagner du temps, mais il est irréversiblement dilapidé. La machine s’est mise en veille. Elle a renoncé. Tête baissée. Mon cœur n’y a pas résisté : lui aussi s’est arrêté.

 

 

Des millions de grains de sable se sont écoulés. Je suis en vie. J’ai payé de mon temps, le temps a joué contre moi. J’ai perdu. J’ai gaspillé du temps. Temps mort !

 

Aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’argent. Je n’ai plus d’inquiétude à ce sujet, même que je ne devrai plus travailler. Jamais. Je dois juste accepter une fois par an de passer une batterie d’examens, de questionnaires, de prises de sang, de scanners, etc. J’ai signé des papiers en échange de mon silence. Le silence de quoi ? Je me le demande encore. Je n’ai pas tout saisi. La femme de ménage m’a rendu visite. Une seule fois. Elle m’a parlé d’un jeu de téléréalité. D’une étude sur l’ennui, de pari. Je n’ai rien compris. Elle n’est plus jamais revenue. Ordre du médecin : paraît qu’elle me fatiguait.

 

Un jour, un homme très sérieux m’a demandé de signer un formulaire. En bas. À droite. J’ai accepté. Il ne portait pas de montre. C’est interdit. C’est l’unique condition pour m’approcher. J’ai donc reçu ce que l’on nomme une belle indemnité. À vie. Juste pour avoir volé mon temps, moi qui l’ai passé à le surveiller…

 

Je suis resté longtemps dans une chambre blanche. À ne plus supporter la vue du rappel de ces minutes qui s’écoulent sans que l’on puisse revenir en arrière. Jamais au grand jamais.

 

Aujourd’hui, je vais bien. On peut assurer que j’en suis sorti. Je me persuade d’être le grand vainqueur. N’ai-je pas quelqu’un qui s’occupe de moi, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? À l’affût de mes moindres désirs, mes moindres caprices. Il est omniprésent. Il doit certainement avoir le travail le plus ennuyeux du monde maintenant ! Mais bon, sa présence me rassure. Il veille sur moi. Comme j’ai veillé au temps qui passe. Au temps qui est passé. Au temps que je ne veux plus jamais, jamais, voir s’écouler. Alors, je le garde. Même que c’est imposé. Obligatoire. C’est dans les conditions. Avec l’indemnité. À vie.

 

Je fais semblant de décider. J’ai quand même de la chance : il s’occupe de moi sans me contrarier. Il m’aide à déjouer le temps : à allumer des spots géants dans ma chambre pour imiter le soleil lorsque, dehors, l’obscurité est reine, d’occulter les fenêtres de ma maison pour inviter la nuit deux jours de suite.

 

Une fois, j’ai pu jouer à une éclipse de Lune. Cela coûte de l’argent et j’en ai. Je n’ai pas de limites. J’y ai droit. Pourtant, point de montre, d’horloge ou d’autre instrument de mesure du temps chez moi : une angoisse incommensurable m’envahit. Alors, je m’amuse à transformer le temps histoire de ne pas m’y confronter. Je joue à faire semblant. Semblant de croire que j’ai le pouvoir sur le temps. Parce que je sais que pour moi, il est trop tard… J’ai perdu un grain de sable. J’ai perdu le temps. Il m’a fui. Jamais je ne pourrai le retrouver. Jamais je ne me retrouverai...

 

C’était juste un grain de sable. Juste un foutu grain de sable…

 

 

 

17:30 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

11 mars 2015

Les mots ressuscités

 

amour, temps, passé, hypnose

Catrin Welz-Stein

 

Janvier, pensées

Je ne sors jamais de cette entrevue dans le même état psychologique. Jamais. J’éprouve, certes, une fatigue légitime mais elle est saupoudrée d’un regain d’énergie. Paraît que c’est normal.

Cela fait deux mois maintenant que je me soigne. Enfin : soigner est un grand mot ! Je ressens plutôt cette discipline hebdomadaire comme un voyage introspectif. Encore que. Je déambule dans les méandres de mon passé pré-mortem. C’est compliqué !

 

Les séances se succèdent. Je n’ai aucune souvenance lorsque je reviens dans ma vie « actuelle ». Dans mon présent. C’est normal, c’est ce qu’il me dit mon hypnotiseur… En mon for intérieur, je prends ce raccourci même s’il préfère, et de loin, « hypnothérapeute ». C’est mon côté rebelle. Soit. Je me souviens de peu et pourtant, je sens qu’il y a des choses en moi qui bougent. Sauf qu’elles ne se décident pas à se mettre en place comme je le veux… Je suis un puzzle ambulant !

 

Je me laisse encore deux mois. Deux mois pour poursuivre ce traitement. Pour me guérir. Pour vivre comme un homme normal que je devrais être. C’est ça où le suicide. Et si je me rate : l’internement pour dépression nerveuse sérieuse. Quelle poisse d’être en vie !

 

Je ne suis pas fou. Je suis en bonne santé. Je sais juste que je ne veux plus vivre ainsi. Même ça, j’ai encore du mal à l’avouer. Le raconter. Il n’y a que lui, mon voyeur d’âme, ce médecin, qui sache. Et mes ex. Évidemment. Encore que. Elles ne comprennent rien. Et pour cause : je ne leur laisse pas le temps !

 

Le temps. Je ne peux vivre une relation amoureuse plus de trente jours. C’est systématique. Arithmétique. Ma principale certitude est que je suis toujours à l’initiative de la rupture. Naturellement. J’ai un compte à rebours dans la tête. C’est comme ça. Je vis des amours mensuelles. C’est toujours mieux que rien. Mais c’est lassant. Toujours recommencer. Et puis… et puis plus rien.

Je ne suis pas fou. Je suis en bonne santé. Et je souffre.

Dorénavant, je me promène avec un carnet en poche. Et un stylo. Je dois impérativement écrire tout ce qui me passe par la tête. Sans réfléchir. Paraît que cela s’appelle l’écriture automatique. C’est devenu un besoin. Une drogue, parfois. Je ne peux plus m’en passer. Je ne peux me relire : c’est interdit. Trop tôt. Un jour, lorsque je serai prêt, je pourrai. Je dois juste attendre l’autorisation. Je suis un patient obéissant. Je veux m’en sortir. Je veux aimer plus de trente jours d’affilée…

 

 

Extraits du journal,

 

2 février

 

Un mâtineau pas comme les autres. Je me suis assoté d’une jolie blondinette. De genre fragile : teint porcelaine, fine, petite, peu de seins. Presque androgyne. Je ne sais pas encore si le traitement m’est opportun. J’ai peur d’aimer. Je suppose que c’est une amusoire comme toutes les autres. Elle est bibliothécaire. Elle m’accompagne dans mes recherches sauf que je ne sais pas très bien ce que je cherche. J’ai des flashs. Avec de drôles de gens. Elle a sa licence d’histoire de l’art : je lui raconte ce que je vois, elle trouve l’époque et on cherche. On ne sait pas quoi mais on est ensemble. Je me dis que le compte à rebours est lancé…

 

9 février

 

Je suis un poétereau. J’ai toujours été finet, je le sais. Encore plus de nos jours. Je m’ébaudis tout seul. J’ai l’impression de renaître. Il se passe de drôle de choses. J’ai eu un flash : m’est apparu une femme à la charnure crémeuse et voluptueuse. Pas mon genre. Du tout ! Elle portait un habit de pinchina. Manon, ma jolie bibliothécaire, m’a appris qu’il s’agissait probablement d’une bergerette et que sa robe était une ancienne étoffe de laine grossière, comme si elle portait un gros drap. Elle m’a parlé du 18ème siècle et de Toulon. C’est étrange. Qui est-elle ? Ou plutôt qui suis-je ? Qu’est-ce que je fabriquais là-bas ? Tout cela devient fou. Sans conteste, je baliverne. Faut que j’en parle à Nestor, mon docteur miracle. Nestor ! S’il savait que je le surnomme ainsi ! Avec ses cheveux blancs trop longs, il ressemble à un sage. C’est plus fort que moi, le nom est venu tout seul…

 

16 février

 

J’ai eu droit à ma chape-chute aujourd’hui ! J’ai avoué à Nestor que je me relisais. Et plus, je me lis, plus j’ai des bribes du passé qui me reviennent. Pendant quelques instants, j’ai trouvé qu’il ressemblait à un nicodème, il n’était pas content ! Je suis un biaiseur, je m’en suis sorti par une pirouette : j’ai nigaudé. Il s’est radouci. Il m’a posé des questions et les réponses sont venues me brandiller l’esprit. La femme à l’habit de pinchina serait ma mère. Est-ce pour cela que je n’aime que les femmes fines et délicates ? *Reste encore et toujours les trente jours et le temps passe. Manon est toujours à mes côtés. Oui, le temps passe vite. Je voudrais le ralentir mais il continue à me fuir…

 

23 février, midi

 

Il vient de se passer quelque chose d’extraordinaire : je me suis rencontré. Je suis bouleversé. Je ne peux rien écrire. J’ai mal aux mots.

 

23 février, soir

 

Point de babillement, ce soir. Je ne suis pas d’humeur accorte. J’ai l’impression d’avoir avalé un fruit défendu à l’acerbité insupportable. J’en ai mal partout. Une liqueur acidule coule dans mes veines. Ça fait mal. À ce rythme, Nestor va changer de discipline et y préférer l’aliénisme… J’arrête : je ne dois pas rester dans ce rôle de larmoyeur que j’exècre. Ni dans celui d’abuseur… Aujourd’hui, je sais. Pourquoi cette attirance… Je me suis perdu et retrouvé. J’ai revécu un moment d’une intensité irréelle. Pourtant, lorsque je l’ai vue, si blonde, si fragile, si belle, j’ai su qui elle était. Je ne pourrai jamais oublier cette amitié bessonnière. J’ai cru me regarder dans un miroir…

Deux gardes l’escortaient. Elle m’a lancé un dernier regard. J’y ai lu un amour indéfectible. Une promesse qui dépassait le temps. Pourtant son temps à elle était compté. Elle serait exécutée dans trente jours. Pour sorcellerie. Sa blondeur et sa douceur ne convenaient pas à ce monde. Je lui ai crié que je ne l’oublierai jamais. Que je la retrouverai où qu’elle soit. Pour toujours. À jamais. Oui, à jamais.

 

23 février, nuit.

 

Le sommeil ne me trouve pas. Je reste seul avec moi-même. Et elle. Mon double d’un autre temps. Je m’observe dans le miroir de cette salle de bain à la couleur fadasse : quelques cheveux blancs dans mes cheveux blonds même si au fil des ans, ils deviennent rares. Je ferais mieux de prendre quelques kilos. Suivre quelques cours de musculation. Étrangement, en ce jour, je lui ressemble. Même si je dois solliciter mon imagination. Il me reste des traces d’elle, c’est indéniable.

 

24 février, à l’aube.

 

Je n’ai pas dormi. J’ai beaucoup réfléchi. Cela a servi à quelque chose : je comprends. Je suis partagé entre une tristesse mélancolique et un espoir insensé. Manon n’est pas ma sœur jumelle et ne le sera jamais. Si j’ai cherché dans ses traits ou dans les autres femmes que j’ai aimé, celle à qui j’ai promis le souvenir éternel, cela ne doit pas m’empêcher de vivre. Et si une parcelle d’amour de ma sœur s’y loge au fil des temps, à moi de le voir en cadeau et non en punition. J’ai prié pour elle, cette sœur d’un temps passé. Elle est en moi. Je ne trahis pas ma promesse…

Je n’irai pas travailler. J’ai besoin de me ressourcer. De réfléchir. Encore.

 

24 février, début de soirée

 

J’ai relu mon carnet. Avec détachement. J’ai même cherché sur internet. C’est évident : j’étais clairement sous l’influence de l’hypnose…  Tous ces anciens mots français assassinés utilisés comme si une partie de mon esprit avait disparu dans les méandres d’un passé ignoré… Mon âme était-elle à la recherche de mon autre ?

Aujourd’hui, j’ai la réponse à mes questions. Je comprends. Ma promesse ne peut en rien m’annihiler. Et aimer ne la brisera pas !

Je prie. Pour elle. Pour moi.

 

24 février, nuit noire.

 

Je suis crevé. Et pourtant, je n’ai jamais autant ressenti une telle excitation. Je ne saurais pas dire quand exactement cela s’est passé. C’est difficile à expliquer. Comme si j’étais libéré d’une dette quelconque. Ma jumelle a été condamnée sans que je puisse changer le cours de son destin. Mon impuissance n’est pas une faute. Ma promesse n’est pas une excuse ou un dédommagement quelconque. J’ai ressenti tout d’un coup une sorte de bien-être, comme une enveloppe d’amour, comme si « on m’autorisait ». À quoi ? À vivre. À aimer. Et j’ai choisi de prendre fermement cette autorisation et même d’y voir une bénédiction !

Aujourd’hui, oui aujourd’hui, ma vie va changer…

 

25 février

 

Ce soir, nous partons Manon et moi : quatre jours en amoureux. Cela nous fera du bien.

 

2 mars

 

J’ai dit adieu à Nestor. Il ne me manquera pas. J’admets par contre qu’il a effectué du bon boulot ! Je me sens divinement bien : est-ce le changement d’air de nos vacances ou la présence de Manon à mes côtés, je ne sais… Pour la première fois, j’ai dépassé le cap des trente jours. J’ai eu une pensée de tendresse envers ma bessonne, comme j’ai décidé de continuer à l’appeler. Cet ancien mot à la George Sand est comme un fil d’or entre nous, à travers le temps. Aujourd’hui, j’ai ressuscité des mots et mis mon âme en paix…

 

 

PS : Ce texte comprend 22 mots supprimés par l'Académie Française. À vous de les retrouver, si le cœur vous en dit. Pour vous aider en voici la liste : ICI

 

* « L’expression « Il reste » : Reste, sans doute considéré comme impersonnel est parfois laissé au singulier et ne constitue pas de faute, bien que le pluriel est plus courant.  En ancien français, « il » impersonnel reste souvent non exprimé. » (Grévisse – Le Bon Usage).

 

17:00 Écrit par Rachel Colas dans *MES FANTAISIES*, TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

09 mars 2015

Sur le rebord de la cheminée

couple, ancètre, objet inanimé

By Christian Schloe

 

Elle nous avait déposés, là, tendrement, nous semble-t-il, sur le rebord de la cheminée. Nous n’étions pas visibles. Pas cachés non plus. Pour nous, c’était la preuve qu’elle nous accordait une certaine importance dans sa vie. Elle nous avait mis dans un beau cadre. Même qu’elle l’avait acheté exprès. Peu de temps après, un autre cadre était venu nous rejoindre. Un couple, également. Nous les connaissons, naturellement. Nous savons tout d’elle. Par contre, nous ne savons pas si elle les avait déposés à nos côtés pour que nous soyons moins seuls ou si c’était pour elle, se sentir entourée.

 

D’où nous sommes, nous voyons tout. Nous entendons tout. La maison respire et il nous semble que nous en sommes le cœur. Parfois, nous avons la vague à l’âme, expression si jolie et si douloureuse. Suffit d’un coup de swiffer, le plumeau magique, pour nous dégriser. Nous revenons à la vie. Pourtant, de plus en plus souvent le geste demeure distrait. Comme s’il n’existait que pour enlever la poussière et non, pour nous laisser en état de priorité. En état impeccable. D’une vie au présent.

 

Il faut l’accepter : nous sommes délaissés, nous, qui d’heure en heure, veillons. Nous sommes si heureux lorsque nous l’écoutons chantonner même si le rythme n’y est pas toujours, heureux lorsque les bouchons de champagne montent au plafond et que dégoulinent de fines bulles dorées le long des flûtes, nous tremblons d’impuissance face aux colères et avons l’âme déchirée devant de longs sanglots. Nous n’avons jamais été aussi vivants que, là, dans ce coin obscur de la cheminée…

 

Nous n’avons que les murmures du cœur pour nous faire entendre, et ils sont si doux, si précieux qu’ils ne peuvent être compris que par une oreille attentive, un cœur à l’écoute... Oui, parfois, nous avons l’impression de ne plus exister. Elle ne nous regarde plus. Elle nous a balayé de son quotidien, trop soucieuse du futur, à peine du présent qui file sans scrupule. Et pourtant, oui, pourtant, sa vie est notre chef d’œuvre en quelque sorte. Un jour, elle aussi, disparaîtra de ce monde réel. Et nous serons probablement enlevés pour un ailleurs, pour un oubli éternel. Il faut avouer que nous n’avons pas été présentés aux jeunes. Ces ados de la maison qui passent, nez en l’air, sans un regard, qui ne pourraient dire qui nous sommes, alors que le même sang coule dans leurs veines. Nous serions bannis qu’ils ne remarqueraient rien ! C’est l’apanage de la jeunesse : ne s’inquiéter de rien. De ce qui vit avant eux, de ce qui vivra après eux.

 

Oui, elle nous a oubliés. Ne nous voit plus. Ne nous parle plus. Nous sommes transparents. Et pourtant, nous sommes bel et bien présents. Dans ce beau cadre et partout à la fois. Nous, ses arrière-arrière-grands-parents, veillons. Que nous soyons dans un coin sombre ou non, n’y changera rien. Et puis, qui sait ? Un jour, peut-être, nous rejoindra-t-elle, sur le rebord d’une cheminée…

 

22:50 Écrit par Rachel Colas dans *MES FANTAISIES*, TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

Plus qu'une couleur - Court récit

Orange, lettre,

 

Un choc. De couleur. Orange. Une couleur que j’exècre. Est-ce pour cela que mon œil a été attiré, qu’il s’est posé incertain sur vos épaules menues ? Mon cœur a tressauté pris en flagrant délit de tromperie envers moi-même. J’étais hypnotisé, en attente d’un profil que j’espérais doux. Je ne fus pas déçu, il était loin de mes espérances ! Je ne savais pas qu’il en existait d’aussi beaux, d’aussi tendres ! D’un mouvement félin, vous vous êtes déplacée : attentive à la vague de livres qui déferlait devant vous. Je me suis approché à pas de loup. À vrai dire comme un automate. Sans réfléchir. Je devais vous voir. Il me fallait découvrir votre visage. Entièrement. De face. En prendre possession et même l’apprivoiser.

 

Sans honte, sans pudeur, je vous ai scruté : j’ai happé la naissance d’un sourire à la lecture d’une quatrième couverture. Vous avez reposé comme à regret ce livre. Je me suis promis de l’acheter en souvenir de ce sourire capturé en toute impunité.

 

Et puis, vous avez levé les yeux vers moi. Probablement que mon regard vous a éveillé à moi comme si vous m’apparteniez. Comme si vous viviez pour moi. Comme s’il n’y avait que nous deux. Oui, nos regards se sont croisés. J’ai découvert des yeux verts. Sombres. J’aimerais tant y ajouter de la lumière mordorée ! J’en ai le pouvoir. Pour vous. Peut-être pour nous. Je ne sais. Ou plutôt, je sais, mais je tarde le moment de vérité. Le plaisir doit perdurer…

 

Votre sourcil gauche s’est levé. Interrogateur. Quelque chose en moi s’est brisé pour mieux renaître. C’était bouleversant. Le temps s’est arrêté. Il est devenu palpable. Mes lèvres se sont élargies comme une fleur éclot aux premiers rayons de soleil, en douceur, avec confiance. Je vous ai offert mon meilleur moi. Je l’avais oublié. Je m’étais oublié. Il y avait longtemps… Oui, longtemps que je n’avais plus souri. Depuis son départ pour toujours… d’elle. D’elle que j’aimais par-dessus tout.

 

Elle est partie loin, là où j’irais un jour. Comme chacun de nous. Mais, mon heure n’est pas encore venue. Alors j’attends. Je suis venu ici, parce qu’elle était amoureuse des livres et que sentir cette encre et ce papier nouveau me plonge dans sa pièce préférée : celle où les bouquins décident de leur place, où ils font la loi, où ils ouvrent la porte sur un monde inconnu, du merveilleux au pire. Du pire au meilleur. Oui, j’avais perdu le sourire...

 

Aujourd’hui, vous me l’avez rendu. Gênée - peut-être troublée ? - vous avez détourné le regard. Et moi, j’ai gardé sur mes lèvres, le sourire. Ce sourire que je vous ai confié. Que vous avez effleuré et que par timidité, vous n’avez pas voulu garder. Je l’ai laissé sur mon visage, ce sourire. Et je suis reparti avec. Il ne me quittera pas. En souvenir de vous. En souvenir d’elle. Et je vais vous dire une confidence : la couleur orange vous va à ravir. Et je pense même qu’elle va devenir ma couleur préférée…

 

12:32 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

12 septembre 2014

Les mots tueurs (+ vidéo)

 

 

C’était atroce. Voire inhumain. Elle n’en pouvait plus. Cela faisait des semaines qu’elle subissait cette torture. Les quelques gentillesses étaient noyées dans le lot d’insultes quotidien. Qu’avait-elle fait pour mériter cette haine ? Elle pensait pourtant ne pas être différente des autres ? Peut-être l’était-elle ? Pas en mieux d’après eux…

 

Lucie lut à nouveau le message : « Tranche-toi la gorge et que l’on en finisse ! ». « Il a bien fait de te larguer, tu ne vaux rien ! », « même la merde est plus belle que toi ! ». « Dégage de nos vies ! »…

 

Elle savait qu’elle devait très certainement attiser la jalousie, c’était « presque » normal et elle aussi parfois ressentait de l'envie ! Mais elle en était convaincue : plusieurs personnes la haïssaient. Elle reconnaissait la façon différente d’écrire, d’exprimer les choses... Tantôt des injures, tantôt des phrases polies avec juste une pointe de méchanceté tellement effilée qu'elles l'éventraient. C'était les pires !

 

Elle s’en était ouverte à son amie, sa meilleure amie. Elle lui avait conseillé de passer au-dessus. Que c’était des conneries, qu’elle aussi avait reçu des messages blessants. « Oui, mais des comme ça ? ». Elle n’avait plus osé en parler. N’aurait jamais osé les montrer. Elle avait trop peur que l’on ne pense qu’en fait ce n’était que des vérités, qu’elle était, entre autres, moins qu’une merde ! Tout le monde le savait, seulement quelqu’un l'avait dit ! Pire, plusieurs !

 

Les derniers messages avaient été encore plus virulents. On lui assurait que même son sang, personne n’en aurait voulu pour survivre. Elle était persuadée que c’était quelqu’un de l’école : ce matin, le cours avait porté sur la croix rouge. Le pire était de savoir que dans sa classe, un ou plusieurs élèves pensaient ça d’elle. Si seulement elle pouvait connaître celle ou celui qui se cachait derrière ces messages crapuleux, au moins aurait-elle pu se défendre ? Les insultes pleuvaient sur elle telle une pluie acide. Elles lui bouffaient le cœur, troublaient son esprit et tuaient toute vitalité dans son corps.

 

 

Éléonore riait sous cape derrière l’écran de son PC. Balancer des vérités lui procurait un bien fou ! Dire ce qu’elle pensait sans restriction était on ne peut plus jouissif ! Évidemment que Lucie était sa meilleure amie ! Mais bon, ne dépassait-elle pas les bornes ? Et puis, Lucie savait qu’elle était raide dingue de Thomas ! Pourquoi était-elle sortie avec lui ? C’était comme un coup de poignard dans le dos ! Elle avait passé des soirées à pleurer toutes les larmes de son corps et davantage lors de leurs rendez-vous amoureux. Tête à tête que Lucie n’arrêtait pas de décrire avec foule de détails. C’était une torture permanente.

 

Et puis, elle avait trouvé le moyen de lui rendre la monnaie de sa pièce lorsque Lucie lui avait parlé de la plateforme où la majorité de l’école se rencontrait, s’envoyait des messages. Elle avait aussitôt imaginé un beau scénario : elle avait propagé la rumeur que Lucie sortait avec un garçon d’une école voisine. Par chance, elle en connaissait un qui en pinçait pour elle. Elle l’avait contacté anonymement pour lui annoncer qu’il avait sa chance. Le réseau s’en était mêlé. Les conséquences n’avaient pas tardé. Maintenant, Thomas était libre comme l’air ! Et finalement, elle avait trouvé cette facilité à manipuler terriblement excitante…

 

Enfantin : il suffisait de cliquer sur « anonyme » pour rendre le message incognito et le tour était joué ! En toute impunité ! Elle aussi parfois recevait des méchancetés,  mais elle se persuadait qu’il ne lui était pas destiné. Pour contrer l’éventuel aspect négatif, elle se défoulait à son tour dans l’envoi de semblables missives, sans compter qu’elle s’en inspirait ! Elle avait l’impression d’être maître du jeu ! Pour noyer le poisson, elle avait imaginé différents caractères se cachant derrière les mots : des messages bien orthographiés, de l’argot, des fautes à tout bout de champ et même des expressions qui ne lui appartenaient pas. Comme c’était amusant d’endosser des personnalités différentes !

 

Au fil des jours, elle avait vu son amie devenir de plus en plus pâle tant son sommeil était agité. Elle sursautait et regardait souvent derrière elle. C’était clair qu’elle avait peur. Ma foi, c’était bien fait ! Elle aussi avait passé des nuits blanches à se représenter Thomas dans ses bras ! À son tour de connaître la peine ! Et puis, elle avait été toujours la meilleure en tout, plus belle qu’elle, plus de succès auprès des garçons et même mieux appréciée des professeurs ! Aujourd’hui, moins souriante, de larges cernes mangeaient ses yeux et gommaient son charme naturel. Désormais son air inquiet et maussade contrastait avec celui de son amie, radieuse. Éléonore revivait : plus son amie dépérissait, plus se sentait-elle épanouie !

 

Cependant, elle commençait à trouver Lucie plus lourde qu’un boulet. Ce n’était plus trop gai d'être en sa compagnie. Il faut dire que les rumeurs lancées avaient bien grignoté sa belle réputation. Elle était la nouvelle « looseuse » avec qui il valait mieux ne plus trop traîner sous peine d’être banni. Sans trop de précautions, Éléonore mettait de la distance entre elles. Quinze jours plus tard, Lucie était devenue une élève comme les autres et était détrônée du qualificatif de meilleure amie !

 

Ma foi, pensait Éléonore, tous ces messages ne prêtaient pas à conséquence. N’était-ce point la même chose lorsque son père critiquait ses collègues derrière leur dos ? Ou quand les politiques annonçaient des vérités montées de toutes pièces sur base de statistiques établies selon le sens désiré ? Le monde entier vivait dans le mensonge. Elle ne faisait que répéter le comportement des adultes autour d’elle !

 

Un soir, cependant, elle avait regardé une série TV dans laquelle on parlait d’un « serial killer » qui poussait des jeunes à se suicider via des messages envoyés sur leur portable et GSM. Il s’agissait d’une vengeance bien orchestrée… mais ces ados n’étaient-ils pas passés à l’acte parce qu’ils savaient être en tort ? Qu’ils avaient quelque chose à cacher que personne ne devait apprendre ? Ils n’avaient pas eu un comportement très exemplaire… Éléonore estimait qu’ils le méritaient. La fille qui les avait poussés au suicide n’avait joué qu’avec leur conscience. Une pensée tenta s’infiltrer dans son esprit et lui suggéra qu’elle se mentait à elle-même, mais elle la chassa immédiatement. Elle ne voulait pas se remettre en question trop aveuglée par la jalousie et la haine, persuadée qu’elle avait raison. Que tout le monde pouvait agir comme bon lui semblait. C’était ça, la liberté d’expression !

 

À la fin du film, on apprenait que la jeune fille n’irait que peu de temps en prison. Dans le fond, elle avait vengé la mort de son frère qui avait subi les railleries des jeunes suicidés. Un retour de flamme incendiaire ! C’était bien fait pour eux ! Ils n’avaient qu’à être corrects ! Elle aussi se vengeait : Lucie n’avait pas eu besoin de sortir avec Thomas alors qu’elle connaissait son penchant pour lui ! C’était comme ça !

 

 

Lucie passait ses soirées isolée. Elle n'avait plus de meilleure amie. Ni d’amis, tout court. Elle restait esseulée avec les messages immondes qui inondaient son écran. Il lui semblait que plus elle les effaçait, plus il en venait. De partout. Combien étaient-ils à la détester à ce point ? Elle ne sortait plus s’imaginant des regards dépréciateurs à l'affut. Elle n’arrivait plus à se concentrer pendant les cours, n’osant relever la tête et ayant peur de croiser le mépris dans les regards des autres. Elle sursautait au moindre bruit. On lui avait promis de lui « faire la peau ». Elle avait peur, terriblement peur et elle ne se risquait pas à en parler à personne. Pas même à ses parents : qu’auraient-ils bien pu faire ? Ils n’auraient pu enrayer ce flot d’inimitié et surtout, comment auraient-ils pu être fiers de leur fille la voyant rejetée de toutes parts, eux qui étaient tant appréciés ? Elle se sentait désavouée. Un monstre des temps modernes. Elle ne désirait plus qu’une chose : que ce calvaire prenne fin. Immédiatement.

 

 

Ses parents étaient sortis ce soir. C’était rare. Elle était heureuse de savoir qu’ils allaient rire, se détendre et profiter d’un bon moment. L’ambiance n’était pas au beau fixe à la maison. Il faut dire qu’elle avait rapporté son carnet de notes et qu’il était déplorable. Plusieurs échecs dans ses options et dégringolades dans les cours généraux. Elle avait promis de se reprendre et se consacrer à ses études. Trop d’internet lui fut reproché. Avec raison. Pour le pire.

 

Le dernier message éclaboussant son écran lui fit l’effet d’un poison s’infiltrant insidieusement dans son sang. Deviendrait-il noir ? On le lui suggérait. Elle finissait pas le croire. Tout ce qui avait été dit s’était réalisé. Elle était seule. Entièrement seule. Une pensée étrange l’obsédait : son sang serait-il vraiment noir comme son âme ? Elle se dirigea vers la cuisine et en ressortit une longue lame à la main. C’était le couteau le plus tranchant de la maison. Celui que jamais sa mère ne voulait qu’elle essuie, réputé trop aiguisé et dangereux. Elle fit couler un bain. Chaud. Y ajouta des sels colorés. À la framboise, ses préférés. Ainsi partirait-elle dans un doux parfum…

 

Éléonore avait assisté à l’enterrement de Lucie comme bon nombre d’étudiants. Elle avait tellement été sidérée par la tournure des évènements qu’elle s’était effondrée. Reconnue comme la meilleure amie de Lucie, elle était l’attention de bon nombre de personnes. La rumeur avait enflé lorsqu’on avait découvert la vraie raison de son passage à l’acte. Ce n’était point en raison de ses notes. Tout du moins, pas uniquement pour cela. Les notes n’étaient que la partie visible, la pointe de l’iceberg. Non, en réalité, c’était la « faute du site » !

 

Éléonore avait peur : pouvait-on retrouver ses messages et lui en imputer la responsabilité ? Elle tremblait d’être accusée de… crime ? Pouvait-on l’incriminer sur base de ce qu’elle avait en toute liberté rédigé, soit des centaines de jugements haineux ? Elle trimbala sa panique comme une sacoche trop lourde, ne dormant plus, ne mangeant plus. On mit son mal-être sur le compte de sa tristesse et de la perte de son amie. Nul n’aurait pu imaginer que des affres de regrets lui mordaient le cœur et lui brûlaient l’âme : « avait-elle bien posté TOUS les messages en mode anonyme ? ». C’était là, la seule pensée obsédante qui la tenait éveillée la nuit.

 

Ses parents évitaient d’aborder le sujet. Tout au plus, lui avaient-ils conseillé d’être prudente sur internet. De ne plus se connecter à ce site. Elle avait promis la bouche en cœur : il ne lui arriverait rien de pareil, n’avait-elle pas beaucoup d’amis sur qui compter, elle ?

 

On en parla dans la presse, une pétition circula pour fermer la plateforme diabolique, mais elle savait bien elle, qui était responsable : les dérives de l’être humain. Était-ce sa faute à elle si la société dégénérait ? N’était-elle pas victime, elle aussi ?

 

Ce raisonnement lui apporta le réconfort nécessaire à sa santé mentale et effaça les quelques remords qui la taraudaient en arrière-plan. Le cours de sa vie reprenait doucement. Le battage médiatique était retombé. La vie continuait. Elle pouvait revenir à ses petits problèmes sans souci. Point de coupable, chacun étant responsable de sa vie. Rassurée aussi, car le mode « anonyme » l’était réellement et sans faille. Pas d’enquête sur une adresse IP quelconque. Pas de plainte. C’était un suicide et non un meurtre. Elle avait eu chaud. Elle pensa à Thomas, qui s’était consolé avec une pimbêche de deux ans plus jeune qu’elle. Une idiote. Qui était sur le réseau. Il fallait qu’elle prenne les choses en main. Elle rédigea son message, et d’un geste assuré, cliqua sur « anonyme »…    

 

 

Mes pensées à Louise, qui m’a inspiré tristement cette nouvelle.

Qu’elle repose en paix et que son geste ne soit pas vain.                        

 

18:30 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

10 septembre 2014

18/20, un point de moins et... - Texte éphémère

Livres, imagination, trouble de la personnalité évitante

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

 

18:04 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

31 août 2014

Le coeur enfoui - Texte éphémère

coeur, souvenir, oublier, amour, solitude

 

 Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

16:45 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

24 août 2014

Je suis venu te dire... - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

 

 

plaisir d'écrire, éphémère, mots

 

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21 août 2014

Pour Elle - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

Pour elle, amour entre femmes

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18 août 2014

Promesse tenue - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

 

Promesse, jumeau, amour, adoration, nouvelle

17:43 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

12 août 2014

La machine à rêves - Texte éphémère

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

machine à rêves, écriture, texte,

 

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10 août 2014

La petite vieille aux mains derrière le dos - Texte éphémère

Texte éphémère

 

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

la petite vieille aux mains derrière le dos, histoire, amour,

14:00 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

08 août 2014

La certitude du cœur ne ment jamais (Le mur de Dashuria) - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé...

 

 

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06 août 2014

Deux anges ont quitté la terre et se sont retrouvés - Récit court

 

« Je te promets : je t’attends ». Point de mots pour une promesse. C’était ce qui avait été dit. Il y a longtemps. Très longtemps. C’était hier. C’était aujourd’hui. Ce serait demain.

 

Précieusement, tendrement, il lui avait pris sa main juste avant de s’en aller. Sa peau y était si fine ! Un parchemin de délicatesse. La sienne à lui aussi : attendrie par les longues années passées sur cette terre…

 

Leurs mains étaient enlacées comme elles l’avaient souvent été au cours de leur vie à eux deux, puis avec leurs enfants. Toujours ensemble. Jamais très loin.

 

Elle s’était éteinte la première. Attendait tranquillement que son bien-aimé la rejoigne. Il pouvait prendre son temps, elle savait pertinemment bien qu’il ne tarderait pas. C’était écrit. Et puis surtout, ils ne pouvaient vivre sans l’autre. C’était il y a si longtemps, déjà soixante-deux ans qu’ils avaient unis leur amour à vie. À mort. Jusqu’à l’instant ultime. Jusqu’à maintenant.

 

La promesse était tenue. De quitter ce monde ensemble pour risquer de ne pas se perdre dans l’ailleurs. Elle attendait. Patiente. Sereine. Car là où elle se trouvait désormais, le temps n’existait plus.

 

Elle souriait et son esprit était à ses côtés. Amour indéfectible. Son souffle à lui restait doux. Tout n’était que quiétude chez lui. Une vie comblée les avait unis dans leur bonheur, dans les aléas de la vie.

 

Enfin, il la rejoignit. Conscience reposée et apaisée. Dorénavant, un nouveau cycle allait commencer. Une autre aventure. Deux âmes sœurs réunies à jamais.

 

S’il leur était proposé de renouveler leurs vœux, nul doute qu’ils accepteraient. C’était d’une évidence qui ne pouvait être niée.

 

Deux anges avaient quitté la terre et s’étaient retrouvés. À vrai dire, ils ne s’étaient jamais perdus. Toujours accompagnés. Jamais l’un sans l’autre.

 

Il est de certaines choses qui ne peuvent être expliquées. Simplement observées. Admirées par ceux au cœur sensible. Au cœur aimant. Avec l’espérance, de vivre, aussi, un jour, un amour hors temps. Qui ne finit jamais. Qui arrive sur la pointe des pieds et se resserre éternellement dans une main recueillant l’autre.

 

Deux anges ont quitté la terre et se sont retrouvés.

 

En hommage à Don et Maxine Simpson.

Qu'ils reposent en paix.

 

Don et Maxine Simpson, amour, deuils, ils meurent ensemble,

Source : www.7sur7.be - article

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04 août 2014

Être à l’heure - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

être à l'heure, heure, trop tard, prédiction

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28 juillet 2014

La pudeur des sentiments - Texte éphémère

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

texte, parapluie, mère, maman, décès, aimer, amour

 

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27 juillet 2014

Une simple maille

 

Texte éphémère

Effacé - Temps de péremption dépassé

 

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