21 mai 2015

Conflit intérieur

conflit, processus PNL, intégration des parties

Strings by Maria Janosko

 

Ce texte est  écrit pour un défi littéraire. La contrainte était de commencer par la phrase "Chut, ne dis plus rien ! et de terminer par "Laisse-moi partir maintenant".

a titre expérimental, je me suis également amusée à incorporer un processus PNL appelé "L'intégration des parties en conflit" bien entendu adapté pour ce texte.

Je vous en souhaite bonne lecture !

 

 

- « Chut, ne dis plus rien ! Écoute-moi plutôt ! Regarde : voici le protocole. C’est assez simple en fait. Il suffit de suivre les différentes étapes et… de prendre son temps. Ce n’est pas si difficile quand même !

- Tu crois que cela va réussir ?

- De toute façon, tu n’as rien à perdre ! Si ? Bien au contraire ! Ça ira ? Tu veux que je reste ?

- Non, non, vas-y… Je sais bien que tu es trop impliqué émotionnellement et que déontologiquement, tu ne peux m’accompagner dans ce chemin…

- Oui, c’est vrai… Mais je veux bien faire une exception pour toi, tu sais…

- C’est gentil. Je vais m’y mettre maintenant. Je ne peux plus me permettre de gâcher ainsi ma vie pour… ça… et puis, je me sens prêt… J’ai compris tu sais… Il faut dire que tu m’as bien expliqué aussi…

- Bon. Très bien. Je ne suis pas loin si tu as besoin…

- Oui, je sais… merci…

 

L’autre partit. Il se retrouva seul dans cette pièce qu’il affectionnait particulièrement. Il faut dire que l’ambiance de son bureau était sereine. Probablement en raison du mobilier en bois aux reflets dorés et des grandes fenêtres qui donnaient sur son jardin savamment domestiqué juste assez pour qu’il s’en dégage une touche sauvage.

 

Il consulta la feuille donnée par son ami : suivre à la lettre les instructions. Il soupira. Longuement. Puis, reprit son souffle. C’était instinctif : point de conseils sur la façon de respirer. Il se planta devant le miroir et y rencontra son regard. L’homme en face de lui n’était pas à l’aise ! Du tout. Il l’abandonna.

 

Il s'empara de deux chaises et les mit face à face. Il s’assit sur une des deux. Attendit. Ses mains tremblaient. Une grosse boule dans la gorge bloquait les mots espérés. Il se leva et passa la main dans les cheveux : c’était plus difficile qu’il ne pensait ! Sans compter que le temps passait inexorablement ! Aussi avait-il intérêt à réussir au risque de la perdre, elle. Elle avait assez attendu. Il devait se bouger ! Le temps était venu de passer à l’action ! Fini la lâcheté ! Il sentit la colère le gagner mais la refoula immédiatement : ce n’était pas la solution ! Il décida de prendre les choses en main : il avisa sur son bureau, un bloc-notes. Pourquoi pas ?

 

Il s’assit à son bureau, prit son stylo préféré et attendit. Il devait puiser en lui ses propres ressources. Son ami lui avait expliqué : ce n’était pas difficile, juste une manière de plonger en soi : c’était « simplement complexe » ! Cette idée le fit sourire : son ami avait l’art de s’exprimer de façon ambigüe et seule, l’amitié lui permettait d’en comprendre les subtilités !

 

Il se centra et décida de mettre ses réflexions par écrit. Les mots ne vinrent pas tout de suite. Il dut s’y reprendre de nombreuses fois :

 

"Aujourd’hui, je prends une décision. Je décide. Je n’accepte plus d’avoir un comportement d’évitement dans une certaine situation. Je ne suis pas ce comportement ! Je veux être libre partir. Je veux la rejoindre. Je veux vivre avec elle. Là-bas. Je m’y autorise.

Je remercie la partie en moi qui veut me protéger. En existant, elle me donne un sentiment de sécurité… Je la remercie d’exister et lui reconnait son intention positive. Elle a agi pour le mieux. Aujourd’hui, cela ne me convient plus. Par contre, j’ai encore besoin de sécurité. Comment agir et me sentir en sécurité ? J’ai besoin d’aventure, j’ai besoin d’oser. De bouger. Je veux me sentir en paix. Je ne veux plus me sentir en conflit. Cela me fait trop mal. Je veux vivre."

 

Il inspira. Souffla. Il lui semblait que quelque chose en lui s’était ouvert. La sensation n’était pas vraiment agréable : était-ce bon signe ? Il devait continuer.

 

Il était temps de passer à l’étape suivante. Il s’installa sur une des deux chaises, pieds l’un à côté de l’autre, dos droit. Il regarda sa lettre. Il n’avait plus besoin de ses notes : les idées étaient claires, nettes, précises. Il la déposa par terre. Il respira profondément. Il aurait bien aimé que les battements de son cœur se modèrent. Il comprit qu’en réalité, il avait peur ! C’était idiot ! Rien ne pouvait lui arriver. Enfin, si. Un peu…

 

Il se racla la gorge. Qu’il était difficile de prononcer les premiers mots ! Se parler à lui-même à haute voix ne lui avait jamais paru si difficile qu’en ce moment ! Il regarda en face de lui. La chaise était vide. Il se concentra et se lança :

 

- « Je te remercie Petite partie d’être en moi, de m’avoir protégé. Je sais que tu as procédé de la meilleure façon qu’il soit pour me soutenir, m’aider, me mettre en sûreté. Oui, je te remercie.

Aujourd’hui, tu peux être rassurée : je vais bien. Je comprends la raison de ton existence en moi. J’ai encore besoin de sécurité : tu as ton rôle à jouer…. Cependant, il n’est plus nécessaire pour toi de me défendre de cette manière. Tu as ta place et tu es ma partie "Protection" ».

 

Il se leva et prit une troisième chaise qu’il mit à côté de l’inoccupée. Les deux chaises vides étaient côte à côte. Il s’adressa à la deuxième chaise :

 

- « Je te remercie Petite partie en moi de me donner l’envie d’aller de l’avant. D’oser. Tu as ton rôle à jouer et tu vas pouvoir évoluer en moi. Tu as besoin de liberté. Tu as ta place et tu es ma partie "Courage" ».

 

Il reprit son souffle. Attendit quelques minutes, se concentra puis lorsqu’il se sentit prêt, poursuivit d’une voix un peu plus assurée :

 

- « Parties "Protection" et "Courage", vous vivez en moi pour m’aider à évoluer. Il est temps maintenant pour vous d’accepter le changement dans la confiance. Ainsi, je m’engage à respecter vos intentions positives, d’en tenir compte afin de vivre en sérénité ».

 

Il se leva à nouveau et prit une autre chaise qu’il mit à côté des deux autres, face à la sienne. Il ressentit un moment de stress face à cet auditoire inattendu. Il se recentra.

      

- « Bonjour nouvelle partie, je te remercie d’être venue à notre secours ! Oui, nous avons besoin de ton aide : peux-tu rassurer ma partie "Protection" et l’aider lorsqu’elle éprouve des craintes pour moi ? Peux-tu également soutenir ma partie "Courage" à respecter les consignes de sécurité dans ses choix ? Je te remercie de ton aide.

Partie "Protection" acceptes-tu l’aide de cette nouvelle partie ? Partie "Courage" acceptes-tu l’aide de cette nouvelle partie ? ».

 

Il attendit quelques instants. Poussa un long soupire. Il continua : « Je vous remercie toutes d’être là pour moi en moi.».

 

Étrangement, il se sentit soudainement serein. Le protocole n’était pourtant pas encore terminé. Même si les parties en lui acceptaient cette nouvelle organisation, il devait encore poser un acte.

 

Il se leva et se positionna face au miroir. En se regardant dans les yeux, il articula clairement :

- « Aujourd’hui, je m’autorise à prendre l’avion. À rejoindre celle que j’aime. Laisse-moi partir maintenant ».

 

17:35 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

Les commentaires sont fermés.