09 avril 2016

Regarder en arrière, prendre le temps et puis avancer...

s'écouter, méditation pleine conscience, exister

"Listen" - Photo de Simon Zalto, trouvé sur Flickr.

 

Après quatre mois et demi de convalescence, je retrouve enfin une vie « normale » ! Je n’imaginais pas que cela me manquerait autant ! L’on pense toujours que le fait de rester chez soi est une aubaine face à notre monde stressé par les objectifs et le rendement. Si c’est vrai pour les vacances, ce n’est pas la même perception quand notre santé nous demande ardemment de stopper net toutes nos activités. Un moment donné, alors que le processus de guérison est largement entamé, l’envie de sortir du cocon se ressent viscéralement.

 

Même si je m’autorise comme tout être humain à m’apitoyer un court instant sur mon sort, je remonte vite la pente : je découvre rapidement (ou je m’efforce à dépister) le côté positif de l’évènement qui a priori « perturbe » le quotidien. Comme la vie n’est pas un long fleuve tranquille, je ne risque pas de m’ennuyer ! Je pense aussi que goûter l’obscurité permet de mieux déguster la lumière… si l’on est prêt à la savourer !

 

J’imaginais, en toute sincérité, exploiter mes quatre mois et demi de congé forcé pour terminer mon roman en cours d’écriture et mettre le temps « libre » à « profit ». Cette notion de profit nous colle à la peau ! À croire que nous nous conditionnons, malgré nous, en filigrane de cette société mercantile qu’est devenue la nôtre ! Malheureusement, c’est souvent aux dépens de nos valeurs essentielles ! Et si pourtant c’était ce qui nous fait avancer ? Est-ce la bonne manière pour vivre épanoui ? À vrai dire, je ne le pense pas…

 

Je suis restée sereine et extraordinairement optimiste pour la première opération maxillo-faciale, et si j’en avais intégré de toutes les fibres de mon corps, la nécessité et les bienfaits que cela m’apporterait, je n’en avais portant pas mesuré l’impact physique et émotionnel... Quand le corps souffre ou se répare, il doit être au calme et dans le lâcher-prise. Fidèle à moi-même, je me suis donc fixée des échéances du style « dans deux semaines, je pourrai écrire » sans me rendre compte que je marchandais avec moi-même alors que physiquement j’en étais bien incapable en raison des suites évidentes de l’opération et d’une tension bien trop basse.

 

Jusqu’au jour où j’ai compris : je devais accepter que ce roman reste en plan, et surtout de m’accorder le droit de laisser mon corps se reposer à son rythme, sans aucune obligation : ni d’un délai ni d’une quelconque performance ! Lorsque j’ai intégré la nécessité d’accueillir cette faiblesse, ce besoin somme toute primaire, je n’ai plus ressenti cette « injonction » que je cultivais malgré moi, ce « devoir », cet ordre que je m’infligeais en dépit du bon sens. Quelle délivrance ! Et… comme nous sommes (parfois) durs envers nous-mêmes !

 

J’ai donc appris en tâtonnant, à trouver mon rythme, à m’accorder du temps, à prendre conscience de mes limites physiques, mais aussi intellectuelles. Le repos complet : impossible de lire ou de focaliser mon attention à longue durée sur quelque chose d’intéressant ou de nourrissant. À peine un film « à l’eau de rose » l’après-midi, du genre que si vous vous endormez une demi-heure, vous comprenez sans peine la suite de l’histoire et je pense avoir vu tous les contes de Noël ! Vous savez de ceux que l’on connaît dès les premières minutes, « qui épousera qui » avec une fin obligatoirement idyllique ! Même mon imagination était condamnée au repos forcé ! Une période où les images ont défilé comme la brise effleure la surface d’un lac. Fausse impression du temps perdu…

 

Au fil des semaines de cette pause inévitable se profilait la seconde opération, l’hystérectomie, qui risquait de bouleverser ma vie avec le changement obligé causé par les hormones. L’inconnu effraie, et en réalité, je suis persuadée que la peur en elle-même est pire que les moments tant redoutés. Le jour de l’intervention, je suis restée calme, mais certainement pas aussi sereine que pour la première alors que j’en avais également assimilé la nécessité. J’ai eu la bonne surprise de ne pas souffrir exagérément, quasiment rien comparé avec la première ! Cependant, je devais vivre au ralenti six semaines obligatoirement avec la recommandation du spécialiste : « écoutez votre corps ». Bizarrement, le même message revenait. Je ne crois pas au hasard, si bien que cette recommandation a raisonné étrangement en moi, reprenant en cœur l’écho de ma petite voix…

 

Du haut de mes quarante-huit ans, c’est bien la première fois que je dois réellement être à l’écoute de ce corps qui m’abrite. D’habitude, c’est mon intellect qui carbure au point de me donner le tournis, toujours dans l’imaginaire, le besoin de créer, d’inventer, de me poser des questions sur le monde, la vie, etc. Écouter son corps paraît facile, et pourtant cela ne l’est pas. Du tout. Mon corps se remettait de la première opération, la seconde m’apportait une fatigue supplémentaire et une mise en garde sévère de ma gynécologue : le piège de l’hystérectomie réside dans le fait que les femmes se sentent vite, trop vite « bien » et qu’elles reprennent exagérément une vie « normale ». Je m’étais promis de veiller sur moi, sur ce corps qui m’hébergeait et qui avait besoin d’être cajolé. J’ai la chance d’être très bien entourée par mes proches, en particulier de mon mari, ce qui m’a facilité grandement la tâche.

 

C’est à ce moment-là, ce moment où l’esprit rend les armes, où la quiétude accepte d’écouter ce que le corps réclame à grands cris, qu’arrive l’inattendu sous forme de différentes réponses, ou plutôt des pistes de réflexion. Le corps savait, l’esprit ignorait ! J’ai éprouvé viscéralement la nécessité de vivre l’instant présent pleinement. Il n’est pas facile d’accueillir sans jugement ses pensées, en comprendre le cheminement et revenir sans cesse à l’instant présent : l’ici et maintenant. Un concept qui semble simple et qui, pourtant, ne l’est pas. J’ai découvert ce « pouvoir ». Aujourd’hui, je décide de cultiver ces instants et ce n’est pas facile du tout. Cela demande une rigueur qu’à l’heure actuelle, je n’ai pas encore acquise. J’y travaille et je m’accorde le temps nécessaire. Hors question de « bien faire » ni de « réussir ». Juste le vivre. Le monde ne s’est pas construit en un jour… D’autres choses ont modelé de manière imperceptible mon quotidien. Des changements d’habitude qui façonnent la vie subtilement : elle se décline dans des teintes que je trouve plus authentiques.

 

À m’écouter plus, j’ai entendu plus. Nous recevons tous que j’appelle des « signes » qui nous confortent dans la bonne voie ou qui au contraire nous mettent en garde. C’est la « petite voix », l’intuition, le ressenti ou même la synchronicité. Étrangement, de nouvelles occasions se sont présentées comme par magie. L’esprit s’éveille et s’ouvre à l’éclairement. Il demeure aux aguets, docile, sans précipitation, et se laisse conduire par l’intuition en toute confiance. Tout doucement, cette envie d’apprendre, de découvrir, d’expérimenter est revenue en force dans des domaines qui ne m’intéressaient pas ou peu, ou que tout bonnement j’ignorais, une sorte de prise de conscience qui me fait dire aujourd’hui « comme ai-je pu demeurer si aveugle ? ». Probablement, parce que je n’étais pas prête. Le changement arrive parfois par des détours singuliers…  

 

À l’heure qu’il est, mon roman n’est toujours pas terminé : seule, la deuxième partie est ébauchée et le dernier mot date de novembre. J’ignore quand je reprendrai la plume pour rejoindre mon héros et cela n’a pas d’importance. Je sais juste qu’il profitera de ma nouvelle conscience. En réalité, lui, je le soupçonne de l’avoir perçu avant moi. Est-ce pour cela que j’ai effacé un chapitre entier avant mon opération, en me disant que j’y reviendrai, et en sentant intuitivement que mon personnage méritait mieux ou qu’il avait besoin de quelque chose dont j’ignorais encore l’existence ? Et si c’était tout simplement moi qui éprouvais la nécessité de vivre d’une autre manière et non ce personnage ? Rien n’arrive par hasard…

 

L’on devient ce que l’on pense, dit-on. Ainsi pour changer notre vie, si tel est notre besoin ou notre désir profond, je suis persuadée de l’importance de s’écouter et de trier nos pensées, nos ruminations, nos inquiétudes... Lorsqu’on parvient à les mettre en sourdine, ou les accueillir sans y plonger tête baissée, explosent dans le silence de soi des réponses inattendues. C’est extrêmement impressionnant et… réconfortant !

 

Je retiens que ces quatre longs mois m’ont fait grandir, et me conforte dans l’idée qu’il y toujours quelque chose de positif dans des évènements que nous pensons douloureux, difficiles ou même injustes. Quel cadeau de faire confiance à la vie, de croire en nos capacités d’adaptation, de créativité ! Chacun d’entre nous porte en lui d’immensurables ressources. S’écouter permet en quelque sorte d’appréhender plus objectivement la réalité et de s’y aligner. Malgré tout, je ne détiens pas toutes les réponses, loin de là, et c’est tant mieux ! Je reste ainsi libre d’utiliser ma curiosité à l’envi et de découvrir encore et encore. Me voici prête pour de nouvelles aventures, avec l’objectif de déguster l’Aujourd’hui pour me préparer à Demain avec ce que j’ai appris d’Hier.

 

Portez-vous bien et profitez !

 

 

 

09:39 Écrit par Rachel Colas dans Citations, Pensées, TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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