29 mai 2015

Toujours faire attention aux yeux. Toujours.

 

yeux, schizophrène

 

 

Un défi littéraire particulier : la schizophrénie

 

 
La schizophrénie est "une maladie du cerveau qui se manifeste par des perturbations de certaines fonctions mentales. Ce n’est pas une maladie de l’âme, ni un manque de volonté, ni une double personnalité, mais bien un « défaut » de certains circuits neuronaux du cerveau. Il en découle une invalidité, un handicap et, malheureusement, une stigmatisation causée par la méconnaissance de la maladie public."

Source : www.fondationdesmaladiesmentales.org

 

C’est une maladie du cerveau qui se manifeste par des perturbations de certaines fonctions mentales. Ce n’est pas une maladie de l’âme, ni un manque de volonté, ni une double personnalité, mais bien un « défaut » de certains circuits neuronaux du cerveau. Il en découle une invalidité, un handicap et, malheureusement, une stigmatisation causée par la méconnaissance de la maladie public. - See more at: http://www.fondationdesmaladiesmentales.org/la-maladie-mentale.html?t=6&i=17#sthash.hyAgmExy.dpuf

Juste une explication au texte : un schizophrène a des troubles d'attention, de concentration et de la mémoire. Également une déréalisation, des hallucinations auditives avec une désorganisation de la pensée et il peut passer du "coq à l'âne". Il a également des agissements bizarres (collection étrange) et une crainte d'être espionné. Il peut également inventer des mots (glups !)...  Source de l'information : wikipédia.

 

Je me suis simplement inspirée de cette dernière description pour lancer les mots. Je pense que ce texte ne plaira pas à beaucoup d'entre vous en raison de sa différence. J'ai relevé le défi à titre expérimental. La réussite n'est pas tant l'écriture du texte et donc avoir gagné le défi mais bien la sensation de vivre quelque chose hors norme. Et ça, ça n'a pas de prix...

Bonne lecture !

 

***

 

Il n’a pas conscience, pas conscience.

Ses pensées sont hors du temps. Hors du temps. Pire : elles sont hors de lui. Hors de lui.

 

Il fait nuit. En dedans lui. Il les entend hurler toutes ses idées qui s’entrechoquent dans sa tête. Il n’est pas d’accord. Pas d’accord de tout ce qu’elles disent. Mais ce n’est pas le pire.

 

Non. Ce n’est pas le pire.

 

Le pire, lui, il le connaît.

 

 

Tout s’échappe.

 

Il oublie.

 

Pourtant, c’est écrit en grand devant lui sur son frigo : « une chose à la fois ». Il est d’accord, mais qu’est-ce que c’était encore ? Que devait-il faire ? Il ne sait plus.

 

Il entend une voix dans l’autre pièce. Il ne la connaît pas. Elle l’appelle. Craintivement, il se dirige vers elle. Il n’a pas le choix, ça, il le sait.

 

- « Sur le nord-ouest, les éclaircies deviendront plus larges. Ailleurs, la nébulosité restera souvent abondante avec la possibilité de précipitations localisées. Le vent d'ouest sera modéré. Les températures (15H) oscilleront entre 14 et 18 degrés. »

 

Il le sait ! Le petit bonhomme devant les nuages de l’écran de télévision lui envoie des messages bien précis : naturellement qu’il a le pouvoir de changer le monde, de jouer avec le temps, de tuer les heures, d’assécher la pluie, d’éteindre le soleil ! Il le sait naturellement ! Pourquoi lui dire encore et encore ?

 

Il écoute attentivement, s’immobilise tout à la perception de ses pensées. Elles sont endormies. Il lui semble ressentir une fatigue incommensurable. Normal ! À force d’être espionné de tous, il est en état de vigilance extrême. Il avise les fenêtres : trop grandes. Trop volumineuses : sûr qu’un jour, elles lui sauteront au visage ! Il s’en approche craintivement. Il feinte, n’osant aller en ligne droite. Jamais la ligne droite ! Jamais !

 

Il ferme d’un coup sec les lourdes tentures rouges : se cacher des yeux à l’affût des siens ! Ouf ! « Se protéger ». « Se protéger ». Les mots roulent dans sa tête ! Il vient de découvrir le « strike-word ! ». Il aime cette idée. Ce mot étrange.  Ce néologisme. Il a déjà oublié qu’il vient de l’inventer ! Il éclate de rire puis subitement pleure : il n’arrivera jamais à compléter sa collection de boîtes à sardines ! Il se sent soudainement épuisé : la faute à la Lune. À moins que le Soleil ? Certainement à cause des deux…

 

Une alarme retentit quelque part dans l’appartement brisant le silence en deux. Elle lui assèche une larme qui oscillait entre l’envie de tomber ou de repartir sur la pointe des pieds. Il décide d’effacer définitivement la trace humide qu’elle a laissée. D’un coup. Net : il se gifle le visage. Sous la violence du geste, il reste les bras ballants et regarde, hagard, autour de lui : « qui ose l’attaquer ? Lui ! Le maître de cet appartement, de cette maison ? Maître … de cette rue ? Ce quartier ? Cette ville ? Ce pays ? Le Monde ! Ce Monde qui lui appartient ! C’est pour cette seule et unique raison que le monde le hait ! Il doit prendre garde : il est en danger !

 

Il s’immobilise. Encore cette impression vertigineuse de sortir de ce corps lourd et inutile. Intrigant. Il se serait bien assis, mais il a la flemme. De bouger. Alors il reste. Immobile.

 

Au loin, chante une tondeuse à gazon. Bruit caractéristique. Il ne manque plus que la douce odeur d’herbe coupée. Et soudain, elle arrive cette odeur jusqu’à ses narines dilatées : une odeur d’enfance. Une bonne odeur de pain grillé ! Cela lui donne faim. Oui, qui donc tond son appartement ? Il sort de lui-même et se dirige vers l’odeur.

 

Il trouve un réveil et en dessous, en grand, un papier dont les mots sont déguisés en rouge : « Rendez-vous docteur Claque 10h – attendre taxi ». Le rouge, c’est important. Un vague signal lointain retentit entre deux pensées vierges : « Il doit y aller ». « Y aller ». « Obligé ». « Survie ».

 

Alors, il prend son chapeau, ouvre la porte de l’appartement, et descend jusqu’à l’entrée de son immeuble. Il attend sur le seuil de la porte. Il a un peu peur alors il se cache en dessous de son chapeau. Il ne bouge plus : la boîte à quatre roues viendra le chercher : c’est son amie. Il ne doit pas l’oublier. Jamais. Il espère juste que le mannequin qui joue au jeu du volant ne le regardera pas dans les yeux. Toujours cacher les yeux, ils disent la vérité ! Surtout quand on a peur. Surtout. Parfois quand on aime aussi. Est-il amoureux ? Oui, d’une étoile. Une étoile filante. La plus belle entre toutes. Peut-être viendra-t-elle le chercher ? Elle a les yeux verts. Comme une pomme. Craquante, croquante. Il aimerait bien la croquer, lui !  Des yeux verts… Parfois, il se sent ver de terre. Un ver de terre amoureux d’une étoile ! C’est son ami Hugo qui a découvert son secret et lui, ce traître, l’a clamé au monde entier ! La terre entière connaît son histoire à lui, rien qu’à lui ! Même l’ami Google ! Même le traître Google.

 

L’ami, l’autre, a du retard. À moins que ce soit lui … en avance ? Est-ce bien le Jour ? Est-ce bien lui qui doit s’y rendre ou est-ce son autre, resté en haut dans son appartement aux tentures rouges ?

 

Fatigué, il décide de rester et d’attendre.

 

C’est long.

 

Oui. Une étoile. Aux yeux verts. Cela lui rappelle quelque chose. D’important. Qu’il doit dire à un docteur. Un docteur sans blouse blanche. Il ne sait plus quoi. Il doit faire un effort. Se souvenir. C’est important les souvenirs, ils dessinent le passé pour chérir le présent. Il sait une chose importante : il n’aime pas les blouses blanches. Du tout ! Avant oui. Plus maintenant. Et c’est promis : s’il prend ses médicaments, il ne les verra plus jamais ces blouses blanches. Plus jamais, jamais !

 

Oui ! Ses médicaments, les petits bonbons de réalité ! Ceux qu’il a cachés parce qu’on les lui vole !

 

Et puis lorsqu’il a voulu les reprendre, il ne les a plus retrouvés ! Normal, ils ont eu peur d’être avalés sans sommation et s’étaient dérobés à son regard ! Normal, faire attention aux yeux ! Toujours faire attention ! Oui, il doit en parler au docteur. Lui dire que les bonbons ont disparu ! Qu’il ne les a plus rencontrés depuis une semaine. Et puis que depuis une semaine, le monde est flou ! Tout cela le rend bien triste…

 

L’ami arrive. Une portière s’ouvre. Comme d’habitude.

 

Alors par habitude, il entre docilement et ferme la portière. Par habitude, il se tait et surtout, très important, il ferme les yeux : toujours faire attention aux yeux. Toujours...

17:47 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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