29 juillet 2015

Plus le complémentaire

lotto, loterie nationale, argent, gagnant, amour

 

 

 

Une centaine de fois. Au moins ! Et très, très, méthodologiquement. Un par un. Je dois réaliser : j’ai tous les numéros ! Plus le complémentaire !

 

Constat : mon cœur danse la Saint Guy et mes mains tremblent trop fort. Un verre de whisky but cul sec pour réguler mes artères : peine perdue ! Et en plus, Dieu sait que je déteste ce breuvage !

 

Je ne sais pas si je suis heureuse. Pas encore. Je suis sous le choc. Idiotement : je suis soulagée, Cyril, mon mari est absent pour quatre jours, cadeau de sa société pour ses bons et loyaux services et surtout ses excellents résultats. Tant mieux pour lui. Tant mieux pour moi !

 

Jamais, je ne joue. Sauf aujourd’hui ! Qu’est-ce qui m’a pris d’acheter ce Quick Pick à la librairie de l’aéroport ? L’attente ? Tromper l’ennui ? Un coup de tête ? Quelqu’un là-haut m’a-t-il soufflé l’idée ? Je ne sais pas.

 

40.468.528,00 euros. Quarante millions quatre cent soixante-huit mille cinq cent vingt-huit euros. Même le dire me semble difficile ! Aucune idée de ce que cela représente : c’est tout bonnement inimaginable !

 

J’ai la tête en feu, mal à l’estomac : cela m’apprendra à boire le pure malt de Cyril ! S’il savait !

 

Il me reste quatre jours pour me décider : vais-je encaisser mon lot ? Et surtout, que vais-je dire à Cyril ? Ah, je m’imagine les ricanements si cela se savait dans mon entourage ! Quelle idiote de se poser des questions si stupides ! Comme si on allait hésiter à devenir multimillionnaire ! Sûre que l’on me traiterait d’idiote !

 

J’ai besoin d’avoir les idées claires. Je m’assieds à la grande table de salle à manger, payée en douze mensualités. Faut dire qu’elle est belle ! Combien de table comme celle-ci puis-je m’offrir désormais ? La tentative de calcul me saoule littéralement. Je prends une grande feuille A3 et je dresse deux colonnes : une pour les « pour » et l’autre pour les « contre ».

 

Le « pour » se résume à : « ne plus se tracasser en fin de mois » suivi de « m’offrir l’impensable ».

 

C’est quoi l’impensable ?

 

Je décide d’être pragmatique et de commencer par la personne la plus importante à mes yeux du haut de mes presque cinquante-cinq ans : moi !

 

Je ne fais pas mon âge mais je ne peux éternellement faire illusion. Chaque jour, je vois mes ridules prendre de la profondeur : elles s’enhardissent et m’envahissent. Je me dis qu’un peu de botox ne me ferait pas de mal… Et puis, le visage de Cyril m’apparaît. Ces rides d’expression, je les ai créées au fil des années à ses côtés. Ma vie se dessine sur mon visage et il l’aime, ce visage. Je le connais bien, mon Cyril : il ne voudrait pas d’une femme au visage de carton. Exit le botox : je reste moi-même avec mon vécu qui me façonne telle que je suis vraiment.

 

Je suis coquette. J’aime tellement les beaux vêtements ! Les robes en soie, les habits de lin ou le cachemire… Souvent, je me contente de regarder. De m’imaginer dedans. Aujourd’hui, je pourrais acheter un magasin entier ! Une vente privée à mon unique usage. Je rêve… M’y vois. Mais… il est vrai que l’on ne peut porter qu’une robe à la fois… Serais-je plus heureuse à courir les magasins ? À amasser ? À hésiter devant un dressing à faire pâlir d’envie la plus grande star ? Oui. Non. Franchement, je me demande. À avoir ainsi tout à disposition, est-ce que je ne risque pas de me lasser ? Je me réjouis tant de la « bonne » affaire ou de la trouvaille qui me met en joie durant des jours… Et puis, je repense à ma robe lilas : la préférée de Cyril. Celle qui m’a valu de perdre ma culotte en dentelle…

 

Nous pourrions parcourir le monde sans restriction. Nous aimons voyager… Mais courir le monde à la recherche de quoi ? Nous nous sommes trouvés… J’ai peur de me lasser… Je me souviens de ce reportage sur les grands gagnants - comme moi désormais - le couple avait contemplé les plus beaux couchers de soleil du monde pour revenir chez eux, épuisés, complètement blasés à la recherche d’un nouveau sens de la vie. L’homme cherchait même un travail ! Non pas pour l’argent mais pour se sentir utile !

 

Et nous ? Et si nous nous perdions ?

 

Je regarde autour de moi : j’aime ma maison. Elle est conforme à ce que je suis, à ce que nous sommes : un couple uni. Cela n’a pas de prix !

 

Naturellement, je sais que Cyril aimerait avoir une annexe entièrement vitrée avec, sur un long pan de mur, une bibliothèque ronde en bois. Un rêve que nous imaginons les soirées d’hiver lorsqu’on joue à « si on était riche ». Aujourd’hui, plus besoin de faire semblant !

 

Oui, améliorer notre maison mais surtout ne pas déménager même pour une plus grande, plus « belle » ! Nous sommes deux, pas d’enfant à chérir. C’est comme ça. C’est la vie. Comme quoi, l’argent ne peut pas tout acheter…

 

Et puis, il y a aussi mon travail : être professeur de piano me comble de joie. J’aime entendre les progrès de mes élèves. Leur réussite est ma joie, ma raison d’être… Je ne peux et je ne veux pas m’en passer… Et Cyril ? Aimerait-il déposer les armes et parcourir le monde à mes côtés ?

 

Devenir riche, c’est risquer perdre ses amis. En avoir d’autres… Je ne veux pas les perdre, je ne veux pas changer de statut social. J’ai peur de l’hypocrisie, j’ai peur de devenir, non plus un être humain, mais un compte en banque indécemment fourni... En fait, j’ai gagné de « trop ». C’est bête. Jamais, je n’aurais pu imaginer dire qu’un jour, je serais scandaleusement riche. Comme quoi, cela n’arrive pas qu’aux autres…

 

Je regarde ma feuille. Elle est griffonnée de partout et certains mots sont entourés. Des mots clefs surtout un qui revient sans cesse… Ils représentent ma vie. À les voir, je prends conscience de ma richesse : désormais, tout me semble tellement évident !

 

Demain, oui demain, j’irai au bureau de la loterie nationale.

 

 

***

 

Je suis reçue avec égard, il faut dire que je « pèse » lourd. L’homme en face de moi, souriant et respectueux, me propose une coupe de champagne. Il ne fait pas les choses à moitié ! J’ai le cœur au bord des lèvres : j’accepte la coupe. L’alcool me le remettra peut-être en place.

 

Je l’écoute attentivement. Il m’explique le tout clairement, attend que j’assimile chaque point, chaque recommandation. J’ai droit à un accompagnement spécial : comptable, conseiller financier, notaire et même un psychologue me sont proposés « gratuitement ». Cela me fait rire : devenir riche permet d’avoir le gratuit partout et d’être encore plus riche ! L’argent attire l’argent, c’est bien connu…

 

J’accepte l’aide proposée : elle est indispensable pour réaliser ce que j’ai en tête. Miraculeusement, tout ce petit monde est libre. Je n’ai qu’à formuler mes desiderata : ils seront accomplis ! Je goûte un instant à ce moment béni : être celle qui décide, celle que le monde attend qu’elle pense, parle, dirige, propose… Ils sont pendus à mes lèvres, moi la petite prof de musique…

 

Hier soir, j’ai dressé une liste. À côté de chaque rubrique, j’ai ajouté un montant bien précis. Puis pour la première fois de ma vie, j’ai rédigé un testament. Idiotement, devenir riche, fait penser à la mort… C’est étrange. J’ai également ouvert deux comptes. Au cas où. Bizarre de de garder une « poire pour la soif » alors que je peux posséder le plus grand oasis du monde en plein désert !

 

Voilà. Tout est exécuté selon mes ordres. Sans regret et avec soulagement. Il paraît que je ne suis pas la seule à agir comme ça. Cela me rassure : il reste donc de l’humanité entre les billets de banque !

 

Ce soir, Cyril rentre. Un collègue le déposera chez nous. Il me tarde de le retrouver. J’ai préparé son repas préféré, mis le champagne au frais. Un énorme bouquet de fleurs trône sur la table de la salle à manger : il m’a été offert par la Loterie Nationale. Je n’en ai jamais reçu d’aussi beau et pourtant, Cyril me gâte !

 

Je suis allée chez le coiffeur et je porte ma robe lilas. J’ai pris le temps d’acheter une nouvelle culotte en dentelle. J’espère la perdre, ce soir…

 

 

 

Il est heureux de rentrer, mon Cyril. Impatient de me raconter son court séjour. Il me trouve belle et me le dit. De l’entendre, cela me réconforte. J’ai donc eu raison. À mon tour de lui parler, de lui annoncer la bonne nouvelle : nous avons gagné au Win for life, mille euros par mois, à vie…

21:21 Écrit par Rachel Colas | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

24 juillet 2015

La robe rouge

robe rouge, amour, deuil,

 

 

 

Croquis de Katie Rodger

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas par quoi commencer. Je ne suis pas habituée. À écrire. À dire. À exprimer…

Dois-je débuter par l’essentiel ou le futile ?

Est-ce important ?

Et si je n’étais qu’une étoile filante dans cette vie ? Ce serait déjà bien... Et puis, je me souviens : je suis ton étoile.

 

Je me trouve devant cette page gribouillée de quelques mots jetés en vrac. Pour tromper l’effarement. L’avenir, peut-être. À moins que le présent ? C’est compliqué. J’ai peur.

Par lâcheté, je me perds dans les fils de mon existence. Par amour pour toi, je les dénoue. Je dois tricoter le reste de ma vie et surtout, y ajouter le dernier point.

 

Je découvre que j’ai beaucoup à dire et peu en même temps. C’est l’ambivalence des êtres humains… C’est comique. C’est triste. Je ne peux rien y faire.

 

J’ai une certitude qui me grignote le ventre et une ritournelle qui me hante depuis ton départ :

 

« Je ne mettrai plus jamais ma robe rouge.

Celle que tu aimais. »

 

Et puis les trois mots qui suivent inexorablement : « Tu es parti » et le constat, terrible : je suis seule. Les pensées sont jetées brutalement sur le papier et la douleur me pénètre dans chaque pore de ma peau. J’ai mal.

C’est effrayant aussi : je vis encore !

Et toi, tu n’es pas là !

C’est pénible cette vie qui coule dans mes veines, tranquillement, par habitude. Ce sang qui circule allégrement dans mon corps… Ce sang, couleur robe. Ma préférée, celle que tu m’as offerte…

 

« Je ne mettrai plus jamais ma robe rouge.

Celle que tu aimais. Celle que nous aimions »

 

Cette lettre, je l’écris en un adieu à cette existence. Glisser les mots sur papier, c’est leur donner vie. J’offre la mienne, car désormais, sans toi, elle m’indiffère. Tu n’es plus là, tu m’as laissé ton dernier souffle, cadeau ultime…

 

Il me reste une mission suprême : brûler cette page noircie de ton absence, les mots partiront en cendres.

Comme moi.

Un jour.

Bientôt.

J’espère.

Il me tarde de te rejoindre.

 

« Je ne mettrai plus jamais ma robe rouge.

Je t’en fais la promesse ».

 

 

 

 

 

 

 

16:11 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

19 juillet 2015

J’étais là et tu ne le savais pas

chaise, océan, amour,

 

Écriture à partir d'une carte postale (illustration)

 

 

 

J’étais là et tu ne le savais pas.

Personne ne le savait d’ailleurs.

C’était un jour à rester.

Un jour, peut-être à s’envoler.

Je ne sais.

 

De loin, je t’observais.

Dans le crépuscule naissant, tu jouais avec la spirale du temps.

De loin, je ne savais que penser. Devais-je en être heureux ou m’inquiéter ?

Et cette manie que tu as : ranger les chaises l’une à côté de l’autre !

Des chaises à l’éclat métallique sous la bienveillance de l’astre nocturne.

De loin, cette symétrie m’attirait. À moins que ce ne soit toi ?

De loin, cette symétrie m’épouvantait. À moins que ce ne soit toi ?

 

Pour qui dressais-tu cette rangée parfaite de chaises ?

Pour un tribunal ? Pour un spectacle ?

Qui allait être condamné ? Qui allait être le héros du jour ?

Pour qui ? Pour quoi ?

 

J’étais là et tu ne le savais pas.

Personne ne le savait d’ailleurs.

C’était un jour à rester.

Un jour, peut-être à s’envoler.

Je ne sais.

 

Je t’ai vu t’asseoir sur la quatrième chaise en partant de la gauche.

Ce n’était pas celle du milieu, non.

Tu n’occupais pas une position symétrique.

À croire que tu voulais être différente.

Tu ES différente !

 

Je t’ai regardé longtemps, toi, perdue dans la contemplation de ce vaste océan.

Perdue et retrouvée.

Présente et absente.

 

J’ai attendu. Longtemps.

Tu es restée. Longtemps.

 

Des étoiles sont venues : elles nous regardaient, toi et moi.

Il me semblait même qu’elles souriaient...

 

Et puis, j’ai compris.

Je me suis levé et me suis assis à la cinquième chaise en partant de la gauche.

Sans rien dire, ma main a cherché la tienne.

Elle l’a trouvée.

Elle l’a gardée.

 

J’étais près de toi et jamais tu ne sauras ce moment béni où j’étais avec toi alors que tu ne le savais pas.

 

 

 

 

19:04 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

11 juillet 2015

Mon coeur qui te regarde - Texte à mettre en musique

coeur, tatoo

 Pour l'été, lorsque l'esprit danse...

 

 

 

Il a le cœur en pantoufle

Même que son esprit est en flanelle

Il lui dit des « je t’aime » à bout de souffle

Chut : leur amour est confidentiel !

 

            Chut, tais-toi : regarde-le ! Il la couve des yeux !

 

 

Elle a le cœur en compote

Même que cela la rend encore plus belle

Il lui dit qu’elle est rigolote

Clap clap : Leur amour  est existentiel…

 

            Clap, clap : regarde-la : elle sourit !

 

 

Ils ont le cœur en papillote

Même qu’ensemble, ils tremblent de joie

Dans le nid d’amour sans antidote

Boum boum : ces deux-là s’aiment comme toi et moi.

 

            Boum boum, mon cœur qui te regarde…

 

 

J’ai le cœur en feutrine

Gravé dans ma peau

Il bat à l’unisson

De ton cœur qui me fascine

 

            Boum, boum, mon cœur qui te regarde... qui te regarde.

 

12:03 Écrit par Rachel Colas dans *TEXTES A METTRE EN MUSIQUE*, ÉMOTIONS POÉTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

10 juillet 2015

La mémoire du coeur

coeur, mémoire,

 

 

 

Je me suis éveillée dans le bruit de mon corps : la vie battait à mes oreilles. La chanson était douce. J’hésitais à rompre le charme : je savais que je devais ouvrir les yeux, prendre pied dans la réalité… Cependant, il me semblait que les laisser fermer me protégeait de quelque chose. De moi, peut-être ?

 

Quelques secondes se sont enfuies, peureuses, le temps de m’habituer à la vie. J’ai ouvert les yeux. Je me suis assise dans le lit, le cœur battant à la recherche d'un indice qui le remettrait à sa place et le dompte. Et puis, j’ai vu : ce petit carnet rouge sur la table de nuit et posé dessus, un feuillet de bloc-notes : des mots m’attendaient sagement. Si étrange que ce soit, je savais qu’ils m’étaient destinés :

« Bonjour ma chérie. Prends ton temps. Relis ton carnet si tu en éprouves le besoin. Je t’attends pour le petit déjeuner sur la terrasse. Je t’aime. ».

 

Mon cœur s’est remis en place tout doucement. Je me suis levée et mes pieds ont rencontré de jolies pantoufles. Mon corps savait ce que mon esprit découvrait. J’ai pris par automatisme mon carnet rouge. Je savais qu’il était le mien, d’ailleurs, celui qui avait tracé les mots d’amour me le confirmait…

 

En me levant, je l’ai rencontrée, elle. Cela m’a fait un choc ! Je l’ai vue et je me suis rencontrée, moi. J’avais le teint pâle, les cheveux en bataille et les lèvres trop pâles. Idiotement, je me suis plu. Je dirais même que cela m’a réconforté de me rencontrer : j’étais ce que je voyais ! J’ai poussé un long soupir de soulagement. Il me semblait que je m’aimais. C’était bon signe…

 

Je suis arrivée doucement dans la cuisine. Celle-ci donnait sur la terrasse. Il était là. Il m’attendait. Il me semblait reconnaître cette silhouette. De loin, j’ai vu une rose rouge posée sur une assiette. Elle désignait ma place. J’ai ressenti une bouffée d’amour : elle venait du plus profond de mon être. Une partie de moi se rappelait : j’aimais et j’étais aimée en retour ! C’était une certitude !

 

Avant de le rejoindre, j’ai ouvert le carnet à la première page. Une habitude salutaire devenue inéluctable : « Je dois avoir confiance. J’oublie chaque jour depuis l’accident. Je dois être patiente, la mémoire reviendra. Reste le plus important : je suis aimée. Il m’aime. Je l’aime. Me faire confiance. Profiter de ce jour.».

 

Et dans ce petit matin doux, j’ai su que c’était vrai.

 

Plus tard, en fin d’après-midi, dans le petit carnet, à la dernière page, je lirai : « j’ai de la chance d’oublier car chaque jour, je découvre que j’aime et que cet amour est partagé. Chaque jour, il m’apprivoise. Chaque jour, tout mon être se donne à lui : la mémoire du corps revient et mon esprit s’envole pour être en harmonie avec lui. Nous ne sommes plus qu’un. Chaque jour, je m’endors le cœur gonflé de reconnaissance pour ce cadeau ultime. Chaque jour. Je ne dois pas l’oublier ».

 

17:30 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

07 juillet 2015

Des bulles de bonheur

bonheur, idiot du village

 

 

 

 

De la fenêtre entrouverte de la classe, l’idiot du village a entendu la maîtresse d’école donner un devoir pour le lendemain : « qu’est-ce le bonheur ? ».

 

Il attend que la classe se termine : il aime voir les enfants s’égailler.

Lui, Il est trop grand : on ne veut plus de lui. Cela le rend triste.

Il a beaucoup à dire et peu l’écoute…

 

Nathan sort de l’école avec les pieds qui traînent : il n’aime pas les devoirs. Il préfère jouer.

L’idiot du village est là. Comme tous les jours.

Il a un peu peur de lui : il n’est pas comme les autres.

 

Pourtant, dans son esprit, germe une idée un peu folle :

L’idiot connaît-il le bonheur ?

De ses journées, il ne fait rien pourtant, il a toujours un sourire plaqué sur ses lèvres : est-ce ça le bonheur ?

 

Il s’approche de lui, la peur au ventre,

Et l’envie féroce de trouver réponse à son devoir

Brusquement, un peu gêné, il apostrophe l’autre, tout heureux, lui, d’être l’objet d’attention sans une once de méchanceté :

 

« C’est quoi le bonheur pour toi ? »

L’autre réfléchit quelques instants. Il faut dire qu’il y a déjà pensé…

Il aime bien, lui, faire les devoirs dans sa tête.

 

Il regarde l’écolier rougissant,

Puis les yeux sur un invisible,

Il raconte :

 

« Le bonheur ? Ce sont de petites bulles qui chatouillent le cœur,

l’âme qui vadrouille en toute candeur

Et le rire qui papillonne en couleur. »

 

 

Nathan écoute. Nathan réfléchit. Il trouve que c’est beau : les phrases chantent.

Et puis, lui aussi ressent des chatouillis lorsqu’il voit son amie Lisa…

Alors, cela doit être vrai…

 

Il ouvre le livre qu’il doit lire pour la semaine suivante.

Il jette à la va-vite, les mots sur la première page : il ne doit pas oublier.

Sûr que la maîtresse lui donnera de bons points…

 

 

Un jour, lorsqu'il sera adulte, il retrouvera ce roman et ses mots tracés d’une main enfantine

Il les relira. Il se souviendra de l’idiot du village.

Celui qui jouait avec des bulles de bonheur…

17:25 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

02 juillet 2015

J'écris donc je suis

écriture, être écrivain, devenir, passion

 

  

 

Est-ce que tout le monde peut écrire ? Oui.

Est-ce que tout le monde a quelque chose à raconter ? Oui.

Cela dit. Comment procéder ? Pourquoi ? Qu’est-ce que cela apporte ? D’où vient l’inspiration ? Sommes-nous ce que nous écrivons ? Et surtout qui se cache derrière les écrits ?

C’est la réflexion d’un ami sur Facebook qui m’a donné l’envie d’écrire ceci. Je l’en remercie : il se reconnaîtra.

 

Cet article a le but de lever le voile sur ce qu’est un écrivain ou tout du moins une petite partie. Point de mystère, une écrivain est une personne comme les autres… ou presque. Naturellement, je ne suis pas la science infuse et c’est tant mieux : il me reste la curiosité de l’impalpable ! Ce n’est que mon humble expérience et si cela peut aider certains d’entre vous, j’en serai extrêmement heureuse !

 

Par quoi commencer ? C’est simple, il faut écrire le premier mot, ensuite la première phrase et le reste devrait couler de source…  

 

D’où vient l’inspiration ? De partout ! Pour moi, de préférence visuelle, par des images et aussi par la musique. La musique est extrêmement inspirante, un mot, un son, une intonation et tout s’emballe ! Pour réussir le défi du Nanowrimo, j’ai composé une playlist que j’ai écoutée en replay un mois durant… Elle me sort littéralement des oreilles ! Et si je réécoute un des morceaux, je suis immédiatement replongée à ce moment de création intense. J’ai fait ce que l’on appelle un « ancrage ». En ce moment, c’est Cabrel qui m’accompagne et qui dirige de sa voix grave la rythmique de mon clavier… Chacun son truc : déterminez le vôtre !

 

Quand écrire ?

N’importe quand. Le jour et même souvent la nuit ! Pas de chance pour l’être aimé à mes côtés qui est invariablement dérangé par mes allées venues !

 

Une idée arrive ? Je l’accueille avec respect et réjouissance ! Tellement de choses à inventer avec une « simple petite » idée ! Que devient-elle ? Soit je la garde précieusement dans un coin de ma tête pour plus tard, soit j'envisage sa réalité dans mon esprit. Si une image ne se forme par directement, comme une sorte de « vision », vous pouvez poser les questions traditionnelles du « qui », « que », « quoi », « comment », « quelles conséquences », etc. et pourquoi pas en prendre des notes, faire des schémas ?

Pour un roman, j’ai trouvé pour chaque personnage une photo, écrit le descriptif de leur caractère et créé une ligne du temps. Sans oublier de prendre note de toutes leurs caractéristiques qui se profilent au fil de l’histoire : il faut savoir que les personnages peuvent être hors contrôle de l’auteur… De la vigilance et beaucoup d’empathie pour eux ! (Parfois, ils n'en font qu'à leur tête !).

 

Comment arrivent les idées ?

Souvent les idées me viennent sous forme d’images, ou de film comme un court métrage et principalement en fin de soirée. Les idées fusionnent également lorsque je suis en voiture – et donc, je dois produire un effort de concentration et de mémorisation car les idées filent comme elles sont venues : en catimini !

Beaucoup plus aisé pour moi lorsqu’elles arrivent la nuit : au moins je peux me relever et noter des bribes voire même écrire l’entièreté du texte ! Pour le texte « Poudre aux yeux », en demi-sommeil, « entre deux eaux », j’ai assisté à la projection des publicités. Il ne me restait plus « qu’à » écrire le lendemain…

 

Écrire à la main ou dactylographier ? Au choix. Mes meilleurs textes, du moins, mes préférés, sont ceux écrits à la main. Cependant, je préfère mon clavier aux touches à moitié effacées ! C’est nettement plus rapide : les mots défilent à une vitesse hallucinante ! Cela engendre une sorte de tempo hypnotique qui rythme le corps du texte en accompagnement du fond sonore de la musique écoutée. À être plongé dans l’histoire, la musique n’est plus qu’un bruit de fond dont émergent certains mots. Souvent, ces mots reviennent à la pleine conscience et sont entendus à certains moments précis. Cela rebooste l’écriture, lui redonne un élan.

 

Comment je me sens lorsque j'écris ?

Merveilleusement bien !

C’est « littéralement » un orgasme littéraire ! Une formule redondante, certes, mais je n’ai pas d’autres mots pour expliquer ce sentiment ! En ce qui me concerne, cela équivaut à vivre dans un autre temps, un autre lieu, une autre dimension. C’est tout simplement exister dans la vie de quelqu’un que je crée, qui n’existe pas et qui finit par réellement vivre dans mon esprit, dans mon âme et même à y laisser une trace physique en moi ! À se demander si ce personnage ne finit pas par exister quelque part… Voyez… déjà mon imagination s’enflamme à cette idée d’un être existant grâce à moi et peut-être, malgré moi…

L’imagination est libre. Sans bride. Elle est inépuisable !

 

Une évidence, un besoin : vivre dans l’histoire que j’invente ! En écrivant, je VOIS ce qu’il se passe autour du personnage, je RESSENS ce qu’il vit. Si son cœur bat plus fort, je le ressens physiquement, mon propre cœur bat plus vite ! Je ressens toutes ses émotions les plus intimes sans frontière ! C’est assez impressionnant et je ne m’en lasse pas !

 

Écrire pour moi, c’est être la main qui court sur le clavier, le personnage qui vit et ressent ses émotions et également, cerise sur le gâteau, le lecteur ! Trois en un !

Oui parfois, souvent, j’écris sans connaitre la fin de l’histoire… Je la découvre en même temps que j’écris ! Je suis lectrice, impatiente de connaître la fin !

Je suis en réalité au même moment trois personnes différentes ! Je ne peux définir cet état, je dirais simplement qu’il est extatique… C’est de l’endomorphine en concentré !

J’appelle cet état mon écriture « semi-automatique » car je suis consciente du présent et qu’il m’est possible de sortir de cet état si quelqu’un ou quelque chose m’interrompt dans mon travail. J’ai appris au fil des années à « bloquer » l’inspiration le temps de répondre à l’intervention extérieure et la reprendre sans en perdre le fil. Cette technique, je l’ai acquise lors de ma formation en PNL à Paris. (Programmation NeuroLinguistique).

 

La seule contrariété est d’abandonner un texte en cours d’écriture – même le temps de dîner – le besoin ardent de coucher les mots sur papier est tellement substantiel que c’en est parfois un déchirement de devoir s’interrompre… mais il faut bien vivre ! C’est comme si l’histoire décidait de s’octroyer des temps de pause…

 

Est-ce qu’un écrivain exprime ce qu’il ressent ?

Oui et non.

En écrivant, je fais appel à des émotions connues et vécues : la joie, la colère, la tristesse, la sérénité, le bonheur, la nostalgie, etc. Cela aide à décrire l’émotion du personnage, de la ressentir et de prévoir la réaction de celui-ci.

 

Mais et c’est un grand « mais » ! Un exemple : ce n’est pas parce que je parle de « regrets » que j’en ressens ! Si un poème nostalgique est écrit en quelques minutes au bord de ma table de cuisine, cela ne veut pas dire obligatoirement que je suis triste ! Si je parle d’un homme, ce n’est pas pour autant que je pense à quelqu’un d’autre que mon mari ! Ce n’est pas parce que j’écris en tant que meurtrière que j’ai commis un meurtre ! Bref, vous avez compris ! Ce que j’écris n’est PAS la réalité sauf si c'est explicite comme maintenant !

 

Ce n’est pas pour rien que la formule consacrée « Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence » se trouve en première page de nombreux romans… Heureusement, imaginez la vie de Stephen King ! Il faut dire que cela s’appelle de la « fiction » !

 

Donc, j’IMAGINE et je VIS ce que le personnage ressent. Je peux également ressentir des émotions inconnues car je les INVENTE ! C’est en sorte une projection. C’est là la puissance de la transposition des mots sur un monde irréel qui devient viable car j'y dépose des sentiments, des ressentis…

 

Ce que je ressens lorsque le texte est terminé ? Un soulagement. Écrire procure tellement de bien-être que terminer un texte peut être vécu comme une sorte de déchirement mélangé à de la joie. Étant maman, je peux me permettre d’y voir une analogie avec un accouchement en bien moins douloureux physiquement parlant (Heureusement d’ailleurs sinon peu de personne écrirait !). C’est toujours un réel plaisir, une fierté teintée de nostalgie, d’écrire le mot « FIN » en tout cas pour un roman ou un livre.

 

D’ailleurs ce mot, je ne l’écris jamais à la va-vite. J’y mets un certain cérémonial : je prends le temps, je l’inscris en gras, en lettre majuscule et je contemple ce mot quelques minutes avant la sauvegarde vitale du texte.

 

Faut-il écrire tous les jours ?

Certains disent qu’il faut une discipline et je pense que oui. Pour ma part, ayant un job autre que l’écriture, je ne peux m’y consacrer la journée par contre, les idées viennent n’importe quand : elles sont reléguées dans mon esprit ou notées lorsque c’est possible. Je les note dans mon cahier que je trimballe partout et les reprends lorsque je rentre… Naturellement, je privilégie la soirée – parfois la nuit – et le weekend. Et cela dépend de l’inspiration. J’ai aussi la chance d’écrire vite : parfois des textes à mettre en musique en dix minutes, une courte nouvelle en une demi-heure. Qu’importe, les mots sont déposés, je peux passer à autre chose, une autre nouvelle, une autre idée…

 

La reconnaissance ?

La reconnaissance est importante. Un texte ne vaut rien s’il n’est pas lu. L’écrivain existe parce que les lecteurs sont là. Sans les lecteurs, nous ne sommes rien. L’important est de figer un instant, d’y mettre des mots, des envies, des souhaits, des peurs, des joies, de la colère qu’importe, écrire est vital. Ecrire, c’est crier en silence entre les lignes. Aux lecteurs de découvrir, des comprendre les messages… Et puis, les idées voyagent, façonnent les êtres.

 

Voilà, pour moi, c’est ça écrire…

 

18:11 Écrit par Rachel Colas dans *MES FANTAISIES* | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |