23 avril 2015

Le grand tourbillon

rire, humour, chaussettes

Photo : Lil Lacey's legwarmers by purllamb : showstopper

 

Elles vivent parmi nous, présentes dans chaque foyer, quasiment dans le monde entier. Elles partagent notre vie à tout moment hormis en été où elles ont tendance à être plus discrètes sauf, peut-être, auprès des sportifs qu’elles adorent particulièrement et quelques autres élus, triés sur le volet. Par contre, la majorité de la population et encore plus les jolies femmes les boudent carrément en période estivale. Ma foi, c’est une occasion pour elles de bénéficier de vacances largement méritées !

 

Aujourd’hui, les êtres humains le reconnaissent : elles vivent un cauchemar ! C’est un fait. Personne ne peut le nier, c’est tellement évident ! Quant à elles, elles ne peuvent, malgré leur envie, accuser les hommes même si ceux-ci ont une lourde part de responsabilité. Il faut savoir qu’elles vivent pour eux ou plutôt grâce à eux. Malheureusement, il est extrêmement difficile de changer les habitudes des humains ! S’ils se rendent compte de l’amplitude de la catastrophe, ils ne trouvent aucune solution. Aucun remède. Ils se contentent de constater. De déplorer. De rager. Des humains dans toute leur splendeur ! Rien ne change dans leur monde, ils mettent trop d’énergie dans la guerre, la haine, l’argent. Mais c’est une autre histoire… Malgré tout, il faut en convenir, cette catastrophe touche à leurs habitudes, mais apparemment pas assez pour qu’ils osent en changer.

 

Elles ont pensé à fuir, mais pour se rendre où ? Chez qui ? Les hommes sont tous les mêmes. On ne peut pas dire qu’ils sont très délicats. Trop souvent, elles sont encore rejetées, usées jusqu’à la corde après de loyaux services et puis définitivement oubliées. Au profit des nouvelles. Belles, fraîches, douces. Naturellement.

 

Leur vie est courte. Elles le savent toutes. En réalité, ce n’est pas ça le problème. Elles sont préparées à leur fin inéluctable. Leur mission de vie est de mourir comme elles sont nées : à deux. C’est comme ça : elles vivent dès leur naissance en couple. Jamais l’une sans l’autre. Toujours au diapason. Vivant à quelques secondes de décalage. Dans les pas l’une de l’autre. Un couple uni. Le bonheur de vivre à deux. D’être deux.

 

Ensuite, leur objectif est de plaire à ces humains ingrats. Elles se plient à leurs volontés, à leurs caprices et… elles en voient de toutes les couleurs ! Elles agissent selon leur mode à eux, obéissantes.

 

Et puis les humains ont inventé la machine. La machine ! Oui, c’est vrai : cela leur procure un plaisir fou ! Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a quand même de gros risques... Parfois, le couple est désuni : elles se retrouvent avec une nouvelle compagne. Cela entraîne parfois des grincements de dents et à d’autres moments des éclats de rire. Certaines, paraît-il, sont restées rouges de honte ! La consigne est pourtant claire : elles doivent rester deux par deux. Question de sécurité. Et de bon sens.

 

Au départ, elles se serrent l’une contre l’autre, avec la peur au ventre de se perdre. Parfois, l’excitation les noue, mais souvent l’ivresse les emporte loin l’une de l’autre et c’est le moment le plus dangereux : vont-elles se retrouver ? Ressortir ensemble ? On ne sait toujours pas comment cela se passe. Même les humains ne comprennent pas. C’est assurément un sortilège. C’est inévitable. Cela se passe partout, dans tous les foyers sauf ceux qui les nouent très fort. C’est un risque, car sans liberté, elles s’étiolent, perdent leur couleur, leur souplesse et terminent encore plus tôt leur si courte vie.

 

Cela fait débat : une courte vie à deux ou connaître l’ivresse de la liberté au risque de se perdre ? Ou pour mieux se retrouver ? Personne n’a la réponse et c’est tant mieux. Et puis, il y a les rebelles ! Celles qui veulent vivre leur vie et qui pour une raison ou une autre se séparent dès leur naissance. Elles ne voient pas souvent la couleur du ciel, souvent elles finissent leur vie dans un coin poussiéreux. La déchéance. Rares sont celles qui connaissent le grand tourbillon, celui tant attendu et craint. Celui qui donne le tournis et qui enlève l’être aimé, ou parfois offre un nouvel amour… C’est le destin. Personne ne peut le contrer. Pas même les humains.

 

Désormais, c’est une évidence : le taux de divorce des chaussettes ne cesse d’augmenter. Et personne n’y peut rien…

 

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21:48 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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