18 mars 2015

Le dernier message

999 mots. Par un de plus pour écrire votre dernier message avant que la terre n'explose...

 

 

fin, monde, message,

illustration : auteur inconnu

 

Chers autres, À vous,

 

Dans quelques instants, ce monde ne sera plus. Dans l’univers. J’ai la croyance profonde, moi, pauvre créature terrestre d’un meilleur, ailleurs. Ce ne sera plus ici. Ce ne sera plus maintenant. Nous avons inventé les technologies les plus avancées pour reculer la mort, défier notre destin et nous nous sommes battus pour emprisonner le bonheur. Chacun désirait vénérer son dieu. Lui obéir. Pour découvrir le paradis. Aujourd’hui, je sais. Le meilleur est à venir alors que nous allons tous mourir. C’est inéluctable. Nous avons fait de notre mieux et je pense que ce n’est pas assez. Peut-être sommes-nous les enfants de l’Univers. Peut-être n’avons-nous pas assez aimé…

 

Aujourd’hui, dernier jour, dernière heure de vie, je proclame, moi humain de cette terre, avoir désiré le bonheur. Avoir couru, vendu mon âme, pour le trouver. Aujourd’hui, dernier jour, dernière heure de vie, je remercie l’univers pour cette existence qui ne sera bientôt plus. J’aurais voulu. Je promets, oui, je promets, si par un curieux hasard, la conscience me revenait, un jour, une année-lumière après avoir découvert mes mots tracés par ma peur et mon amour d’être, de remplir ma mission d’humain : donner le meilleur de moi-même pour l’Espace. Être focalisé sur l’autre ailleurs que sur moi-même. Et pourtant, je ne renie rien : l’odeur de l’herbe coupée, le sourire d’un enfant, l’éclat du soleil dans l’œil de l’être adoré, le partage d’un bout de pain chaud sorti du four, l’odeur de lavande, le vent de la marée haute, le cri des mouettes, cet arc-en-ciel qui fait perler une larme de joie sauvage, la petite main d’un bambin qui se blottit dans la vôtre, ce plaisir qui dévaste le corps dans un acte d’amour, le premier baiser, le cœur qui bat devant l’être aimé tant attendu, les étoiles dans la voûte d’encre… Et encore, tant et tant de choses que j’aime. Que je vais quitter. La vie intrinsèque de l’être humain que je suis et que bientôt je ne serais plus.

 

Je vous aime vous. Vous qui lisez les derniers mots de l’Homme que j’étais. Que je suis encore et qui d’une minute à l’autre ne sera plus. Si vous avez le pouvoir de me faire renaître, adoptez-moi. Je promets d’être votre petit prince. Si vous ne connaissez son histoire, je vous jure de vous la raconter. C’est juste un renard, un prince et une étoile. Et la vie en raccourci. Je vous la conterai en long et en large. Même que je vous susurrerai le meilleur. Même que vous apprendrez ce qui n’est pas dans les livres, ni dans les pierres, ni dans rien. Sauf dans notre cœur. Ou notre âme. Qui bientôt va s’évaporer vers un autre ailleurs.

 

Je tairai tout ce qui est immonde. Les guerres. Le sang, la poursuite de l’argent et du pouvoir. Ce n’est pas moi. Ce sont des antihumains. Ceux qui ont détruit notre monde. Ceux qui n’acceptent pas la différence. Les extrémistes. Ceux qui ont peur de vivre sans Dieu. Quel qu’il soit. C’est le côté obscur de l’être humain qui permet de mettre en lumière le suprême. Hélas.

 

Moi, aujourd’hui, je crois en vous. Énergie. Un jour, peut-être, si vous le désirez, vous me ramènerez à la vie. Je promets de raconter. Le meilleur de l’Homme. Vous apprendre. Que le bonheur est la chose la plus précieuse au monde. Qu’il se cultive encore et encore. Dans les gestes de tous les jours. Mais qu’il est rare. Qu’il faut en garder une petite parcelle et la nourrir jour après jour. Même que je vous offrirai des graines d’allégresse. Je les sèmerai moi-même une à une. Avec amour et délicatesse. Et j’en prendrai soin. Plus que de ma vie. Même que si vous écoutez mes conseils, vous pourrez en vivre encore et encore. Toujours même. Et un jour, il y en aura partout dans l’univers. Je vous promets. Mais il faudra croire en moi. Comme je crois en vous.

 

Le monde est beau. Tellement beau que l’Homme l’a détruit. C’était pas sa faute. Il était perdu. Le monde est trop grand. Pardonnez : ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Ils avaient peur. Ils voulaient le bonheur et ne savaient pas qu’il fallait le semer avant de le récolter. Mais moi, le dernier survivant, j’ai compris. Je suis là pour racheter la faute du monde entier. Et je pardonne. À moi-même de ne pas avoir vu clair. À ceux que j’aime, et même aux autres. Vous qui me lisez, ayez pitié. Nous ne sommes pas des barbares. Nous sommes des êtres humains. Avec de la bonté, de la douceur, de la curiosité et une forme d’intelligence. Certes probablement pas aussi avancée que vous. Nous voulions toujours plus de technologie, dépasser les limites de la mort, pour encore surpasser l’amour. Et aujourd’hui. Plus rien. Le monde va exploser. Tous se sont battus pour la liberté. Moi, dans mon coin, comprends l’ironie de la situation : nous avions tous raison. Personne n’avait tort. Et pourtant. Nous n’avons jamais autant défendu la liberté depuis que nous sommes prisonniers de nous-mêmes. Pardon. Pardon de n’avoir pas défendu le principe même d’être humain. Pardon d’avoir oublié la tolérance. La différence.

 

Je dois raconter avant de mourir mon secret d’homme : mon dernier souffle viendra dans quelques minutes : le compte à rebours a commencé. Je souhaiterais remercier cette énergie de la terre d’avoir pu transmettre des sentiments. Pensez à pauvres de nous, humains, nous avons agi du mieux que nous avons pu. Ce n’est pas assez. Je sais. Cela peut changer, si l’univers veut de nous. Il faudra juste nous apprendre. J’ai confiance. Nous n’étions pas loin. Pas loin de vous. Je ne vous connais pas. Mais un jour, peut-être me ramènerez-vous à la vie. Dans votre monde. Et je ferai de mon mieux. Parce que malgré tout, j’ai des choses à vous dire. À vous apprendre. De comment s’aimer. Oui de comment s’aimer. Encore et toujours. Parce que c’est la vie

 

 

17:30 Écrit par Rachel Colas dans TEXTES EPHEMERES (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | | | | Pin it! |

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