10 juillet 2015

La mémoire du coeur

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Je me suis éveillée dans le bruit de mon corps : la vie battait à mes oreilles. La chanson était douce. J’hésitais à rompre le charme : je savais que je devais ouvrir les yeux, prendre pied dans la réalité… Cependant, il me semblait que les laisser fermer me protégeait de quelque chose. De moi, peut-être ?

 

Quelques secondes se sont enfuies, peureuses, le temps de m’habituer à la vie. J’ai ouvert les yeux. Je me suis assise dans le lit, le cœur battant à la recherche d'un indice qui le remettrait à sa place et le dompte. Et puis, j’ai vu : ce petit carnet rouge sur la table de nuit et posé dessus, un feuillet de bloc-notes : des mots m’attendaient sagement. Si étrange que ce soit, je savais qu’ils m’étaient destinés :

« Bonjour ma chérie. Prends ton temps. Relis ton carnet si tu en éprouves le besoin. Je t’attends pour le petit déjeuner sur la terrasse. Je t’aime. ».

 

Mon cœur s’est remis en place tout doucement. Je me suis levée et mes pieds ont rencontré de jolies pantoufles. Mon corps savait ce que mon esprit découvrait. J’ai pris par automatisme mon carnet rouge. Je savais qu’il était le mien, d’ailleurs, celui qui avait tracé les mots d’amour me le confirmait…

 

En me levant, je l’ai rencontrée, elle. Cela m’a fait un choc ! Je l’ai vue et je me suis rencontrée, moi. J’avais le teint pâle, les cheveux en bataille et les lèvres trop pâles. Idiotement, je me suis plu. Je dirais même que cela m’a réconforté de me rencontrer : j’étais ce que je voyais ! J’ai poussé un long soupir de soulagement. Il me semblait que je m’aimais. C’était bon signe…

 

Je suis arrivée doucement dans la cuisine. Celle-ci donnait sur la terrasse. Il était là. Il m’attendait. Il me semblait reconnaître cette silhouette. De loin, j’ai vu une rose rouge posée sur une assiette. Elle désignait ma place. J’ai ressenti une bouffée d’amour : elle venait du plus profond de mon être. Une partie de moi se rappelait : j’aimais et j’étais aimée en retour ! C’était une certitude !

 

Avant de le rejoindre, j’ai ouvert le carnet à la première page. Une habitude salutaire devenue inéluctable : « Je dois avoir confiance. J’oublie chaque jour depuis l’accident. Je dois être patiente, la mémoire reviendra. Reste le plus important : je suis aimée. Il m’aime. Je l’aime. Me faire confiance. Profiter de ce jour.».

 

Et dans ce petit matin doux, j’ai su que c’était vrai.

 

Plus tard, en fin d’après-midi, dans le petit carnet, à la dernière page, je lirai : « j’ai de la chance d’oublier car chaque jour, je découvre que j’aime et que cet amour est partagé. Chaque jour, il m’apprivoise. Chaque jour, tout mon être se donne à lui : la mémoire du corps revient et mon esprit s’envole pour être en harmonie avec lui. Nous ne sommes plus qu’un. Chaque jour, je m’endors le cœur gonflé de reconnaissance pour ce cadeau ultime. Chaque jour. Je ne dois pas l’oublier ».

 

17:30 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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