31 mai 2015

Traces

 

 

 

trace, ame, couleur, astral, mission, vieAstral Double" by Eugenia Loli.

 

 

 

 

« Aux alentours de 1h10 dans la nuit de mercredi à jeudi, une voiture s’est retrouvée sur le toit à Eaurges. Pour une raison encore indéterminée, le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule sur une petite route sinueuse traversant le lieudit Morte-Vigne. Il est alors sorti de la route avant de partir en tonneau.

 

À l’arrivée des secours, le conducteur âgé de 35 ans, Jean-François Chanut était en arrêt cardio-respiratoire. L’intervention rapide du SAMU et des sapeurs-pompiers a néanmoins permis de réanimer son épouse enceinte de six mois. Son état jugé grave a toutefois nécessité un transport en hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Pontoux. Les secouristes sur place n’ont pas souhaité se prononcer sur son pronostic vital avant des examens plus poussés ne soient réalisés ».

 

Elle se tenait immobile dans son lit. Elle entendait ce qui se passait autour d’elle, mais elle refusait pertinemment d’ouvrir les yeux. Elle était convaincue que si elle les maintenait fermés jusqu’à la fin de ses jours, elle aurait la possibilité de retourner en arrière, quelques heures, quelques minutes, juste avant de prendre cette route qui lui avait ravi les seuls êtres qui lui importaient : son mari et leur enfant. Un enfant à l’abri du monde dans son ventre. Un enfant qu’elle n’avait jamais réellement vu, jamais vraiment bercé... Et aujourd’hui, tant de choses qu’elle ne connaîtrait jamais… Oui, se garder d’assister à cette pièce de théâtre qu’ils avaient tous les deux attendue avec tellement d’impatience ! Naïvement heureux de rejoindre l’impensable : la mort. La fin d’un amour, la fin de l’espérance.

 

Son mutisme la protégeait de l’extérieur, refusant même de tenir compte du va-et-vient incessant des infirmières faussement joyeuses. Elle préférait fermer les yeux et se réfugier dans le silence ainsi pouvait-elle s’imaginer être avec eux… Ne jamais toucher du doigt cette réalité maudite qui la laissait apeurée sans envie de vivre, vide, dépouillée de l’essentiel.

 

Et puis surtout, il y avait ce qu’il s’était passé, là-bas. Ailleurs ou ici, elle ne savait pas trop. Elle devait réfléchir, c’était la seule pensée qu’elle s’autorisait parce qu’elle y retrouvait son amour et son petit Mathys aussi… C’était un fait : elle se réfugiait dans le silence, car si les mots franchissaient ses lèvres, elle risquait l’enfermement : certains préfèrent nier l’inenvisageable, probablement par peur de perdre leurs repères ou pire leurs convictions…

 

Son mutisme lui avait appris une chose : elle n’était pas cinglée ! C’était là déjà un bon point ! Elle n’était pas folle et malheureusement pour elle, elle vivait. C’était un fait, elle n’y pouvait rien. Aussi, elle ne pouvait décemment oublier sa promesse. Elle vivrait donc même si elle devait prendre sa vie en patience. Exister. C’était ainsi, elle n’avait pas le choix : elle avait promis. En attendant, elle s’isolait dans le silence pour repasser à l’envi leurs adieux. Elle en avait gardé une anamnèse intacte. Oui, elle se remémorait cet endroit étrange d’une blancheur immaculée. Un effort de concentration lui avait rappelé la couleur transparente aux reflets nacrés de l’espace-temps. Les mots étaient imprécis, ils n’existaient pas pour dépeindre ce qu’elle avait vu, ressenti peut-être même imaginé... Un lieu innommable simplement. L’endroit changeait de dimension selon sa pensée, devenant tout simplement parfait. Ce qu’elle gardait le plus enfoui en elle, restait somme toute cette merveilleuse douceur qui l’enveloppait de partout à la fois. Elle s’était sentie heureuse comme jamais elle ne l’avait éprouvé. Elle aurait pu rester des siècles immergée dans cette béatitude ! Et même jusqu’à sa mort ! Et c’était bien là le problème, car elle l’était, morte !

 

Plus aucun doute possible : elle avait assisté à tout. Avec détachement. Comme si ce qu’elle voyait n’était pas son propre corps, malmené, que l’on tentait idiotement de ramener à la vie… Oui, elle observait imperturbable son corps charcuté par les tentatives vaines des êtres humains même lorsqu’on lui avait arraché son enfant sans vie de son ventre. Il ne pousserait jamais son premier cri. C’est à ce moment-là qu’elle avait entendu une pensée plus forte que les autres dans sa tête. Une conscience qui se voulait et était rassurante. Une présence qui lui ordonnait avec beaucoup d’amour de quitter les lieux : son heure n’était pas encore venue. Elle les retrouverait un jour, mais pas maintenant. Elle était choisie pour cette mission et elle devait vivre pour l’accomplir. Pour elle aussi. Elle n’avait pas résisté et elle n’aurait pas pu. Elle avait jeté un dernier regard en arrière et l’avait vu, lui, qui lui faisait signe au revoir avec leur enfant dans les bras. Il souriait. Il avait confiance en elle. Elle réussirait et ils se retrouveraient. Et puis. Et puis, elle était revenue dans son corps. La douleur l’avait accueillie : elle vivait. Elle était en vie et elle avait promis.

 

La première fois que cela se passa, ce fut sur un coup de colère. Elle avait ouvert les yeux. Elle acceptait de parler, par monosyllabe. Qu’aurait-elle pu dire ? Rien ne lui paraissait essentiel. Tout était insignifiance. L’infirmière lui avait annoncé l’heureuse nouvelle : « le lendemain, elle pourrait rentrer chez elle. Elle y serait beaucoup mieux ! ». Sa gentillesse dégoulinante de fausse gaieté l’avait mis dans une rogne noire. Encore plus, lorsque par bonté - ou pire, par pitié - celle-ci lui avait touché l’épaule dans une geste qui se voulait réconfortant. De rage, elle avait levé les yeux sur celle qui déjà enlevait son plateau-repas à peine entamé et lui avait alors souhaité avec violence qu’elle aille au diable !

 

Avant que l’infirmière bienveillante ne sorte de la chambre, elle avait remarqué le halo blanc qui entourait son corps habillé du tablier blanc traditionnel. Une auréole diffuse transparente, légèrement irisée. Elle aurait presque pu imaginer qu’elle se promenait enveloppée d’un banc de brouillard. Sa colère avait rebondi dessus et lancé un trait noir sur le visage sympathique de la soignante. Celle-ci ne broncha pas néanmoins, comme par magie, cela la rendit muette comme si sa fausse joie s’était soudainement éteinte ! Elle était repartie silencieusement plateau en mains. Ce n’est que plus tard qu’elle se rendit compte qu’elle ne l’avait plus jamais revue… probablement en temps de repos… elle ne s’était pas inquiétée. Aurait-elle dû ?

 

Elle était rentrée chez elle le lendemain. Plus personne pour l’accueillir, pour prendre soin d’elle ou même prendre de ses nouvelles. Elle recommencerait le travail dans une semaine. Elle y retrouverait ses collègues qui ne représentaient pour elle que des hommes et des femmes avec qui elle gagnait sa triste vie. Sans plus. Il lui semblait qu’elle n’avait jamais été aussi seule en ce monde. Elle avait pourtant l’habitude de son statut d’orpheline… À croire que la mort souhaitait lui voler ceux qu’elle aimait par-dessus tout.

 

C’est le matin, après sa douche, qu’elle découvrit. Elle se doutait bien qu’il allait arriver quelque chose. Elle en était fermement persuadée : « la pensée » ne lui avait-elle pas dit qu’elle devait accomplir quelque chose ? C’était probablement ça. Quant à savoir comment réagir et ce qu’on attendait d’elle, c’était là une autre histoire.

 

Elle avait comme d’habitude effacé la buée du miroir avec son sèche-cheveux. Lorsqu’un rond propre et net était apparu, elle avait glissé son regard sur le reflet. Elle n’y était pas préparée, mais ce ne fut pas réellement une surprise : elle aussi avait un halo autour d’elle. Plus épais, lui semblait-il. Par contre, une barre très sombre lui mangeait le visage. Ce n’était pas joli du tout. Elle se concentra sur son corps et retrouva la femme qu’elle était : tout à fait « normale ». Mais si elle se regardait « en dedans elle », elle ne pouvait nier le grand trait noirâtre. Elle soupira. Il semblait que cela résumait sa vie : une longue ligne fuligineuse déchirait son âme.

 

Un bruit inhabituel la sortit de ses réflexions : cela venait du jardin. Elle ouvrit la porte de la cuisine qui menait à la petite terrasse et sans crier gare, comme s’il était invité, un chaton entra. Il se faufila entre ses jambes et s’y frotta. Elle le caressa. Premier contact d’amour qu’elle s’autorisait. Apparemment, il était perdu. À moins qu’il ne l’eût choisie ? Elle lui donna de l’eau fraîche et coupa en morceaux une tranche de jambon. Le soir, l’animal s’endormit sur ses genoux. Son ronronnement l’apaisa et pour la première fois, elle ressentit un fugace sentiment de quiétude l’envahir : elle regarda la petite bête et vit autour de lui se dessiner un halo bleuté de fines poussières d’étoiles dorées. L’étrangeté de ce moment la laissa songeuse et paisible : elle pouvait sentir et mieux encore, visualiser le contentement de ce petit être abandonné. Elle profita longuement de ce moment de sérénité. Et elle se sentait impatiente de découvrir si ce qu’elle pensait était bien réel…

 

C’était évident. Naturellement.

 

Cela changeait tout et cela ne changeait rien. Elle devait prendre une décision. Vérifier avant d’agir. Est-ce que cela se produisait avec tout le monde ? Ou seulement avec des personnes avec qui elle était en relation ? Où était-ce uniquement lorsqu’elle libérait ses émotions ? Et si tout cela était vrai, comment devait-elle agir ? Qu’elle était le but de toute cette histoire ?

 

Le soir, elle s’était déshabillée. Nue, elle avait à nouveau vu cette vilaine marque noire lui barrer le visage, mais sur son ventre, là, où se trouvait le chaton, des petites étoiles étaient dessinées en une forme qui symbolisait un cœur. Du moins, à ses yeux ! C’était joli. Sauf cette horrible trace. Pouvait-elle la faire disparaître ?

 

Le lendemain, elle décida d’aller de l’avant. Elle était plutôt du genre pragmatique : elle détermina un champ d’action. Il lui faudrait aussi prendre des notes. Qu’importe pourvu qu’elle bouge ! Cela avait au moins le mérite de la rassurer. La première expérience débuta dans le métro. Elle observait autour d’elle tous ces visages anonymes, certains fatigués en ce tôt matin, d’autres les yeux dans le vide, ou encore, figés sur l’écran de leur Smartphone en liaison hypothétique avec le monde virtuel. Elle avait beau regarder, elle ne découvrait point de rayonnement astral. Tout paraissait normal. Elle douta. Devenait-elle folle ?

 

Elle toucha une femme près d’elle discrètement. Elle lui effleura la main en faisant mine de se raccrocher à la barre centrale pour assurer sa posture. Elle en fut pour ses frais. Rien. Point de halo, point de couleur. Elle fut déçue. Elle qui était persuadée de détenir un quelconque pouvoir ! Elle qui pensait être pour une fois différente ! Elle n’était qu’une femme comme les autres sauf qu’en plus, elle ne possédait rien, n’était entourée par personne. Cela la fit sourire à l’envers d’avoir « en plus du rien ». Pourtant c’était exactement comme cela qu’elle se sentait : en plus de rien…

 

Arrivée au bureau, elle retrouva docilement sa place et également la pile de dossiers qui avait doublé. Elle éprouva bêtement de la reconnaissance : au moins aurait-elle de quoi se vider l’esprit. Du moins de son essentiel à elle. Elle fut étonnée lorsque certains prirent sincèrement de ses nouvelles pourtant n’était-elle pas la collègue secrète qui avait tellement de difficulté à se lier ? Ce n’était pas tant de la timidité, mais une peur viscérale de s’attacher et de perdre l’être aimé. Encore une fois, la vie lui avait prouvé qu’elle avait raison. « S’attacher à quelqu’un, c’était un jour le perdre. C’était souffrir. ». La formule était facile : pour ne pas souffrir, ne pas aimer. Point. Au moins avait-elle compris l’essentiel.

 

Le soir, elle retrouva son chat : lui aussi montrait sa joie de la retrouver. Il le manifesta en miaulant et en réclamant sa pâtée. Elle ne résista pas. Elle s’octroyait le droit de faire une exception…

 

Les étoiles sur son ventre gardaient leur luminosité. C’était magnifique ! Ce petit félin adorait être câliné et elle, cela l’apaisait. Par contre, le trait noir restait identique. Elle soupira. Comment le retirer ?

 

Déjà six mois qu’elle partageait sa vie entre le bureau et son appartement. Hormis son chat, elle n’avait pas d’amis. Rien n’avait changé dans son quotidien sauf le mardi. Le mardi soir, elle se rendait au cours de dessin. Un concours de circonstances : un collègue avait payé les cours de dessin et n’avait pas prévu de recevoir du jour au lendemain, la mutation tant espérée. Elle lui avait confié auparavant son regret de ne pouvoir illustrer ses états d’âme. Il lui avait parlé des cours qu’il projetait de suivre… Il ne l’avait pas oublié et lui avait proposé tout naturellement de reprendre sa réservation. Elle n’avait pas refusé… En réalité, elle s’en était fait une joie et elle avait pris plaisir à acheter le matériel recommandé.  

 

Elle fut étonnée de se sentir émue au cours de son verre d’adieu. Encore plus, lorsqu’il la serra fugitivement dans ses bras avant de quitter définitivement le bureau. Elle le regarda franchir la porte et découvrit dans son sillage un halo orange…

 

Il y avait longtemps qu’elle n’avait plus pris la peine de se « regarder en dedans ». Elle se rendit compte que la trace obscure avait pâli, et que les étoiles conservaient leur brillance. Un sillon molletonneux orangé s’y était mélangé. L’ensemble était joli, bien qu’épuré. Cela la laissa songeuse. Se pouvait-il que le noir s’efface lorsqu’elle échangeait positivement avec quelqu’un ? Les couleurs sombres représentaient-elles les émotions négatives ? Cela donnait-il des empreintes sur son âme ? Avait-elle de l’influence sur les autres ?

 

Elle en reçut la réponse avec Tiphaine, une des secrétaires de la compta. Elle l’avait trouvée en pleurs dans les toilettes des femmes : elle avait été larguée par son fiancé à six mois du mariage. Instinctivement, elle l’avait prise dans ses bras, rassurée et réussit à lui arracher un semblant de sourire. Sa collègue était repartie vers son bureau avec des éclaboussures roses. Le soir, son corps avec les traces identiques… et peu à peu la marque noire s’effaçait, remplacée par des nuances plus subtiles.

 

Du coup, elle se concentra sur elle-même, ses émotions et ce qu’elle partageait avec les autres. Elle testait les teintes, les formes, et même la texture comme le jour où elle aida une personne âgée à traverser : des plumeaux de couleur lavande, très fins, très élégants. Elle eut la vision d’une belle femme. Elle l’était toujours, cachée derrière les rides et les épreuves du temps. Elle fut reconnaissance d’avoir pu le découvrir, un cadeau qui venait à point : la trace noire s’effaça. La petite vieille partit dans une empreinte pervenche, le dos moins courbé et le pas un peu plus alerte…

 

Les jours défilaient et les couleurs éclataient partout sur son passage. Elle avait l’impression d’embellir le monde même si elle était la seule à le percevoir. À distribuer ainsi sa sensibilité colorée, elle se rendit compte qu’elle invitait les autres à reprendre le sourire, le courage, sécher les larmes, être plus sereins. Elle avait un rôle à jouer. Elle était peintre d’émotions et disposait d’une large palette. Ses cours de dessin étaient précieux pour définir le choix des teintes : désormais, elle connaissait par avance la nuance de chaque sentiment et elle en usait sans parcimonie. Elle parvenait à créer des esquisses sur l’âme de ceux qu’elle rencontrait, aidait ou avec qui elle avait un vrai échange. Cela sculpta son aura également : elle était tatouée entièrement. Elle était à ses yeux une œuvre vivante.

 

Mettre de la couleur dans sa vie et celle des autres était pour elle devenu un merveilleux cadeau. Elle remerciait le ciel de lui avoir donné cette chance même si parfois, son cœur pleurait la perte des êtres aimés.

 

Ce matin-là, elle courrait dans la rue : elle s’était réveillée en retard alors qu’une réunion importante était prévue. Arrivée enfin au pied de l’immeuble de son bureau, elle s’engouffra brusquement dans le tourniquet de l’entrée et dans son empressement buta contre un homme apparemment aussi pressé qu’elle : lui aussi était en retard à cette réunion. Le choc fut violent : elle en vit des étoiles. Lorsqu’il la releva, elle baignait dans des volutes d’arc-en-ciel. Elle reprit pied, bel et bien rougissante et non pas en « dedans », le cœur battant plus vite que de raison. Une pensée fugitive lui traversa l’esprit : qu’il serait bon de peindre sur ce tableau vierge !

 

Tous les soirs, maintenant depuis dix ans, elle gardait l’habitude de se regarder : les couleurs, les formes, les courbes, les textures évoluaient au fil des jours. Encore à certains moments ressortaient certaines lignes noires, mais elle avait à cœur de les exploiter pour créer des contours : les peines, les colères ou les rébellions avaient parfois raison d’être. Il n’était pas bon de les ignorer. Elle les utilisait délicatement et avec prudence. Elle continuait les cours de dessin et avait changé de travail. Elle avait suivi des études de kinésiologie. Désormais, elle était à son compte. Son site web « coach en couleurs de l’âme » ne remportait pas le succès escompté, mais son agenda était rempli : le bouche-à-oreille. La meilleure publicité.

 

Aujourd’hui était un jour particulier : dix ans depuis l’accident. Elle n’était pas triste parce qu’elle savait qu’un jour elle les retrouverait et elle n’était plus seule : ils étaient à ses côtés. Elle se sentait sereine, il lui semblait qu’elle avait accompli sa mission même si elle n’était pas terminée. Elle en fut d’autant plus convaincue lorsqu’une petite fille blonde courut vers elle et se jeta dans ses bras :

- « Maman, quand tu me regardes, je vois des étoiles dans tes yeux ».

 
 

 

 

 

15:45 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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