22 novembre 2015

Pour un beau sourire

 

 

Rachel Colas

 

Demain, c’est mon anniversaire.

Demain, je me fais opérer.

Je suis confiante.

Je suis sereine.

Je n’ai pas peur.

Je n’aurai pas peur.

Non, je n’aurai pas peur, car j’ai déjà vécu cette journée.

J’ai écrit ce qu’il se passerait demain, il y a six mois environ.

Et puis, je sais aussi que je penserai à mes paroles et à cette jeune fille.

Où qu’elle soit, je lui dédie ce texte.

Ceci est une histoire vraie et c’est la mienne.

 

 

Cela va être mon tour d’entrer dans le bloc opératoire. Je n’ai pas peur. Il faut dire que je n’en ai pas le droit. Tout ira bien. Tout mon parcours est semé de petits clins d’œil parfois assez époustouflants tant ils sont évidents. Malgré tout, je prends le temps d’assimiler. De réfléchir. De prendre position.

 

N’empêche, prendre conscience des signes qui nous sont adressés, renforce le sentiment d’être dans le bon chemin, que les décisions prises sont assurément les bonnes. Faut juste s’écouter, et regarder autour de soi. Et surtout, déchiffrer, comprendre, ces fameux signes. Car ils sont partout. Partout !

 

Souvent, je les déniche dans les désistements : cela m’arrive tout le temps. L’autre fois, il y a peu, lors d’un coup de fil à un spécialiste dont l’agenda est bouclé sur des mois : une place de libre peut-être ? Eh bien oui ! Cela marche dans la majorité des cas. Et si cela ne se réalise pas, c’est qu’il y a une bonne raison ! Simpliste ? Oui. Et alors ?

 

J’attends sagement. J’ai un peu froid sous le trop fin drap. Bientôt, on m’endormira, je voyagerai dans un sommeil artificiel et je me réveillerai quelque peu différente. Je transis et en même temps, je suis impatiente. Ne serais-je pas en meilleure santé ? Et puis, j’ai une autre raison de me réjouir : aujourd’hui, c’est mon anniversaire !

 

Je n’ai pas choisi la date d’opération. Elle m’a été donnée par le secrétariat. Encore une fois, il me semble que cette opération nécessaire m’est offerte comme si c’était un cadeau d’anniversaire ! Superstitieuse, je n’ai pas voulu la changer. Je me suis même amusée à l’humour noir : si je « restais » dans l’opération, cela me ferait une jolie date pour un écrivain… J’ai toujours aimé l’originalité, mais à ce point… Ce n’est pas au goût de mon cher mari qui me tance gentiment. Il a plus peur que moi !

 

Pour mon avenir, je ne peux pas me passer de cette intervention médicale. Il en va de ma santé. J’ai de la chance, oui de la chance de pouvoir en bénéficier. J’ai banni de mon vocabulaire le mot « subir ». Désormais, je bénéficie de cette opération. L’impact positif est décuplé et cela m’aide à balayer l’inquiétude insidieuse, à accepter et à regarder les choses différemment.  

 

Oui, je n’ai pas peur. Je me souviens de mes propres paroles de réconfort. Bientôt, je rentrerai dans la salle, je sais que je tremblerai un peu de froid et malgré tout légèrement, beaucoup peut-être d’appréhension, nerveusement parce que je ne suis pas une « wonder woman », et puis je sais que l’anesthésiste ou l’infirmière bavardera avec moi de mes enfants, de ce que j’aime avant le décompte qui m’enverra dans un sommeil sans rêves. Un patient doit toujours être endormi avec en tête un agréable moment, paraît-il.

 

Il y a quelques années, j’étais au même endroit. Pour une opération tout à fait bénigne. Je me souviens de la requête de l’infirmière :

- « Il y a une jeune fille qui attend comme vous. Seriez-vous d’accord que je la mette à côté de vous. Elle est anxieuse. Être avec quelqu’un la rassurerait avant de rentrer au bloc… »

 

C’est incroyable comme donner du courage nous fait oublier notre propre peur ! Cela fut fait, rapidement. Je me souviens avoir pris sa main. Elle m’a demandé la raison de ma présence. Ce n’était pas important. Elle n’avait que quinze ans. Elle allait être opérée de la mâchoire. Une grosse opération. Très lourde. Je me souviens de mes paroles :

- Mais tu vas avoir un sourire magnifique alors !  Tu vas voir, cela va bien se passer ! J’en suis certaine ! Tu seras encore plus jolie !

 

Nous sommes conduites chacune de notre côté par les blouses vertes vers notre salle d’opération. Demander de ses nouvelles a été ma première question lorsque j’ai repris connaissance en salle de réveil. Tout s’était bien déroulé…

 

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Aujourd’hui, je n’ai pas le droit d’avoir peur parce que demain, je vais avoir un - encore plus - beau sourire !


 

 

20:04 Écrit par Rachel Colas dans *MES FANTAISIES*, TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

Commentaires

J'ai lu avec le plus grande attention et je vais vous dire que vous êtes tr§-ès courageuse, et optimiste...au vu de votre opération
Vous allez aller avec la même confiance que j'avais quand j'ai du aussi subir une opération délicate au mois de Juin..
De tout coeur je vous souhaite quand même un bon anniversaire même si ce n'est pas gai être à l'hôpital ce jour là....
Bien à vous

Écrit par : goffaux | 23 novembre 2015

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.