07 juin 2015

Amoremardeosubnoctemostellaphobia

phobie, amour, PNL

Défi littéraire : phobie.

 

 

Paul avait le sentiment de détenir sa revanche. Il n’aurait jamais imaginé que le « vieux » lui transmette mieux – le prie – d’accepter deux de ses dossiers. Deux dossiers où il s’avouait vaincu ! À peine envisageable ! L’envie le tenaillait de mettre sous cadre la lettre d’accompagnement des deux dossiers confidentiels qui trônaient sur son bureau. Seule la crainte de paraître un rien obséquieux parmi ses proches l’en empêchait sans compter la réaction de son épouse...

 

Il reprit la lecture de la missive pour la troisième fois jouissant des moindres mots :

« Mon cher confrère,

Cher Paul,

Comme tu le sais me voici à l’aube d’un repos bien mérité après une carrière bien remplie. Aussi étonnant que cela puisse te paraître, j’admets que malgré tes procédés différents, tu arrives à des résultats qui je l’avoue m’impressionne. Ainsi, je te lègue si tu l’acceptes, car je sais que tu aimes les défis, deux dossiers pour lesquels malheureusement la psychiatrie traditionnelle n’a rien donné. J’ose espérer qu’une approche différente de ces pathologies obtiendra un meilleur résultat. Les deux patients disposent de tes coordonnées et de mes recommandations à ton égard. Ils devraient prendre sous peu contact avec toi. Au cas où tu ne serais pas en mesure de reprendre mes deux patients, mon successeur est l’éminent Psychiatre Docteur ès sciences en psychologie Melaroy. Je serais également très heureux de connaître l’heureuse finalité du traitement de ces patients qui désormais sont les tiens ».

 

S’en suivaient deux lignes de formules de politesse qui ne voulaient rien dire, mais qui avaient néanmoins le mérite d’exister. Ainsi le « vieux » lui refilait deux patients ! Et le bougre savait pertinemment bien qu’il n’allait pas les refuser : il était mis au défi. Ni plus ni moins. L’élève allait-il dépasser le maître ? Il l’espérait secrètement !

 

Le premier dossier était au nom de Jérôme Delarue, trente-deux ans, célibataire.  Pathologie : amoremardeosubnoctemostellaphobia. Cela pouvait être pire. Facilement gérable. Le dossier indiquait six mois de traitement sans succès. Médication : faible. Juste des anxiogènes et un somnifère. Et encore, celui-ci flirtait avec le placébo ! Et naturellement deux enregistrements de monologues entrecoupés de rares questions du praticien. Classique. Lui-même pouvait prédire le type de question que l’autre allait poser. Comment le patient aurait-il pu guérir ? Il était déjà impatient de le rencontrer…

 

Le second dossier était celui d’une femme : Maria Calmine, trente-quatre ans, divorcée. Pathologie : érotomanie. Il comprenait l’ex-mari sans même consulter le dossier. Par contre, il ne comprenait pas comment ce dossier n’était pas transmis à la relève ? Un défi supplémentaire ? Un cas désespéré ? Il n’avait pas dit son dernier mot !

 

Les deux prirent rendez-vous la même semaine. Il décida de leur mettre rendez-vous le vendredi après-midi. L’un à 14h, l’autre à 15h. Ainsi commencerait-il plus rapidement son week-end et pourrait-il retrouver sa jeune et tendre épouse…

Malheureusement pour lui, il n’était pas voyant… Et il avait encore beaucoup de choses à apprendre…

 

 

Jérôme était un patient très sympathique, avenant et intelligent. Il travaillait à son compte comme menuisier. Point de petites amies. De vagues relations féminines et encore, il refusait de ressentir le moindre sentiment. En réalité, il avait une peur maladive de tomber amoureux. Particulièrement à la tombée de la nuit.

 

Pour être certain de ne pas être confronté à sa peur irrationnelle, il avait décidé tout simplement de ne pas tomber amoureux. Ne surtout pas aimer. Jamais. L’épouvante lui tordait les tripes lorsqu’il imaginait le pire : tomber amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit ! Si jamais cela se produisait, il brûlerait en enfer, et subirait certainement d’autres choses aussi horribles ! Ses proches avaient beau le raisonner, rien n’y faisait. Seule sa mère aurait pu le sauver, mais malheureusement elle n’était plus de ce monde, emportée par le tsunami qui avait crevé l’écran de télévision d’une partie du monde. Il avait peur d’être emporté par une étoile, sentiment renforcé par la tragédie de sa mère, emportée par une vague dévastatrice. Cela renforçait sa croyance… En attendant, il passait la plupart de son temps à briser le cœur de plusieurs demoiselles, puis de jolies dames. Il n’était pas fou. Pour éviter de tomber amoureux de cette belle étoile, il refusait de se mettre en route dès que le soir tombait. Il avait eu peur bleue de jeter un œil sur la nuit : et si une étoile lui lançait un guet-apens ? Même l’étoile Polaire l’effrayait pourtant, idiotement, il était persuadé que ce ne serait pas d’elle qu’il risquait de tomber amoureux…

 

Il avait accepté de se rendre chez ce nouveau « docteur », un « coach » en il ne savait plus trop bien quoi… « de vie » ? Il ne savait plus et il s’en fichait : tout ce qu’il voulait c’était oser sortir la nuit et vivre une vie normale, avec une compagne et aussi avoir des enfants. Certainement pas être happé par une étoile qui à coup sûr l’enverrait au ciel plus vite que prévu ! Il voulait vivre. Sans crainte.

 

Il ressortit de la séance un peu troublé : cela ne s’était pas du tout passé comme d’habitude avec le psychiatre. Il n’avait pas dû se coucher, au contraire, il était resté droit. Par un procédé qu’il ne s’expliquait pas, l’homme avait su lui faire revivre des moments complètement oubliés : des instants heureux et d’autres plus difficiles. C’était assez étrange. En sortant, il croisa le regard d’une femme élégante, assez jolie. Il lui semblait la connaître… L’avoir rencontrée quelque part … cependant, elle n’était pas le genre de ces conquêtes : une femme pareille, on ne la lâchait pas !

 

Maria Calmine, car c’était bien elle qui attendait, était entrée droit comme un « i » dans le bureau. Elle ne comprenait pas encore pourquoi elle devait venir chez ce nouveau médecin et encore celui-ci n’en avait pas le titre ! Elle n’était pas malade. Enfin, pas vraiment. Cependant, pour éviter des poursuites judiciaires, elle avait bien dû accepter. « Harcèlement ». Ridicule ! La vérité tenait en quelques mots : elle aimait. Elle était persuadée qu’elle était aimée en retour. Tout lui prouvait cet état de fait. Elle trouva ce nouveau « médecin » ridicule lorsqu’il lui demanda « comment peut-il vous aimer puisqu’il ne vous connaît pas ? ». Elle lui rétorqua qu’il aurait dû lire attentivement son dossier : ils avaient eu une relation amoureuse il y avait maintenant neuf ans, quatre mois et douze jours. S’il n’était pas venu la rejoindre, c’était en raison de son travail. Il ne pouvait l’avouer au monde. Cependant, il lui envoyait des messages codés : lorsqu’il écrivait ses statuts sur Facebook, c’était à elle qu’il s’adressait ! N’écrivait-il pas « je vous aime ! »… L’autre fois, elle s’était acheté une robe rouge, il avait écrit aimer le rouge et que c’était sa couleur préférée ! Naturellement qu’il l’aimait ! La plainte contre elle ? Pour se dédouaner auprès de ses fans ! C’était compréhensible. Elle l’acceptait. Tant qu’elle pouvait vivre à travers lui, elle ne faisait rien de mal. Et même porter plainte contre elle, voulait dire qu’il la connaissait, qu’il voulait créer un lien avec elle-même par le biais de la justice.

 

Il était devenu son héros. Elle avait été sa muse lorsqu’elle dansait, lorsqu’elle s’envolait dans les airs ! Elle serait devenue danseuse étoile si elle n’avait eu cet accident… alors, elle vivait son rêve à travers ses spectacles, en coulisses…

 

La seconde séance fut plus difficile : Jérôme pleura. Il s’était souvenu d’un moment particulier de sa vie. Il l’avait tout simplement occulté. Par protection ? Pour se défendre ? Pour en garder un souvenir secret ? Pour rester l’enfant qu’il était ? Pour respecter les dires de sa mère ? Qu’importe. Il s’était souvenu de cette séance chez une voyante. Il se souvenait de sa mère devant cette femme étrange aux longs ongles peinturlurés. Lui était assis sagement à côté de sa mère : elle lui avait ordonné de ne pas dire un mot. Que sinon, ce serait grave ! Que cela portait malheur et que même, les anges ne viendraient pas pour aider la dame à connaître l’avenir ! Il s’était donc tu. Il avait peur : et si les anges se fâchaient ?

Il n’avait rien dit. Mais il avait entendu…

 

Maria n’aimait pas venir. Elle n’aimait pas parce qu’elle sentait que cela ne finirait pas bien. Elle savait qu’un moment donné, elle allait devoir se dévoiler. Et parfois, se dévoiler, cela fait mal. Très mal. Même qu’il vaut mieux rester dans sa cuirasse et faire semblant que tout va merveilleusement bien. Oui, ce gars-là, l’air de ne pas y toucher, lui avait fait raconter plus qu’elle ne le voulait. Et elle n’aimait pas ça. En plus, ses pensées avaient l’art de la suivre jusque chez elle et elles tournaient dans sa tête jusqu’à devenir intelligibles. Ce n’était pas très agréable. Elle avait réussi à taire toutes ses pensées à l’autre, ce vieux psychiatre. L’autre qui lui prescrivait des médicaments qu’elle n’allait de toute façon pas chercher : cela ne servait à rien. Elle n’était pas folle : elle était amoureuse !

 

Il n’existait pas encore de médicaments contre l’amour. Malheureusement. Parce qu’elle aurait moins souffert. Mais voilà, on ne peut enlever un cœur. Ni une âme. Il fallait bien s’en accommoder. Elle ne vivrait pas avec son amour, celui-ci se devait à ses fans, alors elle le retrouvait en cachette dans ses illusions. C’était du pareil au même. Presque…

 

Sauf. Sauf. Que le nouveau lui avait demandé d’expliquer son accident pire de le revivre ! Et ça, ce n’était pas la chose à demander. Ni maintenant ni jamais !

 

 

Les mots resteraient à jamais gravés dans son esprit : la voyante l’avait pointé du doigt tandis que de l’autre main, son index tapotait nerveusement sur une carte. « Tu tomberas amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit. Prends garde, elle te volera ton cœur et tu seras perdu ! ». Elle avait éclaté de rire. Il avait tellement eu peur de cette étrange prédiction qu’il en était resté tétanisé. Il se souvenait vaguement qu’elles avaient parlé d’hommes qui se laissaient parfois mener par le bout du nez de certaines femmes… Il les regardait sans comprendre, sans vraiment entendre. Il se souvenait juste que sa mère était heureuse en sortant bien que songeuse…

 

Ils étaient restés tous les deux silencieux lors du retour. Lui n’osait pas broncher, son destin était scellé. Quant à elle, elle était plongée profondément dans ses pensées, un léger sourire aux lèvres. Il n’avait pas osé lui demander la raison. Il aurait dû.

 

Elle était partie la semaine suivante. Seule. Du moins de ce qu’il avait compris. Son père était resté. Elle avait prétexté le besoin de se retrouver, de faire le point, de réfléchir à sa vie. Elle était partie au Sri Lanka, la veille de Noël. Il s’en souvenait encore… Il avait entendu des cris, des reproches. Personne n’avait compris pourquoi cette destination. Un autre homme probablement. Lui pensait qu’elle avait peut-être tout simplement dit la vérité : un voyage au hasard… Pourquoi pas ? Il restait persuadé qu’elle serait revenue au moins pour venir le rechercher. Et surtout pour l’empêcher de tomber amoureux d’une étoile à la tombée de la nuit…

 

Ainsi, là était le nœud de ce problème. Un enfant, une prédiction prise au comptant et un adulte qui ne recadre pas… Il sortit de la séance, abasourdi. Naturellement qu’il se souvenait du départ de sa mère, mais il avait complètement oublié les circonstances, effacé de sa mémoire cette prédiction qu’il jugeait à son regard d’adulte un peu légère… Il sortit de la pièce lentement. La jolie femme était là. Elle attendait son tour. Qu’avait-elle comme problème ? Était-elle folle ? Où avait-elle oublié une part de son existence ?

 

 

Il lui sourit. Elle lui retourna le sourire en se demandant : qui était cet homme qu’elle croisait souvent ? Était-il fou ? Était-il comme elle amoureux d’une affiche ? D’un être en brume de pensées ? Elle avait manqué ne pas venir. Mais elle avait payé. Il n’était pas bête ce petit coach, faire payer un abonnement de cinq séances et en offrir une gratuite… du coup, elle s’était demandée si oublier une séance… mais une petite voix lui avait soufflé qu’elle était ridicule. Et même qu’il ne la laisserait pas faire…

Elle resta. Elle fit bien.

 

Elle était restée plus longtemps : raconter l’accident n’avait pas été facile. C’était lui qui conduisait. Trop vite. Elle lui avait demandé de ralentir, mais il s’était emporté. Il était énervé. Il fulminait. Elle avait oublié la raison, mais en revivant l’accident, elle s’était souvenue. Il était furieux, car elle avait un rôle important dans le nouveau spectacle. Lui n’était pas repris. Tout était complet. Ce qui le mettait en rage était que le réalisateur avait adapté l’histoire pour qu’elle puisse en faire partie. Il soupçonnait cet abruti d’être amoureux d’elle… S’il avait voulu, lui aussi aurait pu avoir une place ! Il devait en convenir : elle était simplement plus douée que lui. Plus travailleuse aussi. Et moins arrogante. Elle lui avait dit d’ailleurs que son arrogance lui jouerait des tours… Elle l’avait prévenu. Il lui avait ri au nez. Elle n’avait pas à se plaindre : elle était reprise, elle ! De rage, il avait poussé un peu plus fort sur l’accélérateur. La voiture avait fait un bon et était passée en trombe alors que le feu était déjà passé au rouge. Elle avait tout pris… Les pompiers avaient dû la désincarcérer… Lui était indemne. Sur pied. Elle n’avait pas perdu ses jambes, mais elle ne pourrait plus jamais danser… Dans l’accident, elle avait perdu ses rêves et celui qu’elle aimait.

 

Il n’avait soi-disant pas supporté d’être responsable de cet accident. Il préférait partir que d’avoir sous les yeux sa culpabilité vivante. Il s’en était allé sans le moindre remords et avait emporté tout sur son chemin : sa vie, ses espoirs et même ses rêves de femme.

 

Elle avait tenté de l’oublier, avait même vécu quelques aventures. Et puis, un jour, elle l’avait vu à la télévision : il avait le premier rôle dans un spectacle à Paris. Cela l’avait bouleversé. Elle avait cherché sur internet la moindre information sur lui, elle l’avait googlisé, espionné, copié : il mettait une photo de sa nouvelle voiture, elle mettait une photo de voiture ! Il écrivait quelque chose, elle en parlait sur son propre Facebook. Il posait une question, elle mettait la réponse sur son mur ! Elle le copiait espérant voler une partie de sa vie, la déguster en sorte. Et puis, et puis, il avait appris qu’elle vérifiait les moindres de ses gestes et cela ne lui avait pas plu : il avait l’impression malsaine de ne plus être libre, d’avoir les moindres faits et gestes observés, critiqués, copiés sans respect pour ses sentiments. Un plagiat organisé. Même que cela l’avait rendu triste au départ, même qu’il aurait pu la garder comme amie, mais voilà cette obsession faisait peur…

 

Cette séance, le fait de revivre l’accident, lui avait fait comprendre que sa passion avait pour but de masquer le principal : la colère qu’elle éprouvait à son égard. Comment avait-il osé l’abandonner après l’accident ? Comment avait-il osé prendre sa place au spectacle ? Elle ne l’avait appris que quelques années plus tard, mais la douleur était néanmoins insupportable. Jamais, non, jamais il ne lui avait demandé pardon. En réalité, il ne méritait pas son amour. Elle devait passer à autre chose. Elle s’en était fait une fausse image, l’avait mis sur un piédestal. Elle avait perdu beaucoup d’années…

 

Les deux séances suivantes eurent pour but d’analyser toutes les émotions refoulées. Les expliquer, les ressentir et surtout vérifier si elles avaient encore raison d’être. Ce n’était pas facile, mais le plus dur était passé. Jérôme et Maria sortaient de leur séance quotidienne, chaque fois un peu plus légers. Jérôme trouvait Maria encore plus jolie et Maria s’était surprise à être plus coquette les vendredis…

 

Naturellement, cela ne passait pas inaperçu : Paul avait bien son idée même si ce n’était pas très orthodoxe. Il leur fixa rendez-vous à la même heure et décida d’arriver en retard. Il les retrouva mécontents, mais au moins avaient-ils enfin parlé ensemble…

 

Il ne restait plus qu’une séance. La gratuite. Naturellement qu’ils viendraient ! Il les avait prévenus : ils auraient un devoir. Ils ne pourraient pas y couper. C’était même le point final de leur traitement. Sans cela, ils devraient recommencer le cycle. Ils avaient promis tous les deux trop impatients de retourner à une vie plus normale…

 

Cependant Jérôme était attristé : il ne verrait plus la jolie femme. Quant à Maria, elle se sentit déçue : pour qui se ferait-elle belle ?

 

 

Encore une fois, ils étaient arrivés ensemble. Ils s’assirent l’un à côté de l’autre en critiquant leur médecin : il s’emmêlait de plus en plus les pinceaux avec l’horaire ! Probablement fatigué ? Ils furent surpris d’être appelés en même temps dans le cabinet. Ils se regardèrent, mais ne bronchèrent pas. Ils avaient encore trop l’habitude d’obéir aveuglément à cet homme qui avait connaissance de leurs sentiments profonds.

 

Jérôme avait accepté. Il avait baissé les yeux, mais au fond de lui-même son cœur tressautait non pas de peur, mais de joie et même d’impatience...

 

Maria accepta, elle aussi. Elle avait rougi naturellement et était devenue encore plus jolie. Elle s’était sentie flattée lorsque Jérôme avait exprimé son contentement devant ce drôle de devoir. Elle s’était fait la réflexion qu’elle avait bien fait de mettre une robe et ses hauts talons.

 

Il leur fixa rendez-vous dans un mois. Sans faute.

 

 

Paul reprit devant lui les deux dossiers : Maria et Jérôme venaient de sortir de son cabinet. Ils ne viendraient plus jamais. Ils avaient respecté le dernier rendez-vous sans faute : jamais ils n’auraient pu ne pas venir. Il leur fallait en sorte sa bénédiction pour continuer la route qu’il avait réussi à leur montrer. C’était sous leurs yeux, mais trop de choses parasitaient leur vue.

Il prit son stylo préféré, prit une feuille avec son en-tête et commença à écrire :

 

« Mon cher confrère,

Cher Henri,

Je vous remercie à nouveau de votre confiance. Celle-ci ne m’a pas fait défaut et je suis heureux de vous apprendre que je viens de refermer vos deux dossiers.

 

Vous m’aviez demandé de vous tenir au courant du suivi de vos deux anciens patients. Ils viennent de sortir tous deux de mon cabinet et je peux vous assurer que leur avenir est bien mieux loti que leur passé !

 

Pour rappel, M. Jérôme Delarue était amoremardeosubnoctemostellaphobe. Je pense pouvoir vous assurer qu’il ne l’est plus. Par contre, sachez qu’il est tombé amoureux d’une ancienne danseuse étoile et je pense même que leur premier baiser a été échangé à la tombée de la nuit. En réalité, il a rencontré au cours de son enfance une voyante peu délicate qui n’a guère su vraiment interpréter sa vision. Quant à Maria Calmine, érotomane, elle a définitivement tiré un trait sur l’homme qu’elle mettait sur un piédestal. Il faut dire qu’elle m’a appris qu’il était responsable de l’accident qui lui a coûté ses rêves : être danseuse étoile.

 

C’étaient, je pense, les deux clefs qu’il vous manquait et que mes techniques ont pu mettre à jour. Cependant, il me reste à l’esprit que vous ne m’avez pas envoyé ses deux patients par hasard !

 

En effet, beaucoup de détails ont été évoqués dans cette pièce et je me suis pris au jeu en menant ma petite enquête. Vous reconnaissez là ma différence… Un rien détective ! En ce qui concerne Jérôme, il aurait pu être votre fils de cœur… Heureusement pour vous, vous avez été retenu au pays et n’avez pu vous rendre au Sri Lanka, retrouver votre maîtresse… Il faut dire qu’emboutir une voiture et anéantir les jambes d’une future grande étoile est une raison suffisante… même si l’autre véhicule était passé au rouge…

 

Vous vouliez réellement les aider, mais vous aviez trop peur de ce qu’un autre confrère découvrirait. Il faut dire que mon rôle auprès de vous a malgré tout ses avantages… Ainsi, ni moi ni vous ne reparlerons de nos deux patients lorsque nous serons amenés à nous rencontrer au cours des réunions de famille à venir.

 

Mes meilleurs respects,

Votre beau-fils, ».

 

 

PS : L'"Amoremardeosubnoctemostellaphobia" est une pure invention de ma part. Par contre, l'érotomanie existe.

13:54 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

Les commentaires sont fermés.