30 juin 2015

Dégustation d'un macaron au citron et au marron expérimentée par un polisson

macaron, citron, marron, gourmandise, erotique

 

Suite à un défi littéraire : évocation d'une gourmandise

 

 

 

Mise en scène : salon de la Marquise de la Bonbonnière.

La Marquise est couchée nonchalamment sur sa dormeuse. À ses côtés, un plateau en argent : des douceurs sont délicatement disposées sur une assiette en porcelaine.

En face, se tient son favori qui la couve des yeux.

 

Gros plan sur l’amoureux. Il hume. Il ouvre la conversation avant de se plonger très loin dans des pensées défendues :

 

 

Quelle est cette chose odorante qui fleure bon dans ce salon ?

« Des macarons au citron et au marron »

Ronronne ma bien-aimée, mon joli chaton…

En total abandon devant cette gourmandise, ces ronds bonbons,

Une friandise sans concession.

Je sens monter l’excitation…

 

En toute confession, sans contrefaçon,

Devant cette parfaite cuisson, cadeau de Cupidon

Elle reste sans réaction et même d’une parfaite discrétion :

Sa fine main part dans la direction

Opposée de son beau regard couleur chaudron

Pour se saisir du plus gros macaron !

 

Par définition, le vol de macarons, un rien démon

Rime avec déraison et convoitise sans nom

Et pourtant, mieux vaut l’effraction que la déception !

C’est l’expression d’une fascination

Et la fragilisation d’un esprit fripon

Qui ne vit que des frissons de la passion.

 

Je ne suis point felon : à ses sucreries, je lui donne mon pardon

Et sans sermon, j’avoue, je mors à l’hameçon.

À l’horizon, reste un malheureux macaron en mal de dégustation

Elle hésite, la gourmande, à prendre sa convoitise au citron

Je connais la leçon, moi son mignon,

C’est ma mission, je le lui offre sans obligation

C’est son obsession, elle est ma passion.

 

Je garde cette option, tel un paillasson

mais un paillasson qui avec raison connaît sa perdition à la perfection

Puisque avec sa permission, je joue le polisson !

Elle le déguste devant moi avec délectation

Je m’imagine être le macaron : je suis en pâmoison

Devant cette lente pénétration.

Ca y est : je suis en perdition…

 

Je sais avec raison, que m’attend la réanimation

Qui a la réflexion, est presque de la capitulation !

Qu’importe, j’ai à tenir ma réputation !

Je prône la réconciliation sans façon…

Ceci n’est point une fiction : les macarons au citron et au marron

Sont des merveilles de sensations

À qui l’avale, à qui aime à l’unisson…

 

Ce n’est donc point un mensonge de trop

Que de dire du macaron au citron et au marron

Qu’il est sans conteste la promesse d’une excitation et d’une érection !

Ceci n’engage que moi, le polisson,

Qui joue avec la gourmandise comme d’une consommation sans modération.

Qui veut, peut. De l’imagination et de la perfection  

A qui se perd dans les gâteries, se laisse déguster en toutes occasions.

Cela dit : donner à votre aimée, des macarons. Au citron et au marron.

 

 

 

18:00 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

29 juin 2015

(Dé)connexion - Texte à mettre en musique

relax, déconnextion, pause

 

 

 

 

Y a celui qui veut nous éblouir

Des voyages, à nous étourdir

Des barbecues, des amis à n'en plus finir

Il raconte de tels délires, faut pas l’contredire

Faut dire, y pas d’âge pour faire semblant, le monde soupire, on garde le sourire

 

Un jour, une semaine, un mois, et puis tout le temps, véritable secte

Je me connecte, tu te connectes, il ou elle se connecte

Nous nous connectons, nous nous perdons

Déconnexion

 

Y a celle abonnée à la maltraitance et aux chiens errants

Qui partage à tout bout’champs

Des horreurs à vomir commises par de sales gens

Une telle souffrance, c’est effrayant

Le monde ferme les yeux, on se sent impuissant

 

Un jour, une semaine, un mois, et puis tout le temps, véritable secte

Je me connecte, tu te connectes, il ou elle se connecte

Nous nous connectons, nous nous perdons

Déconnexion

 

Y a celui qui dit bonjour le matin, déguste son premier café

« Bonne après-midi, les copains, trois statuts par jour, c’est pas compliqué »

Il pense à dire bonsoir, avant de s’endormir le soir, devant sa télé

Demain, sûr qu’il sera le premier sur FB.

Le monde n’a plus rien à raconter, on est épuisé

 

Un jour, une semaine, un mois, et puis tout le temps, véritable secte

Je me connecte, tu te connectes, il ou elle se connecte

Nous nous connectons, nous nous perdons

Déconnexion

 

Et que dire de celui, entre deux statuts, caché

Tel un zombie, derrière son clavier, espion assidu

Qui vole, récolte des instants suspendus

Tous les jours de la semaine, pas de vécu pour l’intrus

Le monde a de la peine, le monde ne veut pas de chaînes, on a rompu

 

Un jour, une semaine, un mois, et puis tout le temps, véritable secte

Je me connecte, tu te connectes, il ou elle se connecte

Nous nous connectons, nous nous perdons

Déconnexion

 

Et surtout, y a ceux qu’on aime, toi et eux

Qu’on veut garder, ça nous émeut

Pour s’amuser, au mieux, être au milieu d’eux

Alors on reste, par jeu et même pour un ou deux

Le monde a envie d’aimer, on est heureux.

 

Un jour, une semaine, un mois, et puis tout le temps, je n'joue plus dans la pièce

Je me déconnecte, tu te déconnectes, il ou elle se déconnecte

Nous nous déconnectons, nous nous aimons

Réalité, reconnexion

 
 

 

fb.jpg

 

 

18:44 Écrit par Rachel Colas dans *TEXTES A METTRE EN MUSIQUE* | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

27 juin 2015

Gourmandise

gourmandise, chocolat

Défi littéraire : écrire sur un art...

Parce que la cuisine est un art, et la gourmandise, l’ingrédient principal...



Pour ce défi, le lien : 

 

 

Madame de Sévigné est convaincue, sans surprise

D’aucuns ne rivalisent à cette convoitise, à jamais sous son emprise

« Il vous flatte pour un temps, et puis, il vous allume

Tout d’un coup une fièvre continue* légère comme une plume »

 

Marquise exquise, insoumise au seuil de la gourmandise

Entre gaillardise et flemmardise, elle préfère les friandises.

Rendez-vous dans la gentilhommière, arrivée la première

Patientant dans la lumière, à la lisière de l’adultère

 

Elle a mis ses conditions, campé sur ses positions

Point de bonbons, de boudoirs ou autres aberrations

Elle rêve de moussoir et de chocolatière

Raison butoir pour enlever sa jarretière

 

La morale de cette singulière histoire

Est qu’un prétendant ne peut concevoir

Une passion privée de chocolat

Sous peine de passer pour un goujat indélicat.

 

Mode d’emploi : déguster le chocolat, en premier plat

En dessert, terminer par de chauds ébats.

 

 

(*) La marquise de Sévigné dit du chocolat, dans ses Lettres, qu’« il vous flatte pour un temps, et puis il vous allume tout d'un coup une fièvre continue ».

Pierre Hermé, Le grand livre du chocolat : 380 recettes, Vevey, Mondo,‎ 2007, 367 p.

 

11:06 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

20 juin 2015

Jeunesse

sagesse, jeunesse, vieillesse

 

 

 

Point de finesse

Pour cette belle diablesse

Juste des caresses avec rudesse

Cette scélératesse est mon ivresse.

 

 

Sans confesse,

J’admets avec allégresse mes faiblesses,

Elle me fait la promesse

D’être ma vengeresse.

 

 

Sur ses fesses, des caresses en souplesse

Point de maladresse ni d’indélicatesse

De la sveltesse et de la hardiesse

Elle est ma kermesse, ma liesse

 

 

Sans paresse, sans politesse

En bribes, elle me revient sans cesse

En pécheresse

Cette bougresse, ma belle jeunesse.

 

 

C’est avec tristesse, que cette traîtresse

Sans délicatesse et sans noblesse

Est partie me laissant avec rudesse

la sagesse de la vieillesse

 

13:00 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

18 juin 2015

Vérité

vérité, vie, mort

 

 

 

La vraie histoire des morts

C’est le souvenir des vivants

 

18:00 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

17 juin 2015

La femme qui se fardait - Texte à mettre en musique

maquillage, amant, amour, rupture

 

 

La femme qui se fardait disait «  je pense à vous »

Je n’ai pas osé lui dire : je suis un voyou

Qui joue avec son cœur

Pour son malheur, pour son malheur…

Vous pouvez me croire

J’ai envie de la r'voir, lui laisser l’espoir

 

La femme qui se fardait disait « je te veux à moi toute seule »

J’étais déjà pris, j’avais pas envie d’un autre linceul

Elle me promettait mont et merveilles

C’est pas demain la veille

Que je croirais à ses délires

Elle va quand même pas bousculer ma vie !

 

C’est une évidence, elle se sent belle

Y a rien de mieux, partager sa couche avec elle,

C’était le paradis, elle m’avait promis des étincelles,

Elle m’a pas menti : j’ai goûté au 7ème ciel !

   

La femme qui se fardait a dit « va-t’en ! »

C’est simple, elle n’a plus le temps

De courir après des moulins à vent

Les armes de séduction, elle me les rend

Y a plus de larmes

C’est une histoire terriblement banale

 

 

La femme qui se fardait a dit « je ne veux plus te voir »

« Jamais, jamais plus te revoir ! »

Elle ferme son corps à double tour

Pour un autre, elle garde son glamour

Pour un autre que moi, un autre moins maladroit

Non, vraiment, cela ne se fait pas…

 

C’est une évidence, elle se sent belle

Y a rien de mieux, partager sa couche avec elle,

C’était le paradis, elle m’avait promis des étincelles,

Elle m’a pas menti : j’ai goûté au 7ème ciel !

 

C’est une évidence, elle se sent belle.

Elle m’a fait goûter au 7ème ciel

Et je l’ai perdu, elle

Elle et ses étincelles…

 

17:30 Écrit par Rachel Colas dans *TEXTES A METTRE EN MUSIQUE* | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

16 juin 2015

Eux

eux, amour, rêve, vie

The Kiss, print from original watercolor painting by Jessica Durrant

 

 

 

Elle aimait les rêves

Il aimait la vie

 

            Elle rêvait de lui

            Il vivait pour Elle

22:30 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

Vague à l'âme

vague à l'âme, tristesse,

Artmajeur.com Online Art Gallery

 

Quel est ce vague à l’âme 

Ma très chère belle dame

Qu’un rien entame

De la lame du psychodrame ?

 

Quel est ce vague à l’âme 

Ma jolie madame

Qu’un rien enflamme

Sous la trame d’un mélodrame ?

 

Quel est ce vague à l’âme

Cet amalgame

Moi qui ne suis point bigame

Ma belle dame ?

 

Quel est ce vague à l’âme

Qui hurle comme une mauvaise réclame

Le sociodrame

D’un cryptogramme ?

 

Quel est ce vague à l’âme

Qui tue le vacarme

De ce sordide amalgame

Sans verser une larme ?

 

Quel est ce vague à l’âme

Qui me fait aimer ce charme

Et perdre toutes mes armes

Oui, quel est ce vague à l’âme ?

 

Ma belle dame,

Ma belle dame,

 

 

 

 

21:25 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

15 juin 2015

Hors connexion

réseau, plante, pensée

Illustration : Pinterest - sml-design.com

 

Ce texte fait suite à la lecture du livre « Les histoires les plus étranges et inexpliquées »

de Christian Vignol – Éditions La boîte à Pandore – page 21.

 

Le docteur Mac Donald Critchley, célèbre neurologue londonien l’avait prédit : la langue écrite disparaîtra en premier, ensuite le langage parlé. « Les impressions, les sensations de l’homme de demain seront tellement supérieures à la capacité de son vocabulaire que seule la télépathie pourra satisfaire à son besoin de communication »*.

 

Édouard ouvrit la porte avec la grande clef, la rouge. Bientôt, il changerait le mécanisme contre celui qui utilisait une légère impulsion électrique. Ce serait plus simple. Peut-être devrait-il acheter un Buxus sempervirens ? Mais accepterait-il d’être taillé ? Par la pensée, il demanda aimablement à sa plante favorite, son Paphiopedilum barbatum, d’allumer la lampe de sel. Cette lueur douce orangée lui apportait un bien-être instantané, signe indéniable qu’il était enfin chez lui ! Il espérait ne plus devoir le lui demander... Quand prendrait-elle l’initiative  ? Elle savait pourtant combien il était attaché à ce rituel ! Les manuels d’apprentissage sur l’apprivoisement des végétaux étaient formels : il fallait user de patience. Soit.

 

Il se mit en état d’alerte : « où est Fred ? ». « Hors connexion » encore une fois ! Édouard soupira. Il ne sortait pas de sa phase dépressive. Trop tourné vers le passé. Il pariait qu’il se terrait encore à la cave ! Avant de descendre l’y retrouver, il se servit un verre de vin rouge. Il en avait subitement besoin.

 

Fred ne l’entendit pas venir : trop absorbé par sa délicate tâche. Édouard, sans un mot, sans pensée, lui toucha l’épaule. L’autre sursauta. La connexion se fit instantanément. C’était toujours ainsi en cas de surprise. Une question de survie. Tous les enfants l’apprenaient à l’école : comment se mettre en interaction, rester en vigilance. Auparavant, l’Académie des réflexions prônait la déconnexion, mais aujourd’hui, elle était interdite. « Obsolète » disaient certains. « Dangereuse » clamaient les autres. Et une minorité comme Fred murmurait : « primordiale ».

 

Des pensées se percutaient entre les deux hommes, rebondissant contre leurs convictions inébranlables. Jamais ils n’arriveraient à un accord. Un Dieffenbachia posé sur une étagère - celui qui s’acclimatait à toute situation - frémit pourtant : il n’aimait pas les discussions ! Le Golden Barrel Cactus, plus précisément l’Echinocactus grusoniia à côté de lui ricana : « il y allait avoir du baston ! ». Cela le changerait, lui qui prenait les poussières ! Il tira droit ses épines et écouta du mieux qu’il put. Son attention se focalisa sur les pensées tumultueuses de celui qui tenait en main un verre au liquide rouge à moitié bu :

 

- Où as-tu trouvé ça ? Tu sais bien que c’est dangereux ! Faut vivre avec son époque, mon vieux !

- Ça ? Tu oses dire « ça » ! C’est notre civilisation qui s’en va en cendres ! Tu ne comprends donc pas qu’on nous manipule à grande échelle ? Nous oublions : qui nous sommes, pourquoi nous nous sommes battus ! Nos connaissances seront remplacées par du « sur mesure » factice !

- Tu exagères comme toujours ! Cesse de vivre dans le passé ! Le savoir est à portée de tous sans exception ! Ne vois-tu pas autour de toi ? Ces enfants instruits bien mieux que nous au même âge ! La culture ! L’évolution de notre espèce ! Plus aucune guerre ! Il faut être fou pour regretter le passé !

- Tu ne comprends pas. Cela ne sert à rien de discuter avec toi…

 

Un silence éclata. Édouard vida son verre, une échappatoire face à son manque d’arguments. Cette conversation revenait sans cesse. Ils en avaient fait le tour, chacun campant sur leurs positions, n’admettant pas la « vérité » de l’autre…

 

Édouard brisa l’instant de pseudo quiétude, Fred étant à nouveau penché sur son ouvrage comme s’il était seul :

- « Où as-tu trouvé de l’encre ? Et le papier ?

- Il vaut mieux que je ne te le dise pas…

- Oui… Tu n’as pas tort… Qu’est-ce que tu écris ?

- Tu veux vraiment savoir ?

- Oui… Je crois bien que oui… Je suppose que tu as de bonnes raisons ? soupira-t-il

- Comment t’expliquer ? Tiens assieds-toi, là. » Fit-il en déplaçant un fauteuil devenu rose au fil du temps par les rayons du soleil lorsqu’il était encore en haut, devant la fenêtre, dans la pièce de « l’avant-révolution », l’ancienne bibliothèque…

 

Ils se regardèrent un moment. Devant la résignation de son frère, Fred reprit son explication :

- « Les mots ne peuvent pas mourir. Ils sont notre mémoire. Nous pensons, mais les pensées s’envolent, il ne reste que les émotions, mais, elles aussi, elles s’effritent au fil du temps ! Parfois, elles s’effacent ou s’embellissent selon nos désirs… Mais les mots, eux, nous restent fidèles. Une lettre d’amour reste une lettre d’amour. De la relire, les sentiments refont surface… Les mots guident notre chemin. Ils nous enchantent, nous font rêver, nous font prendre des chemins tortueux et guident notre route. Ils sont notre mémoire vivante...

 

Et puis, tracer ces lettres… Tu ne peux imaginer la sensation exaltante de transporter sur du papier mes pensées, les tracer d’encre, savoir qu’elles seront imprimées pour des années, les retrouver plus tard, les relire et même revivre ce moment ! N’est-ce pas magique ? » et sans attendre la réponse de son frère qui écoutait attentivement, il continua comme s’il se parlait à lui-même : « j’ai l’impression de vivre vraiment, avec moi-même ! Personne pour m’écouter : juste mes pensées et des mots, MES mots ! Écrire, c’est peindre les mots et les habiller d’émotions, de sensibilité, de liberté ! Le monde d’aujourd’hui est une tornade qui a détruit ses œuvres d’art, les conseils des grands de ce monde…

Désormais, nous nous perdons dans le méandre de l’esprit : bientôt nous ne serons que des cerveaux connectés… Moi, je veux vivre ! Je veux rêver sans être espionné, je veux raconter ma vie, je veux que mes enfants puissent la lire ! Je veux qu’ils en tirent profit, je veux rester éternel au travers de mes mots, je ne veux pas n’être qu’une pensée… qui s’envole pour être oubliée l’instant d’après...

Je veux vivre. Exister. Tu comprends ?

- Oui. Oui, je comprends… mais voilà, ce n’est pas possible, tu le sais bien. Si on trouve ces écrits chez nous, nous serons taxés ! Ils pourraient même nous mettre hors connexion pour une durée limitée. Je ne supporte pas la solitude. Je ne supporte pas d’être en tête à tête avec mes pensées…

- C’est exactement ça ! Avant, penser, se remettre en question était un bien nécessaire, c’était vital ! Les gens avaient besoin de se retrouver. Maintenant, il n’existe plus que cette connexion mondiale sans interruption. Elle nous empêche de penser à notre vie, à notre existence, à notre futur ! Nous sommes happés par le superficiel et nous ne vivons plus. Nous subissons ! Le monde est un vaste réseau social qui n’a plus rien de social, c’est un bouffe temps qui rapporte du fric à certains, et nous, on y fonce tête baissée pour vivre comme tout le monde et en fin de compte… on s’oublie !

- Peut-être… Tu vas un peu loin tout de même ! Tu ne peux nier que nous avons évolué ! N’arrivons-nous pas à dialoguer avec les animaux et avec les plantes ? Utiliser leur énergie pour nous aider ?

- Nous aider ? Tu rigoles ou quoi ? Pour nos caprices, tu veux dire ! Parce que tu n’es plus capable de pousser sur un interrupteur maintenant ? Nous dépendons des plantes pour nos gestes quotidiens. Si nous les aimons, elles nous aident. Nous les négligeons, elles meurent… et quoi ? Tu dois en acheter des nouvelles pour allumer ta lumière ! Le monde est dément ! Nous n’évoluons pas, nous régressons… Comme je voudrais revenir en 2050 !

- Qu’est-ce que cela changerait ?

- Je me serais battu avec les autres ! J’aurais protégé les œuvres d’art, les souvenirs du passé, j’aurais défendu les bibliothèques, volé les livres pour les protéger, donner ma vie pour les mots, pour cette mémoire, pour la liberté de penser « en soi » et non en mode ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Je me serais battu pour préserver l’intimité de notre être, de nos pensées ! Oui, je me serais battu et je serais mort, mais en homme libre, libre ! ». Submergé par l'émotion, il éclata en sanglots.

 

Édouard ne broncha pas. Il envoya à son frère des ondes d’amour. Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Il ne comprenait pas l’entêtement de Fred à vivre dans ce passé révolu… L’Echinocactus grusoniia soupira. Il craignait les êtres humains qui ne voulaient pas partager leurs pensées. De contrariété, il perdit un bouton qui pourtant promettait d’être éclatant... Le Dieffenbachia s’agita. La vie des hommes était bien compliquée ! Mais au moins, maintenant, les plantes étaient-elles respectées : ils avaient besoin d’elles. Le monde avait changé. En mieux, pensait-il. Quel torturé, ce Fred ! Et malgré tout, c’était lui qui s’occupait le mieux de son espèce… C’était un gentil. Un romantique. Ses mots étaient admirables. Il ne comprenait pas pourquoi il lui fallait les écrire ? Lui,désormais, les entendait même lorsque Fred était hors connexion. Un jour, attentif à son entourage, il avait découvert  une très légère fréquence, terriblement apaisante: c'était Fred qui laissait gambader son imagination hors connexion. Ravi, il s’y était branché en catimini : il racontait de si belles histoires…

 

Il n'avait pu garder ce secret pour lui : Il avait averti les autres végétaux. Désormais, ils suivaient avec intérêt et impatience les rêveries douces que l'homme écrivait délicatement à la plume. Il était bien plus captivant que les autres et puis, ils passaient agréablement le temps et surtout : ils apprenaient !

 

À l’unanimité, ils étaient convenus de taire cette précieuse information : cette fréquence, ils la brouillaient aux Contrôleurs de connexions ! Il était inenvisageable que les histoires s’arrêtent, hors de question que cet humain soit déconnecté par la volonté des siens si cela se savait ! Jamais. Naturellement, lui-même ne devait jamais comprendre que ses pensées secrètes étaient écoutées et commentées de toutes les plantes de sa maison, mais aussi d’ailleurs ! Le réseau ne cessait de grandir ! Il faut dire qu’il avait du talent ! Ces êtres de corps et de sang étaient d’un comique parfois ! Oui, tant qu’il tiendrait son journal, l'espèce végétale ne le dénoncerait pas…

 

 

* source de la phrase « Les impressions, les sensations de l’homme de demain seront tellement supérieures à la capacité de son vocabulaire que seule la télépathie pourra satisfaire à son besoin de communication » : Les histoires les plus étranges et inexpliquées » de Christian Vignol – Éditions La boîte à Pandore – page 21.

 

 

 

17:33 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

14 juin 2015

Le jour où j’ai décidé d’être sage

enfance, facteur, lettres, vol

 

 

J’ai dix ans. Je suis « différent ». C’est ce que j’entends à longueur de la journée : « tu ne peux pas être comme les autres ? Toujours à commettre des bêtises ! ». Je suppose donc que c’est vrai. C’est pas ma faute : je m’ennuie ! Et je n’ai pas de copains : ils sont tous cachés derrière un écran ou à jouer à des jeux débiles sur leur console. C’est toujours la même chose. C’est lassant.

 

Moi, ce que j’aime c’est m’amuser. « pour du vrai ». Dans la « vraie » vie. Ce n’est pas facile, chaque fois que j’ai envie de faire quelque chose, maman est sur mon dos : « trop dangereux », « cela ne se fait pas », « tu vas être puni », « tu peux pas rester un moment tranquille ? ».  Et j’en passe !

 

Alors, j’observe. Je connais tout le monde dans le quartier, je suis le seul à savoir ce qu’il s’y passe réellement. Du haut de l’arbre où j’ai l’habitude de me cacher, je vois la vieille Madame Rose. Je l’appelle comme ça parce qu’elle porte toujours un tablier rose, jamais une autre couleur. Certain qu’elle doit en avoir tout plein de réserve ! Je le sais parce qu’elle vient vérifier toutes les heures s’il y a du courrier dans sa boîte aux lettres. Je crois qu’elle est un peu folle parce qu’elle y va même lorsque le facteur est passé ! Et puis, il y a les Jacques, les nouveaux du quartier. Je ne sais pas pourquoi mais je ne les aime pas. Leur fils Jacques – et oui, ils l’ont appelés Jacques ! C’est d’un bête ! – a tout ce qu’il veut et même plus. C’est un jaloux. L’autre fois, il a voulu monter dans mon arbre. Je l’ai repoussé et il est tombé. Qui a été puni ? Je vous le donne en mille : bibi ! C’était pourtant sa faute à lui : vouloir ce que les autres ont et lui pas ! Même Maman ne les aime pas trop. Mais je crois qu’elle est un peu jalouse des jolies robes et des belles chaussures de madame Jacques. Et maman aussi, elle dit qu’elle aurait grandement besoin de changer de voiture même si ce n’est pas une « cabriolet rouge » comme madame Jacques… Est-ce pour cette raison que maman pleure si souvent ces derniers temps ?

 

Il y a aussi le grand dadais, Jérôme – c’est Papa qui l’appelle comme ça – il est célibataire et habite au-dessus du « gros » Marcel, celui qui est pensionné et qui jardine tout le temps. Moi, je pense que c’est plutôt pour zieuter sa voisine d’en face, Madame Rosaline, l’institutrice des maternelles… Le grand dadais, lui, il s’enferme toujours dans le garage. Je ne sais pas ce qu’il y fait et j’aimerais le savoir ! Tout ce que je sais, c’est que le gros Marcel a fait des travaux dans le garage et que depuis, il n’y met plus jamais les pieds. C’est étrange…

 

Du haut de mon arbre, je vois arriver Gaspard à vélo. Gaspard, c’est notre facteur. Je l’aime bien Gaspard : il est sympa avec tout le monde et même avec les animaux : il a toujours dans sa poche une poignée de biscuits pour chien depuis qu’il s’était fait mordre le mollet par un affreux roquet. De loin, je vois qu’il commence à pédaler un peu plus vite. Bientôt il arrivera à la hauteur du bistrot « Au bureau » : sûr qu’il va boire un petit cougnet avec le patron, Émile. Comme d’habitude, il jettera un coup d’œil rapide à l’entrée, puis, Émile viendra à sa rencontre le saluer. Ensuite, il se laissera convaincre d’entrer mais auparavant, il cachera son vélo près de la haie. C’est ridicule, tout le monde sait qu’il y reste entre 11h30 et midi. C’est en quelque sorte son heure de table. Sauf qu’il ne fait que boire… Maman dit qu’Émile pourrait changer le nom du bistrot, que c’est par correct. J’ai pas très bien compris pourquoi. Un truc de grand, sûrement !

 

Et puis, je me suis dit que je pourrais l’aider ? Prendre une partie des lettres de sa sacoche et les distribuer, moi-même ? Maman dit toujours qu’il faut aider son prochain et que je dois me rendre utile !

 

Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Il allait être content Gaspard de rentrer plus tôt de sa tournée !

 

Je passe par les jardins pour me retrouver derrière la haie où est posé le vélo avec la sacoche : il ne l’a même pas fermée ! Je suis prudent : on m’aurait vu de la route ! Prestement, je glisse ma main dans une trouée de la haie et je tombe directement dans la sacoche ! Mon cœur bat très fort. À tâtons, je palpe et je sens un petit tas qui semble tout préparé. Sans hésiter, je l’attrape et sans demander mon reste… je file !

 

Personne n’est à mes trousses ! Je peux respirer librement ! Je suis le plus agile de tout le quartier et le plus malin ! Heureux et fier, je grimpe vivement dans mon arbre, à l’abri des regards pour découvrir à mon aise mon nouveau trésor.

 

La première lettre que je sors du tas est adressée à Madame Rose :

 

« Ma chère maman,

J’espère que cette lettre te trouvera en pleine forme ! Nous allons tous très bien ! Notre petite a fait ses premiers pas ce weekend ! Je t’ai envoyé une photo : elle est magnifique, n’est-ce pas ? J’ai hâte de te revoir : tu nous manques à tous ! Malheureusement, nous n’avons pas la possibilité de venir à Noël comme on le pensait. Georges a obtenu un gros contrat et il ne peut prendre des vacances cette année. Je te promets de venir pour l’été et puis la petite supportera mieux le voyage… Je sais que je t’ai déjà dit ça l’an passé… Le temps passe si vite ! (…)

 

Pauvre Madame Rose ! Je comprends maintenant pourquoi elle va sans cesse à sa boîte aux lettres ! Comme elle serait déçue ! Faut-il lui rendre ? Mais il y a la photo du bébé…

 

La deuxième lettre est une lettre officielle, du genre que papa et maman n’aiment pas. Elle est adressée aux Jacques :

 

« Nous vous avons adressé un dernier rappel de payement le 15 mars 2015 pour votre solde ouvert en nos livres. Nous n’avons, hélas, pas enregistré de réaction de votre part.

Nous vous adressons donc, par la présente, une dernière proposition de payement (…)

Faute de réaction positive de notre part à cette proposition, nous nous verrons dans l’obligation de transmettre votre dossier à notre service juridique ».

 

Pas si riches que ça les Jacques ! Cette lettre, je ne la donnerai pas ! Cette « omission » n’effacera pas les larmes de maman mais quand même ! Et puis, surtout, c’est la vengeance de ma punition injuste ! Na !

 

La troisième est une lettre, bien plus épaisse que les deux autres : en effet, il y a quelques feuillets. C’est pour le grand dadais. Une maison de disque lui offre un contrat et lui demande de prendre contact avec eux pour un rendez-vous… Il est question d’une maquette aussi ! Je ne savais pas qu’il composait de la musique ! Maintenant, je comprends mieux les travaux du garage : Le gros Marcel l’a insonorisé !

 

Sûr que je vais lui porter la lettre en main propre! Je pourrais dire qu’elle est tombée de la sacoche de Gaspard ! Peut-être me proposera-t-il d’écouter sa musique ? Et puis aussi, si jamais, il devient célèbre, je me vanterai d’avoir été celui qui lui a annoncé la bonne nouvelle ! J’imagine déjà les gros titres !

 

Il en reste une et bizarrement, elle est pour mes parents. Enfin, c’est au nom de maman. Sans une once de remords, je l’ouvre, un rien plus impatient que pour les autres…

 

Cela vient de l’hôpital. Le médecin confirme une date de rendez-vous pour une opération. La chambre est réservée.

 

Et puis, je prends conscience des larmes de ma mère, de ses airs fatigués, du temps écoulé à rester à la maison au lieu de travailler - des congés avait-elle dit - et aussi des « messes basses » entre elle et mon père, des coups de téléphone le soir avec sa meilleure amie… Oui, j’avais été bien aveugle, ou trop occupé à regarder ailleurs… Peut-être que j’ai refusé de voir ? Un petit garçon, ça a le droit, n’est-ce pas de ne pas regarder la réalité en face ? Et de vivre des bêtises ?

 

Ma maman est malade et moi, je la mets en colère pour des sottises… Ce n’est pas juste. Je m’en veux. Maintenant, j’ai juste envie d’une chose : rentrer à la maison, la regarder au fond des yeux et lui dire que je l’aime.

 

Gaspard est toujours au bistrot et c’est tant mieux ! Je descends de l’arbre à toute allure et je cours de toutes mes forces en passant par les jardins. Arrivé derrière la haie, haletant, j’enfonce vite dans la trouée le paquet de lettres dérobées, et je les dépose sommairement dans la sacoche. Tant pis si elles sont mal remises ! Tant pis si elles sont ouvertes ! Je n’ai pas le droit de les garder…

 

Je rentre de cette escapade, triste, très triste... Avant d’ouvrir la porte de ma maison, je me retourne et je regarde ce quartier que je pensais connaître.

 

Les choses ne sont pas toujours ce qu’on pense qu’elles sont. Tant qu’on ne goute pas à la vie des autres, on ne peut les comprendre… Je suis certain de ne jamais oublier cette leçon…

 

Résolument, j’efface la tristesse de mon visage, j’y plaque un grand sourire. Il est temps de la rejoindre…

13:00 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

13 juin 2015

L'amant sanguinaire

sang, amant, rouge,

 

 

J’avais mal dormi ! Je m’étais éveillée le visage chiffonné. Il m’avait fallu une douche, et deux cafés pour obtenir une tête plus ou moins présentable ! Et encore : merci rimmel et touche blush « bonne mine » !

 

Avant de partir au travail, je me suis promis : « ce soir, je me couche tôt ! ».

 

 

 

C’est ce que j’ai fait ! Fatiguée comme j’étais, la tête à peine posée sur l’oreiller, j’ai sombré comme une bienheureuse au pays des rêves !

 

Et puis, au milieu de la nuit, quelque chose – un bruit ? – m’a réveillée. J’ai senti une présence. Cette présence insolite emplissait toute la pièce. Je n’étais plus seule ! J’aurais pu hurler mais la peur me tenaillait et m’exhortait au silence. Me faire petite, toute petite : « il » finirait par partir !

 

Je ne sais plus combien de temps, je suis restée cachée en dessous des couvertures, sans oser bouger. J’ai dû m’assoupir sans m’en rendre compte…

 

 

Le lendemain, j’ai eu peine à me reconnaître : un de mes yeux était à moitié clos et boursouflé ! J’étais tout bonnement horrible ! Une publicité vivante pour femme battue ! Qu’allaient penser mes collègues ? Même ma trousse de maquillage n’a pas pu accomplir des miracles… J’ai seulement pu limiter les dégâts et encore, ce n’était pas probant. Bref : j’avais une sale tête !

  

J’étais lessivée et à cran. J’aspirais à une bonne nuit de sommeil. Huit heures de sommeil au minimum pour être performante, sinon, je suis infernale !

 

Devant ma sale tête, une collègue compatissante m’a raconté son rituel du soir : prendre une tisane de tilleul ou manger une pomme. C’était paraît-il efficace. J’ai tenté la tisane. Avec du miel. Et un chouïa de rhum : mettre toutes les chances de mon côté !

 

Je me suis mise au lit, pleine d’espoir. Naïve, que j’étais ! Au milieu de la nuit, je l’ai entendu ! Et même senti ! Il osait frôler mon visage ! Il me semble que l’épouvante m’a catapultée dans un sommeil forcé : je me suis évanouie. Du moins, c’est ce que j’imagine. Je ne me souviens de rien d’autre. Juste de l’effleurement…

 

 

 

Le lendemain, je me suis levée, pâle, bien plus que d’habitude et surtout, avec des cernes qui me bouffaient littéralement le visage. L’anticerne ne serait pas suffisant !

 

Et puis, je l’ai vu. Tranquille. Immobile. Là, à m’observer.

 

Je me suis approchée doucement, le cœur battant. J’ai tapé de toutes mes forces sur lui !

 

Une tache de sang est restée figée sur le mur couleur coquille d’œuf ! Je l’avais anéanti !

 

Il n’y a rien à dire : je hais les moustiques !

 

 

14:00 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

12 juin 2015

Rencontre matinale

destin, livre, brocante, destin

 

Tous les dimanches matin, à sept heures pile, je me lève. Je sais que je vais passer une excellente journée. De le savoir, cela me plonge dans un moment de béatitude. Comme chaque dimanche ! Je déjeune tranquillement en laissant vagabonder mes pensées : que vais-je bien pouvoir dénicher aujourd’hui ? Quel trésor m’attend ?

 

Je ne tarde pas : les professionnels sont à l’affût et s’emparent des belles choses ou tout du moins, de ce qui a un semblant de valeur. Moi, ce que je cherche, c’est l’inédit, l’inestimable, l’objet qui a des confidences à me murmurer à l’oreille comme un secret trop longtemps gardé… J’aime les brocantes et en retour, les objets me témoignent du respect. Parfois, j’ai l’impression euphorique qu’ils m’attendent, et même qu’ils attirent mon attention pourvu que je les dépoussière avec délicatesse et qu’enfin, ils trônent fiers et paisibles dans ma demeure…

 

Je me fais des films, je le sais, mais c’est ma manière à moi de tromper la solitude. Je me fabrique un avenir avec le passé des autres ! Et puis, les fans de mon blog seront heureux de découvrir ce que j’ai réussi à chiner. Certains, les plus fidèles, aimeraient que je les mette en vente, mais je ne peux m’y résoudre : un objet acheté prend place dans ma vie comme un compagnon de route ! Peut-être qu’un jour… Sauf qu’aujourd’hui, je ne me sens pas prêt...

 

La foule fait encore la grasse matinée, tant mieux ! Je détaille chaque stand à mon aise : j’ai l’impression d’avoir un regard au laser rouge : je scanne le moindre objet !

Je ne le vois pas tout de suite. J’aperçois tout d’abord la valise en carton avec en vrac les lettres jaunies par le temps. Je trifouille un peu, j’en choisis même trois à marchander dans l’espoir de découvrir des morceaux d’intimité et de vivre par procuration une existence certainement plus palpitante que la mienne ! Une des missives provient d’un marin : il écrit à ses parents sa décision de revenir au bercail : il ne veut plus la mer comme maîtresse. Une autre d’un jeune adulte qui confesse à sa mère son amour démesuré pour la guitare, il décide malgré la peine qui lui fera de suivre sa voie, il s’en excuse, la prie de le pardonner. La dernière vient d’une femme d’un certain âge, semble-t-il : elle rentre dans les ordres, dans le silence. Elle a longuement hésité, mais elle sait que le couvent sera le lieu qui lui permettra d’être enfin heureuse. Elle envoie humblement ses adieux à sa famille. Elle ne les verra plus ou peut-être une fois, l’an s’ils le veulent et si Dieu le veut...

 

D’étranges morceaux de vie. Il me tarde de m’y plonger. J’ai l’intuition qu’il me faut les découvrir toutes pour être certain de comprendre l’important, ce qui est invisible aux yeux…

 

Je tente de rabattre la valise, mais le fermoir est cassé. En la manipulant, je découvre qu’elle est plus lourde que prévu et ce n’est certainement pas les lettres qui lui donnent un tel poids ! C’est à ce moment-là que je sens... Ma main n’hésite pas : elle s’empare de l’objet et le porte à mon regard. Un bouquin. Ni vieux ni récent. Il est un peu effacé, défraîchi comme s’il avait trôné longtemps près d’une fenêtre et que le soleil s’était amusé à le décolorer. Curieux, je découvre la quatrième couverture. Le résumé comporte peu de lignes : « Il importe avant de se plonger dans ce livre, de se préparer au pire comme au meilleur. Il est conseillé au lecteur non averti de ce genre de procéder à une remise en question de lui-même.

 

Mise en garde succincte : La responsabilité de l’Éditeur ne peut être mise en cause, vis-à-vis du lecteur des conséquences directes et indirectes de la lecture de cet ouvrage.

 

Il me le faut ! Impossible de repartir sans ! C’est une question de vie ou de mort ! Imaginer ne pas le posséder me donne « en repeat » un coup à l’estomac ! Encore et encore ! Je dois jouer serré :

 

- « Marylou, tu me la fais à combien ta valise cassée et les vieilles lettres ?

- Quoi ? Les jolies lettres ? Et la valise années 60 ? Elle est d’époque, hein !

- Ah pour être d’époque, elle l’est ! Cassée ! Pas même réparable… Je t’en débarrasse !

- Comme t’es ! Soixante euros !

- Quoi ? Mais ma pauvre ! Pas mêmes vingt euros !

- Allez c’est pour toi, je te la fais à cinquante ! Part d’ami !

- Part d’ami ! Bon, allez trente et je t’offre un verre !

- Que nenni ! Non, non, je sens que tu vas encore m’avoir…

- Bon allez, trente-cinq et on n’en parle plus ! Et je maintiens mon invitation, mon chou !

 - « Mon chou » ! Flatteur ! Allez quarante euros et une invitation à dîner !

- Maligne ! Tope-là ! Et c’est avec plaisir ! »

 

 

Ouf ! Je ne suis pas très fier sur ce coup-là. J’aurais pu l’avoir à l’usure, la laisser mijoter, repasser en fin de brocante, mais voilà, il me le faut tout de suite ! Je n’aurais pu me pardonner si un quidam s’en était emparé !

 

Je rentre chez moi directement, pas possible d’attendre. Rien d’autre n’a de l’importance ! J’inviterai Marylou la prochaine fois, je trouverai bien un prétexte qu’elle croira sans nul doute. Je sais qu’elle me pardonne tout. J’ai honte. Je ne dois pas penser à elle. Je vois bien qu’elle me fait les yeux doux la jolie Marylou, mais je n’ose pas bouleverser ma vie. Une angoisse de l’inconnu, probablement. Et puis, les jours passent… si vite !

 

Je relis attentivement la quatrième couverture. Ce livre m’impose le respect. Il me souffle de prendre le temps. Du temps pour moi ! Je n’ai jamais ressenti ça. Une impatience lovée en mon âme couplée avec la patience du cœur. Étrange assemblage.

 

Une remise en question ? Regardant autour de moi, je ne peux nier me sentir heureux parmi tous ces objets découverts au fil du temps. Naturellement étant rentier, j’ai tout le temps pour les débusquer, les amadouer avant d’en devenir leur propriétaire aimant. Souvent, j’avoue, il m’est difficile de patienter : attendre la réaction de mes fans est un supplice et je dois dire qu’ils ne sont pas du genre rapide ! Et surtout, ce qui me manque, c’est quelqu’un avec qui partager mes trouvailles. Il ne me reste pas de famille et je n’ai pas d’amis. Tout au plus des connaissances et des voisins sympas ! C’est déjà ça ! Marylou ? Pas vraiment une amie, mais plus qu’une connaissance… C’est étrange d’y penser, d’ailleurs. Sans ce livre, jamais je n’aurais pu diriger mes pensées vers de tels horizons ! Est-ce un livre romantique qui invite la sensibilité et la mièvrerie ? C’est vrai que la solitude commence à me peser… Je décide de mettre ce chapitre délicat dans un coin de ma tête.

En réalité, j’aime ma vie. Elle pourrait être mieux ou pire… Pourtant, je sais que je n’ai pas le droit de me plaindre : je fais ce que je veux sans que personne ne me dise quoi que ce soit. Même que parfois, j’aimerais…

Je pousse un long soupir.

Le livre paraît vibrer entre mes mains : il vit. C’est un fait. Il m’invite, me suis-je dit... Pourtant, je ne suis pas encore prêt à l’ouvrir et à m’y plonger corps et âme. Inconsciemment, je rassemble les trois lettres sorties du lot, le reste attendra. C’est étrange, mais j’ai soudain la conviction ultime que les trois auteurs de la lettre ont lu le livre et mieux encore s’y sont engloutis ! C’est tellement évident ! Une certitude pareille ne s’invente pas !

 

Oui, cette découverte, mieux cette prise de conscience est la dernière pièce du puzzle : le livre me donne enfin l’autorisation de le consulter !

 

L’envie me tenaille et pourtant, j’ai l’impression de lui obéir. Ce n’est pas mon habitude. Du tout. Délicatement, je l’ouvre. C’est bien ce que j’ai compris. Une joie inattendue jaillit en moi : c’est tellement simple ! Logique ! Ainsi ma vie va changer et je le veux. Il est temps pour moi de me préparer et surtout d’imaginer !

Oui, les pages sont blanches, à moi l’honneur de les noircir...

 

 

18:00 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

10 juin 2015

Tatouage

Haiku, poésie, Tatouage

Défi littéraire : Haïkus, petits poèmes japonais qui évoquent une saison, un moment qui passe, une émotion particulière (en version simplifié par trois vers)

 

Nuages perdus

Le soleil en rit jaune

Et toi, tu danses

 

Joli dos si doux

Bleuets et coquelicots

Je te caresse

 

Goût de cerise

Tes lèvres sur ma bouche

Baiser partagé.

18:00 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

09 juin 2015

Imagination

poésie, Haïku

Photo : Budo Musha Shugyo

Défi littéraire : Haïkus, petits poèmes japonais qui évoquent une saison,un moment qui passe, une émotion particulière en version simplifié (trois vers).

 

Encre déposée,

Âme de mes mots murmurés,

Chut ! Rêves en cours...

18:31 Écrit par Rachel Colas dans ÉMOTIONS POÉTIQUES, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

08 juin 2015

C'est pas ma faute à moi

tristesse, enfance, maltraitance

Photographie : Benoît Courti

Défi littéraire : phrase de fin imposée

 

C’est pas ma faute à moi,

Si j’ai voulu réchauffer les fourmis

Et qu’elles ont grillé…

 

C’est pas ma faute à moi,

Si j’ai joué au pendu sur les murs

Et qu’elle n’a pas aimé

 

C’est pas ma faute à moi,

Si j’ai raconté à papa

Le baiser volé de maman au jeune curé

 

C’est pas ma faute à moi

Si j’ai bu tout le vin de messe

Et divulgué la cachette des trésors de Mémé

 

C’est pas ma faute à moi

Si j’ai peur

Quand je la vois arriver

 

C’est pas ma faute à moi

Si mes bleus aux bras ne guérissent pas

Paraît que je les cache pas assez

 

C’est pas ma faute à moi

Si je n’ai plus de larmes

Elles sont en moi tout au fond là-bas, épuisées

 

C’est pas ma faute à moi

Si j’ai dressé une corde

Dans l’escalier…

 

C’est pas ma faute à moi

Si elle est tombée

Et que j’ai bien rigolé

 

C’est pas ma faute à moi

Si elle ne s’est pas relevée, jamais, jamais

Et que je n’ai pas pleuré

 

C’est pas ma faute à moi

Si je l’ai tuée

Et que je me suis senti si soulagé !

 

Non monsieur le juge, c’est pas ma faute à moi…

Bon, d'accord, j'avoue... C'est pas moi…

 

 

 

 

 

09:17 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

07 juin 2015

Amoremardeosubnoctemostellaphobia

phobie, amour, PNL

Défi littéraire : phobie.

 

 

Paul avait le sentiment de détenir sa revanche. Il n’aurait jamais imaginé que le « vieux » lui transmette mieux – le prie – d’accepter deux de ses dossiers. Deux dossiers où il s’avouait vaincu ! À peine envisageable ! L’envie le tenaillait de mettre sous cadre la lettre d’accompagnement des deux dossiers confidentiels qui trônaient sur son bureau. Seule la crainte de paraître un rien obséquieux parmi ses proches l’en empêchait sans compter la réaction de son épouse...

 

Il reprit la lecture de la missive pour la troisième fois jouissant des moindres mots :

« Mon cher confrère,

Cher Paul,

Comme tu le sais me voici à l’aube d’un repos bien mérité après une carrière bien remplie. Aussi étonnant que cela puisse te paraître, j’admets que malgré tes procédés différents, tu arrives à des résultats qui je l’avoue m’impressionne. Ainsi, je te lègue si tu l’acceptes, car je sais que tu aimes les défis, deux dossiers pour lesquels malheureusement la psychiatrie traditionnelle n’a rien donné. J’ose espérer qu’une approche différente de ces pathologies obtiendra un meilleur résultat. Les deux patients disposent de tes coordonnées et de mes recommandations à ton égard. Ils devraient prendre sous peu contact avec toi. Au cas où tu ne serais pas en mesure de reprendre mes deux patients, mon successeur est l’éminent Psychiatre Docteur ès sciences en psychologie Melaroy. Je serais également très heureux de connaître l’heureuse finalité du traitement de ces patients qui désormais sont les tiens ».

 

S’en suivaient deux lignes de formules de politesse qui ne voulaient rien dire, mais qui avaient néanmoins le mérite d’exister. Ainsi le « vieux » lui refilait deux patients ! Et le bougre savait pertinemment bien qu’il n’allait pas les refuser : il était mis au défi. Ni plus ni moins. L’élève allait-il dépasser le maître ? Il l’espérait secrètement !

 

Le premier dossier était au nom de Jérôme Delarue, trente-deux ans, célibataire.  Pathologie : amoremardeosubnoctemostellaphobia. Cela pouvait être pire. Facilement gérable. Le dossier indiquait six mois de traitement sans succès. Médication : faible. Juste des anxiogènes et un somnifère. Et encore, celui-ci flirtait avec le placébo ! Et naturellement deux enregistrements de monologues entrecoupés de rares questions du praticien. Classique. Lui-même pouvait prédire le type de question que l’autre allait poser. Comment le patient aurait-il pu guérir ? Il était déjà impatient de le rencontrer…

 

Le second dossier était celui d’une femme : Maria Calmine, trente-quatre ans, divorcée. Pathologie : érotomanie. Il comprenait l’ex-mari sans même consulter le dossier. Par contre, il ne comprenait pas comment ce dossier n’était pas transmis à la relève ? Un défi supplémentaire ? Un cas désespéré ? Il n’avait pas dit son dernier mot !

 

Les deux prirent rendez-vous la même semaine. Il décida de leur mettre rendez-vous le vendredi après-midi. L’un à 14h, l’autre à 15h. Ainsi commencerait-il plus rapidement son week-end et pourrait-il retrouver sa jeune et tendre épouse…

Malheureusement pour lui, il n’était pas voyant… Et il avait encore beaucoup de choses à apprendre…

 

 

Jérôme était un patient très sympathique, avenant et intelligent. Il travaillait à son compte comme menuisier. Point de petites amies. De vagues relations féminines et encore, il refusait de ressentir le moindre sentiment. En réalité, il avait une peur maladive de tomber amoureux. Particulièrement à la tombée de la nuit.

 

Pour être certain de ne pas être confronté à sa peur irrationnelle, il avait décidé tout simplement de ne pas tomber amoureux. Ne surtout pas aimer. Jamais. L’épouvante lui tordait les tripes lorsqu’il imaginait le pire : tomber amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit ! Si jamais cela se produisait, il brûlerait en enfer, et subirait certainement d’autres choses aussi horribles ! Ses proches avaient beau le raisonner, rien n’y faisait. Seule sa mère aurait pu le sauver, mais malheureusement elle n’était plus de ce monde, emportée par le tsunami qui avait crevé l’écran de télévision d’une partie du monde. Il avait peur d’être emporté par une étoile, sentiment renforcé par la tragédie de sa mère, emportée par une vague dévastatrice. Cela renforçait sa croyance… En attendant, il passait la plupart de son temps à briser le cœur de plusieurs demoiselles, puis de jolies dames. Il n’était pas fou. Pour éviter de tomber amoureux de cette belle étoile, il refusait de se mettre en route dès que le soir tombait. Il avait eu peur bleue de jeter un œil sur la nuit : et si une étoile lui lançait un guet-apens ? Même l’étoile Polaire l’effrayait pourtant, idiotement, il était persuadé que ce ne serait pas d’elle qu’il risquait de tomber amoureux…

 

Il avait accepté de se rendre chez ce nouveau « docteur », un « coach » en il ne savait plus trop bien quoi… « de vie » ? Il ne savait plus et il s’en fichait : tout ce qu’il voulait c’était oser sortir la nuit et vivre une vie normale, avec une compagne et aussi avoir des enfants. Certainement pas être happé par une étoile qui à coup sûr l’enverrait au ciel plus vite que prévu ! Il voulait vivre. Sans crainte.

 

Il ressortit de la séance un peu troublé : cela ne s’était pas du tout passé comme d’habitude avec le psychiatre. Il n’avait pas dû se coucher, au contraire, il était resté droit. Par un procédé qu’il ne s’expliquait pas, l’homme avait su lui faire revivre des moments complètement oubliés : des instants heureux et d’autres plus difficiles. C’était assez étrange. En sortant, il croisa le regard d’une femme élégante, assez jolie. Il lui semblait la connaître… L’avoir rencontrée quelque part … cependant, elle n’était pas le genre de ces conquêtes : une femme pareille, on ne la lâchait pas !

 

Maria Calmine, car c’était bien elle qui attendait, était entrée droit comme un « i » dans le bureau. Elle ne comprenait pas encore pourquoi elle devait venir chez ce nouveau médecin et encore celui-ci n’en avait pas le titre ! Elle n’était pas malade. Enfin, pas vraiment. Cependant, pour éviter des poursuites judiciaires, elle avait bien dû accepter. « Harcèlement ». Ridicule ! La vérité tenait en quelques mots : elle aimait. Elle était persuadée qu’elle était aimée en retour. Tout lui prouvait cet état de fait. Elle trouva ce nouveau « médecin » ridicule lorsqu’il lui demanda « comment peut-il vous aimer puisqu’il ne vous connaît pas ? ». Elle lui rétorqua qu’il aurait dû lire attentivement son dossier : ils avaient eu une relation amoureuse il y avait maintenant neuf ans, quatre mois et douze jours. S’il n’était pas venu la rejoindre, c’était en raison de son travail. Il ne pouvait l’avouer au monde. Cependant, il lui envoyait des messages codés : lorsqu’il écrivait ses statuts sur Facebook, c’était à elle qu’il s’adressait ! N’écrivait-il pas « je vous aime ! »… L’autre fois, elle s’était acheté une robe rouge, il avait écrit aimer le rouge et que c’était sa couleur préférée ! Naturellement qu’il l’aimait ! La plainte contre elle ? Pour se dédouaner auprès de ses fans ! C’était compréhensible. Elle l’acceptait. Tant qu’elle pouvait vivre à travers lui, elle ne faisait rien de mal. Et même porter plainte contre elle, voulait dire qu’il la connaissait, qu’il voulait créer un lien avec elle-même par le biais de la justice.

 

Il était devenu son héros. Elle avait été sa muse lorsqu’elle dansait, lorsqu’elle s’envolait dans les airs ! Elle serait devenue danseuse étoile si elle n’avait eu cet accident… alors, elle vivait son rêve à travers ses spectacles, en coulisses…

 

La seconde séance fut plus difficile : Jérôme pleura. Il s’était souvenu d’un moment particulier de sa vie. Il l’avait tout simplement occulté. Par protection ? Pour se défendre ? Pour en garder un souvenir secret ? Pour rester l’enfant qu’il était ? Pour respecter les dires de sa mère ? Qu’importe. Il s’était souvenu de cette séance chez une voyante. Il se souvenait de sa mère devant cette femme étrange aux longs ongles peinturlurés. Lui était assis sagement à côté de sa mère : elle lui avait ordonné de ne pas dire un mot. Que sinon, ce serait grave ! Que cela portait malheur et que même, les anges ne viendraient pas pour aider la dame à connaître l’avenir ! Il s’était donc tu. Il avait peur : et si les anges se fâchaient ?

Il n’avait rien dit. Mais il avait entendu…

 

Maria n’aimait pas venir. Elle n’aimait pas parce qu’elle sentait que cela ne finirait pas bien. Elle savait qu’un moment donné, elle allait devoir se dévoiler. Et parfois, se dévoiler, cela fait mal. Très mal. Même qu’il vaut mieux rester dans sa cuirasse et faire semblant que tout va merveilleusement bien. Oui, ce gars-là, l’air de ne pas y toucher, lui avait fait raconter plus qu’elle ne le voulait. Et elle n’aimait pas ça. En plus, ses pensées avaient l’art de la suivre jusque chez elle et elles tournaient dans sa tête jusqu’à devenir intelligibles. Ce n’était pas très agréable. Elle avait réussi à taire toutes ses pensées à l’autre, ce vieux psychiatre. L’autre qui lui prescrivait des médicaments qu’elle n’allait de toute façon pas chercher : cela ne servait à rien. Elle n’était pas folle : elle était amoureuse !

 

Il n’existait pas encore de médicaments contre l’amour. Malheureusement. Parce qu’elle aurait moins souffert. Mais voilà, on ne peut enlever un cœur. Ni une âme. Il fallait bien s’en accommoder. Elle ne vivrait pas avec son amour, celui-ci se devait à ses fans, alors elle le retrouvait en cachette dans ses illusions. C’était du pareil au même. Presque…

 

Sauf. Sauf. Que le nouveau lui avait demandé d’expliquer son accident pire de le revivre ! Et ça, ce n’était pas la chose à demander. Ni maintenant ni jamais !

 

 

Les mots resteraient à jamais gravés dans son esprit : la voyante l’avait pointé du doigt tandis que de l’autre main, son index tapotait nerveusement sur une carte. « Tu tomberas amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit. Prends garde, elle te volera ton cœur et tu seras perdu ! ». Elle avait éclaté de rire. Il avait tellement eu peur de cette étrange prédiction qu’il en était resté tétanisé. Il se souvenait vaguement qu’elles avaient parlé d’hommes qui se laissaient parfois mener par le bout du nez de certaines femmes… Il les regardait sans comprendre, sans vraiment entendre. Il se souvenait juste que sa mère était heureuse en sortant bien que songeuse…

 

Ils étaient restés tous les deux silencieux lors du retour. Lui n’osait pas broncher, son destin était scellé. Quant à elle, elle était plongée profondément dans ses pensées, un léger sourire aux lèvres. Il n’avait pas osé lui demander la raison. Il aurait dû.

 

Elle était partie la semaine suivante. Seule. Du moins de ce qu’il avait compris. Son père était resté. Elle avait prétexté le besoin de se retrouver, de faire le point, de réfléchir à sa vie. Elle était partie au Sri Lanka, la veille de Noël. Il s’en souvenait encore… Il avait entendu des cris, des reproches. Personne n’avait compris pourquoi cette destination. Un autre homme probablement. Lui pensait qu’elle avait peut-être tout simplement dit la vérité : un voyage au hasard… Pourquoi pas ? Il restait persuadé qu’elle serait revenue au moins pour venir le rechercher. Et surtout pour l’empêcher de tomber amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit…

 

Ainsi, là était le nœud de ce problème. Un enfant, une prédiction prise au comptant et un adulte qui ne recadre pas… Il sortit de la séance, abasourdi. Naturellement qu’il se souvenait du départ de sa mère, mais il avait complètement oublié les circonstances, effacé de sa mémoire cette prédiction qu’il jugeait à son regard d’adulte un peu légère… Il sortit de la pièce lentement. La jolie femme était là. Elle attendait son tour. Qu’avait-elle comme problème ? Était-elle folle ? Où avait-elle oublié une part de son existence ?

 

 

Il lui sourit. Elle lui retourna le sourire en se demandant : qui était cet homme qu’elle croisait souvent ? Était-il fou ? Était-il comme elle amoureux d’une affiche ? D’un être en brume de pensées ? Elle avait manqué ne pas venir. Mais elle avait payé. Il n’était pas bête ce petit coach, faire payer un abonnement de cinq séances et en offrir une gratuite… du coup, elle s’était demandée si oublier une séance… mais une petite voix lui avait soufflé qu’elle était ridicule. Et même qu’il ne la laisserait pas faire…

Elle resta. Elle fit bien.

 

Elle était restée plus longtemps : raconter l’accident n’avait pas été facile. C’était lui qui conduisait. Trop vite. Elle lui avait demandé de ralentir, mais il s’était emporté. Il était énervé. Il fulminait. Elle avait oublié la raison, mais en revivant l’accident, elle s’était souvenue. Il était furieux, car elle avait un rôle important dans le nouveau spectacle. Lui n’était pas repris. Tout était complet. Ce qui le mettait en rage était que le réalisateur avait adapté l’histoire pour qu’elle puisse en faire partie. Il soupçonnait cet abruti d’être amoureux d’elle… S’il avait voulu, lui aussi aurait pu avoir une place ! Il devait en convenir : elle était simplement plus douée que lui. Plus travailleuse aussi. Et moins arrogante. Elle lui avait dit d’ailleurs que son arrogance lui jouerait des tours… Elle l’avait prévenu. Il lui avait ri au nez. Elle n’avait pas à se plaindre : elle était reprise, elle ! De rage, il avait poussé un peu plus fort sur l’accélérateur. La voiture avait fait un bon et était passée en trombe alors que le feu était déjà passé au rouge. Elle avait tout pris… Les pompiers avaient dû la désincarcérer… Lui était indemne. Sur pied. Elle n’avait pas perdu ses jambes, mais elle ne pourrait plus jamais danser… Dans l’accident, elle avait perdu ses rêves et celui qu’elle aimait.

 

Il n’avait soi-disant pas supporté d’être responsable de cet accident. Il préférait partir que d’avoir sous les yeux sa culpabilité vivante. Il s’en était allé sans le moindre remords et avait emporté tout sur son chemin : sa vie, ses espoirs et même ses rêves de femme.

 

Elle avait tenté de l’oublier, avait même vécu quelques aventures. Et puis, un jour, elle l’avait vu à la télévision : il avait le premier rôle dans un spectacle à Paris. Cela l’avait bouleversé. Elle avait cherché sur internet la moindre information sur lui, elle l’avait googlisé, espionné, copié : il mettait une photo de sa nouvelle voiture, elle mettait une photo de voiture ! Il écrivait quelque chose, elle en parlait sur son propre Facebook. Il posait une question, elle mettait la réponse sur son mur ! Elle le copiait espérant voler une partie de sa vie, la déguster en sorte. Et puis, et puis, il avait appris qu’elle vérifiait les moindres de ses gestes et cela ne lui avait pas plu : il avait l’impression malsaine de ne plus être libre, d’avoir les moindres faits et gestes observés, critiqués, copiés sans respect pour ses sentiments. Un plagiat organisé. Même que cela l’avait rendu triste au départ, même qu’il aurait pu la garder comme amie, mais voilà cette obsession faisait peur…

 

Cette séance, le fait de revivre l’accident, lui avait fait comprendre que sa passion avait pour but de masquer le principal : la colère qu’elle éprouvait à son égard. Comment avait-il osé l’abandonner après l’accident ? Comment avait-il osé prendre sa place au spectacle ? Elle ne l’avait appris que quelques années plus tard, mais la douleur était néanmoins insupportable. Jamais, non, jamais il ne lui avait demandé pardon. En réalité, il ne méritait pas son amour. Elle devait passer à autre chose. Elle s’en était fait une fausse image, l’avait mis sur un piédestal. Elle avait perdu beaucoup d’années…

 

Les deux séances suivantes eurent pour but d’analyser toutes les émotions refoulées. Les expliquer, les ressentir et surtout vérifier si elles avaient encore raison d’être. Ce n’était pas facile, mais le plus dur était passé. Jérôme et Maria sortaient de leur séance quotidienne, chaque fois un peu plus légers. Jérôme trouvait Maria encore plus jolie et Maria s’était surprise à être plus coquette les vendredis…

 

Naturellement, cela ne passait pas inaperçu : Paul avait bien son idée même si ce n’était pas très orthodoxe. Il leur fixa rendez-vous à la même heure et décida d’arriver en retard. Il les retrouva mécontents, mais au moins avaient-ils enfin parlé ensemble…

 

Il ne restait plus qu’une séance. La gratuite. Naturellement qu’ils viendraient ! Il les avait prévenus : ils auraient un devoir. Ils ne pourraient pas y couper. C’était même le point final de leur traitement. Sans cela, ils devraient recommencer le cycle. Ils avaient promis tous les deux trop impatients de retourner à une vie plus normale…

 

Cependant Jérôme était attristé : il ne verrait plus la jolie femme. Quant à Maria, elle se sentit déçue : pour qui se ferait-elle belle ?

 

 

Encore une fois, ils étaient arrivés ensemble. Ils s’assirent l’un à côté de l’autre en critiquant leur médecin : il s’emmêlait de plus en plus les pinceaux avec l’horaire ! Probablement fatigué ? Ils furent surpris d’être appelés en même temps dans le cabinet. Ils se regardèrent, mais ne bronchèrent pas. Ils avaient encore trop l’habitude d’obéir aveuglément à cet homme qui avait connaissance de leurs sentiments profonds.

 

Jérôme avait accepté. Il avait baissé les yeux, mais au fond de lui-même son cœur tressautait non pas de peur, mais de joie et même d’impatience...

 

Maria accepta, elle aussi. Elle avait rougi naturellement et était devenue encore plus jolie. Elle s’était sentie flattée lorsque Jérôme avait exprimé son contentement devant ce drôle de devoir. Elle s’était fait la réflexion qu’elle avait bien fait de mettre une robe et ses hauts talons.

 

Il leur fixa rendez-vous dans un mois. Sans faute.

 

 

Paul reprit devant lui les deux dossiers : Maria et Jérôme venaient de sortir de son cabinet. Ils ne viendraient plus jamais. Ils avaient respecté le dernier rendez-vous sans faute : jamais ils n’auraient pu ne pas venir. Il leur fallait en sorte sa bénédiction pour continuer la route qu’il avait réussi à leur montrer. C’était sous leurs yeux, mais trop de choses parasitaient leur vue.

Il prit son stylo préféré, prit une feuille avec son en-tête et commença à écrire :

 

« Mon cher confrère,

Cher Henri,

Je vous remercie à nouveau de votre confiance. Celle-ci ne m’a pas fait défaut et je suis heureux de vous apprendre que je viens de refermer vos deux dossiers.

 

Vous m’aviez demandé de vous tenir au courant du suivi de vos deux anciens patients. Ils viennent de sortir tous deux de mon cabinet et je peux vous assurer que leur avenir est bien mieux loti que leur passé !

 

Pour rappel, M. Jérôme Delarue était amoremardeosubnoctemostellaphobe. Je pense pouvoir vous assurer qu’il ne l’est plus. Par contre, sachez qu’il est tombé amoureux d’une ancienne danseuse étoile et je pense même que leur premier baiser a été échangé à la tombée de la nuit. En réalité, il a rencontré au cours de son enfance une voyante peu délicate qui n’a guère su vraiment interpréter sa vision. Quant à Maria Calmine, érotomane, elle a définitivement tiré un trait sur l’homme qu’elle mettait sur un piédestal. Il faut dire qu’elle m’a appris qu’il était responsable de l’accident qui lui a coûté ses rêves : être danseuse étoile.

 

C’étaient, je pense, les deux clefs qu’il vous manquait et que mes techniques ont pu mettre à jour. Cependant, il me reste à l’esprit que vous ne m’avez pas envoyé ses deux patients par hasard !

 

En effet, beaucoup de détails ont été évoqués dans cette pièce et je me suis pris au jeu en menant ma petite enquête. Vous reconnaissez là ma différence… Un rien détective ! En ce qui concerne Jérôme, il aurait pu être votre fils de cœur… Heureusement pour vous, vous avez été retenu au pays et n’avez pu vous rendre au Sri Lanka, retrouver votre maîtresse… Il faut dire qu’emboutir une voiture et anéantir les jambes d’une future grande étoile est une raison suffisante… même si l’autre véhicule était passé au rouge…

 

Vous vouliez réellement les aider, mais vous aviez trop peur de ce qu’un autre confrère découvrirait. Il faut dire que mon rôle auprès de vous a malgré tout ses avantages… Ainsi, ni moi ni vous ne reparlerons de nos deux patients lorsque nous serons amenés à nous rencontrer au cours des réunions de famille à venir.

 

Mes meilleurs respects,

Votre beau-fils, ».

 

 

PS : L'"Amoremardeosubnoctemostellaphobia" est une pure invention de ma part. Par contre, l'érotomanie existe.

13:54 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

03 juin 2015

L'attente - (contenu sensible)

homosexualité, amour

 
Défi  littéraire.
Illustration : Homosexuality is Not Immoral by Peter Singer - Project Syndicate (Illustration by Dean Rohrer). Read the full article Here
 

 

 

Je l’ai toujours aimé. Oui depuis toujours. Il me semble que je l’ai aimé dès que je l’ai vu. Cela fait « cliché ». Je sais. Mais c’est comme ça. Oui, j’ai découvert l’amour en le découvrant lui. C’était mon nouveau collègue. J’appréhendais un peu, je me demandais même sur qui j’allais tomber ! Un nouveau compagnon de travail, mon futur binôme… Cela ne s’invente pas. À croire qu’il m’était prédestiné ! C’est comme ça que je l’ai rencontré. Un jour matin. Au travail.

 

J’ai su immédiatement qu’il était mon âme sœur, mon double, celui qui ferait de ma vie un pur bonheur ou… un enfer ! J’étais amoureux et c’était la première fois. Vraiment amoureux, passionnément amoureux. Comme jamais je ne l’avais été. Cela paraît idiot de raconter cet émoi, mais voilà tant qu’on n’a pas rencontré son véritable amour, on ne peut comprendre !

 

Je m’étais étonné moi-même. Je n’arrivais pas à m’expliquer : j’étais amoureux d’un homme ! Fol amoureux !

 

Naturellement à trente-cinq ans, j’avais déjà pas mal vécu, j’avais même essayé les deux sexes : tant qu’à faire autant ne pas mourir idiot ! Mais être amoureux ! C’était nouveau pour moi. Cela ne m’était jamais arrivé. Enfin vraiment… Et voilà, le choix s’était porté sur un homme. Soit. On ne commande pas ses sentiments ! Il était donc l’heureux élu. Et je devais vivre avec… Homme ou femme, quelle différence tant qu’il y a de l’amour ?

 

Pas de chance pour moi, c’était un homme extra.

Pas de chance pour moi, chaque jour d’avantage, je l’aimais encore plus.

Pas de chance pour moi, il me portait une amitié sincère.

Pas de chance pour moi, il était hétéro. Complètement hétéro. Pas l’ombre d’un doute.

Pas de chance pour moi, il était marié.

Pas de chance pour moi, j’éprouvais également une profonde affection pour son épouse.

Bref. J’étais dans la merde.

 

Alors, j’ai trouvé la solution : des aventures par-ci, par-là. Hommes et femmes. Quelle importance ? Juste de la gymnastique quotidienne d’entretien. Des orgasmes bien menés, bien contrôlés.

 

Parfois, souvent, tout le temps, je pensais à lui. Je m’imaginais être avec lui. Être contre son torse. Plonger ma langue dans sa bouche et partout où il me laisserait la glisser. Et puis, et puis, je redescendais sur terre… Douloureusement. Un orgasme : c’est bien, ne pas l’avoir avec celui qu’on aime le rend d’autant plus fugace, mais au moins me maintenait-il en bonne santé et pas à cran…

 

À cran ! Je l’ai été pendant quatre jours au cours d’un voyage gagné pour avoir dépassé nos objectifs de vente : il partageait ma chambre. Pour une fois, j’ai applaudi les restrictions budgétaires ! Un voyage inoubliable ! J’ai pu emmagasiner un nombre incroyable de souvenirs : des photos de nous deux à moitié nus au bord de la piscine, découvrir sa trousse de toilette, humer à même le flacon son parfum préféré, et même ses sous-vêtements (j’en ai subtilisé un !), observer sa façon de dormir en chien de fusil, analyser ses habitudes sous la douche et y jeter un coup d’œil très indiscret ! Quel bonheur de pouvoir l’observer, le découvrir et mémoriser la moindre parcelle de son corps, de sa façon d’être… Je n’ai rien oublié de lui. Je comprends pourquoi on dit qu’on a quelqu’un dans la peau !

 

J’ai manqué un jour, lui avouer. Tendre la main pour le caresser. Mais je n’ai pas osé. Bien trop peur de le perdre…

 

Et les années ont passé...

 

Je l’aime toujours autant et même davantage.

Je me fais vieux, et mon cœur bat encore plus vite lors de nos rendez-vous une fois semaine dans notre bar favori depuis que nous sommes pensionnés. Toutes les deux semaines, je vais dîner chez eux. Je l’aime tant que je me moque de rester en second plan. Le voir et le savoir heureux me rend heureux également. Je l’aime et il ne le sait toujours pas. Je lui fais l’amour en pensée, je le caresse tendrement et il ne le sait pas… Je n’oserai jamais le lui avouer, car j’ai peur de le perdre. J’ai peur qu’il ne me regarde plus avec son regard franc, un regard qui me dit qu’il m’aime à sa manière, même si ce n’est pas comme je le désire de tout mon être. Je vibre pour lui et il ne le sait pas…

 

C’est la vie.

 

Je remercie le ciel d’aimer autant. Aimer, cela fait vivre même si c’est douloureux !

 

Et puis, un jour, j’ai reçu ce terrible coup de fil : elle était morte. J’ai honte, mais la joie s’est mêlée à ma peine : elle était mon amie, mais pire, elle était sa femme. Elle était ma rivale. Je pense qu’elle a compris, mais elle ne m’en a jamais rien dit. À quoi bon ? Et puis, j’étais presque de la famille à force !

 

Oui, elle est morte et qui était là pour le consoler ? Moi. Qui l’a pris dans ses bras ? Moi. L’éternel ami. L’amoureux transi.

 

Et puis, je me suis dit que la vie était courte. Que je devais lui dire, que je pouvais plus garder ce lourd secret en moi. Que ce silence finirait par m’étouffer et pire, à m’éloigner de lui…

 

Et surtout, qu’il avait le droit de savoir. Oui, savoir que je l’aimais plus que moi-même. Qu’on ne peut impunément aimer et se taire. Il était libre. Je l’étais également et pourtant prisonnier de son amour pour lui. Je lui devais bien çà. À elle aussi d’ailleurs, je l’avais toujours respectée. Jamais je ne m’étais mis entre lui et elle. J’avais respecté leur amour. Et même les convenances. Les convenances, parfois elles meurtrissent. Les convenances, aujourd’hui, je les maudis !

 

Je voulais lui dire. Fallait juste trouver le moment. Et le courage. Surtout le courage.

 

Je n’ai rien dit.

 

Lui non plus.

 

Et pourtant, aujourd’hui nous sommes ensemble. Mieux : nous nous aimons. La mort peut-elle donc libérer l’amour ? L’amour tombe-t-il du Ciel ? L’amour triomphe-t-il toujours ? Aimer pour deux est-il suffisant ? L’amour rayonne-t-il au point d’être contagieux ?

 

Je ne sais.

 

Je suis heureux. Et lui aussi.

 

Si je devais recommencer ma vie, je ferais pareil. « À qui sait attendre, tout vient à point ». Aujourd’hui, cette maxime me convient. Mais c’est surtout grâce à elle, cette amie, cette femme, l’épouse défunte de l’homme que j’aime depuis toujours…

 

Un soir, nous étions assis tous les deux dehors. C’était une belle soirée d’été. Il faisait doux. Les étoiles ne tarderaient pas à garnir le ciel. J’avais envie de parler, de lui raconter mon amour pour lui, mais les mots restaient coincés dans la gorge. J’avais peur. Je me sentais lâche.

 

Et puis, comme ça, sans prévenir, il a posé sa main sur mon bras. Un long moment. Sans bouger. Puis, doucement, du bout des doigts, il m’a caressé. Je n’osais pas bouger, pas même le regarder. J’avais trop peur d’interrompre cette magie. Je l’ai entendu soupirer. J’étais tétanisé. Alors, le sourire dans la voix, un rien moqueur, probablement pour donner le change, il m’a tendu une lettre. Tremblant, inquiet, je l’ai prise : il n’y avait qu’un feuillet. J’ai reconnu son écriture à elle :

 

« Mon amour,

Merci pour notre vie. Merci d’être resté celui que j’ai aimé et que j’aime encore. Je sais que tu es heureux et que tu l’as été à mes côtés tout ce temps. Bientôt, je serai dans une autre vie, loin de toi et présente quelque part en toi. Il te reste encore de belles années et je veux que tu continues à être heureux. Il est temps maintenant de saisir cette main qui t’attend depuis si longtemps, cette main que tu fais semblant de ne pas voir et qui te déchire le cœur. Va et sois heureux. Je t’aime. Je vous aime tous les deux ».

 

J’ai de la chance : cette femme, cette épouse, cette amie était une personne extraordinaire et je ne le savais pas…

J’ai de la chance : il m’aime et je ne le savais pas !

J’ai de la chance, et maintenant, je le sais…

 

 

21:37 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

01 juin 2015

Juste moi - Texte à mettre en musique

juste moi, il n'était pas une fois, tristesse, poésie

Girl portrait. Tristesse by TatyanaIlieva

 

 

Griffonnage entre débarrasser la table et le lave-vaisselle, pendant que le café percole…

 

Juste moi

 

Il n’était pas une fois

Des lendemains sans passé

Des désirs non assouvis

Des « je t’aime » perdus ou à demi effacés

            Il n’était pas une fois, toi et moi

 

 

Il n’était pas une fois

Des horloges aux aiguilles fatiguées

Des sourires sans alibis

Des « je te veux » oubliés ou à demi imaginés

            Il n’était pas une fois, toi et moi

 

Il n’était pas une fois

Des rêves endeuillés

Des promesses en agonie

Des « encore » murmurés ou à demi chuchotés

            Il n’était pas une fois, toi et moi

 

Il n’était pas une fois

Des jours sans arrière-pensées

Des espérances meurtries

Des « j’attends » à jamais énoncés

            Il n’était pas une fois, toi et moi

 

Il n’était pas une fois

Des mystères sans frontières

Des anniversaires sans sourires

Des « un jour, peut-être » à demi sacrifiés

Il n’était pas une fois, toi et moi

 

 

Il n’était pas une fois

Des jours sans êtres aimés

Des caresses sans alibis

Des « demain » à jamais niés

            Il n’était pas une fois, toi et moi

 

Il n’était pas une fois, toi et moi

Juste moi. Juste moi.

 

 

 

 

 

 

 

13:45 Écrit par Rachel Colas dans *TEXTES A METTRE EN MUSIQUE*, ÉMOTIONS POÉTIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |