19.08.2010

Et la dernière restera...

Un jour, un lundi.

Il s’y rendait tous les jours du moins lorsqu’il était en congé. Une semaine sur deux, exactement. La semaine de travail, il y allait le mercredi et le dimanche. La plupart du temps, il lui parlait dès qu’il rentrait, lui racontant sa journée avec mille et un détails… Parfois même, à certains moments, il se raidissait, tendait l’oreille, bouche fermée, hochait la tête et reprenait le fil de la conversation.

Il n’était pas fou. C’était une chose certaine. Il ne parlait pas tout seul ! N’était-elle pas devant lui, tout sourire ? Bien sûr, il devait une fois semaine au moins l’épousseter mais il le faisait toujours avec délicatesse, pour preuve, un plumeau tricolore lui été entièrement et exclusivement consacré !

Aujourd’hui, il avait particulièrement le cœur léger : il était revenu de ses courses et les avaient déposées dans le hall sans prendre le temps de les ranger : ce n’était pas son urgence ! Ainsi, il était reparti illico presto ne gardant dans ses mains qu’un mini rosier dont les boutons s’ouvraient à peine en délicatesse rouge sang. Il avait rendez-vous…

Dans le fond ce n’était pas si différent de leurs conversations à la maison. C’était presque même plus intime. Il n’osait pas parler trop fort de peur que l’on ne l’entende mais d’un autre côté, il lui semblait qu’il était plus proche d’elle. Le reste importait peu.

Elle lui avait dit un jour entre rire et chansonnette : « aime, aime, aimera et la dernière restera ». Elle ne croyait pas si bien dire : elle était la dernière femme qu’il aimerait !

Il ne la vit pas tout de suite trop occupé à disposer au mieux le rosier aux boutons rouges. C’est un éclair vert qui attira son regard. Il ne put d’ailleurs s’en détacher. Une femme inconnue lui tournait le dos. Grande. Presque qu’aussi grande que lui, lui semblait-il. Se tenant terriblement droite : cela devait bien la grandir d’au moins cinq centimètres ! Il faut dire qu’elle portait de beaux escarpins. Verts. Couleur bouteille. D’une hauteur vertigineuse. Elle portait un tailleur jupe et veste du même vert. La jupe dévoilait des mollets fins. Le regard remonta lentement. Presqu’au ralenti. Les fesses paraissaient rondes et les hanches larges, harmonieuses corrigea-t-il en son fort intérieur. Les épaules étroites et une tendre nuque rendue plus fine sous le lourd chignon d’où s’échappaient quelques mèches rebelles. Celles-ci oscillaient entre le blond et le châtain : lui-même n’aurait pu se décider : brune ou blonde ? Mais le plus beau de tout était le petit chapeau à plume vert posé délicatement : il donnait une impression d’irréel. Hors temps. Que faisait donc cette femme en cet endroit ?

Il avait tout dit. Presque rien aujourd’hui. Pour une fois, il était avare de mots. En économie de sentiments. Il était temps pour lui de partir. Pourtant, la femme en vert semblait, elle, bien décidée à rester. Elle ne bougeait pas d’un pouce. On eût dit qu’elle priait. Silencieuse. Du moins, aucun son ne parvenait jusqu’à ses oreilles si ce n’était que le bruit du vent. Tout d’un coup, il frissonna : une phrase de sa mère lui revint à l’esprit : « quelqu’un a marché sur ma tombe ! ». Il écarta cette idée, le lieu n’était pas propice à de telles fadaises ! Il remit en place la jolie plante, histoire de s’occuper les mains et de prolonger encore quelques minutes cet intervalle temps décalé...

Lorsqu’il releva la tête, il vit qu’elle atteignait la grille. Sur ces échasses vertes, elle marchait droit et rapidement. Sans aucune hésitation. Déterminée… A quoi se demanda-t-il ?

 

Le lendemain, mardi,

Même heure. Même endroit. C’était habituel chez lui. Il aimait la routine : cela le rassurait. Le rosier était toujours là. Certains boutons avaient éclos dévoilant leurs pétales rouge velours : il avait bien fait de choisir cette couleur : c’était la couleur de l’amour. De la vie. Il faut avouer que tout était symbolique chez lui. Normal, il n’avait plus que ça. Et Elle, bien évidemment !

Il ne l’attendait pas vraiment mais n’empêche, sa curiosité était titillée. Il y avait longtemps que cela ne lui était plus arrivé. Depuis… longtemps. Il aurait voulu voir son visage. Juste comme ça. Il se disait qu’il aimait bien le vert. Il n’avait pas l’habitude de cette couleur : cela l’intriguait.

Il en avait des choses à raconter ! Tellement qu’il ne savait pas par quoi commencer : il se jeta à l’eau ! Dans son empressement verbal, il ne vit pas la femme au chapeau vert entrer. Elle ne lui prêta aucune attention : elle aussi en avait des choses à raconter ! Elle se posta au même endroit. Discrète et pourtant si imposante dans son attitude fière.

 

La rencontre de leurs regards à tous les deux ressembla à un coup de tonnerre, au passage du mur du son, à l’envol d’un oiseau effrayé, à la fonte des neiges… à tout sauf à ce que l’on puisse imaginer en pareille circonstance ! Elle lui sourit doucement. Il la trouva jolie. Elle le trouva triste et mystérieux. Ils quittèrent presque ensemble les lieux. Elle devant. Lui n’osant la dépasser et appréciant de la détailler tout à loisir sans aucune discrétion. Elle sentait son regard posé sur elle et avait l’impression d’en ressentir la chaleur d’une caresse. Elle ne savait si c’était une chose excitante ou flatteuse ou… terriblement inconvenante. Probablement le tout en même temps. Etrange. Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas ressenti un tel sentiment et pourtant, vu la vie qu’elle menait, elle en connaissait du monde ! Du très bon monde, même ! A cette pensée, elle remit en place une mèche folle, toucha son front, vraiment, elle commençait à se lasser… Elle avait besoin de repos. Dans quelques jours ce serait fini...

Une voiture noire avec chauffeur l’attendait. Il en fut surpris. Il ne s’attendait pas à cela. Il avait pensé peut-être la suivre ou tout du moins voir la direction qu’elle prendrait. Evidement une femme comme cela ne pouvait rien faire comme les autres ! Il soupira. Une envie de rentrer chez lui le saisit tout d’un coup : dans le fond, c’était là qu’il était le plus heureux : avec la dernière femme qu’il aimerait !

Mercredi,

Il avait été loquace, lui avait tout raconté dans le moindre détail : comme Elle l’écoutait ! Il était quasi certain d’avoir vu ses yeux pétiller de malice ! Il en avait été tout ragaillardi. Ce serait bientôt l’heure, quelques minutes encore… Il ne se décidait pas : pour un peu, il serait en retard ! Cela ne lui ressemblait pas, l’espèce d’impatience qui le tenaillait tout en l’incitant à retarder le moment où… Ambigüe cette impatiente domptée pour en jouir davantage ! Incompréhensible ! Il faudrait qu’il lui explique : elle le comprendrait et par la même occasion, il verrait plus clair en lui : c’était toujours comme cela que ça se passait…

Elle n’avait pas voulu être en retard. Elle devait être prête comme à chaque fois. Toujours répéter. Encore et encore. Elle préférait vivre dans la réalité des gens. Jouer devant des ombres ne l’intéressait pas. Et pourtant, elle devait bien en passer par là ! Encore aujourd’hui et tout commencerait ! Quand même quel parcours ! Elle était fière d’elle ! Elle avait tellement galéré ! N’empêche que si Elle, sa précieuse comme elle l’appelait n’avait pas été là, jamais elle n’aurait pu en arriver là… Et pourtant, une petite voix lui disait que même si elle avait pu compter sur elle, sa précieuse, elle était tout de même celle qui avait saisi l’opportunité et avait réussi !  Aujourd’hui encore, elle venait la remercier… Et puis, elle se demandait : reverrait-elle l’inconnu mystérieux ?

Il arriva lorsqu’elle parti. Elle n’était pas restée longtemps. Elle aurait voulu mais aujourd’hui, c’était la première… Pas possible de faire autrement. Lorsqu’elle le croisa, elle eut un petit sourire contrit, lui, s’arrêta et la regarda partir bêtement. Il réalisa après coup, qu’il détestait les grosses voitures noires, surtout lorsqu’elles emportaient loin une jolie blonde…

 

Jeudi,

Il ne resta pas longtemps. Très peu de temps en vérité. Il n’avait pas la tête à parler. Seulement à penser. Il voulait être seul. Pour une fois. Sentiment étrange de mourir et naître en même temps. Entre l’envie de pleurer et l’envie de rire. Entre l’espoir et le désespoir. Balancement entre une trop grande joie et les larmes. Frontière invisible du hier et du demain… Ses pas le menèrent en ville : il faisait bon se promener. Tellement de personnes à ces terrasses de café aux couleurs lumineuses d’été. Il régnait en ville, une douce ambiance euphorique. Il se rendit compte qu’il avait été déconnecté de la réalité depuis un certain moment. Depuis. Il savait exactement la date. C’était comme si une voile s’était déchiré. Il voyait. Bienvenue nouvelle réalité !

Pour fêter cette prise de conscience, il décida de s’offrir un verre de vin. Blanc. Frais. Il avait envie de se sentir vivant, d’être « comme un autre » tout en garantissant sa différence. Il le dégusta. Le savoura. C’est en se rendant au sous-sol, aux toilettes qu’il tomba face à face ! Il n’en crut pas ses yeux !

L’affiche annonçait « Jeudi soir ne manquez pas le nouveau spectacle de Marion Laurette dans  la Femme au chapeau vert »

Ainsi, c’était une actrice de théâtre !  Il comprenait mieux sa tenue. Il n’était pas encore trop tard : avec un peu de chance, il pourrait s’y rendre et assister à la première. En espérant qu’il resterait des fauteuils de libre. Il avait envie de la connaitre un peu plus et puis il y avait tellement longtemps qu’il n’était plus sorti ! Trop longtemps.

 

Le soir, La première, Dans la loge

Voila. La boucle était bouclée. Elle était revenue case départ. C’était aujourd’hui une première pour elle très importante. Elle ne savait pas combien elle avait raison.

 

Le soir, la première, dans la salle, au troisième rang, face à la scène,

Il était excité. Il relisait inlassablement le programme pourtant il le connaissait par cœur et plus particulièrement la mini-biographie de l’actrice principale. Surtout un certain passage  où il était mentionné qu’elle vivait seule à Paris. Se demandant ensuite ce que voulait dire « seule » exactement. Cela excluait-il les prétendants ? Les amoureux ? Les flirts ? Certes non. Il se sentit désappointé. Il ne pouvait non plus empêcher les battements de son cœur s’agiter à une fréquence beaucoup plus rapide que l’ordinaire. Le calme l’envahit au moment où retentirent les trois coups…

L’entrée en scène fut magistrale. Elle avait un talent fou. Les rires fusaient dans la salle mais beaucoup se retenaient pour ne perdre aucune phrase de la comédie. C’était savoureux. Les acteurs furent rappelés de nombreuses fois et ils le firent avec bienveillance, le cœur emplit de joie. La pièce fut un succès et plus encore lorsque l’actrice principale dédia la pièce à sa grand-mère qui l’avait écrite sans savoir qu’un jour sa petite-fille la jouerait avec brio. Il comprit à cet instant à qui elle rendait visite dans le petit cimetière du haut de la ville. Elle aussi parlait à ses morts.

Elle le vit au troisième rang et s’était comme si elle l’avait toujours su qu’il serait là. Une évidence. Elle lui fit porter un carton d’invitation dans sa loge. Il viendrait. Elle en était certaine.

 

Vendredi.

Ils prirent rendez-vous là où ils s’étaient vus la première fois. Elle lui raconta d’abord. Il écouta. Ensuite, il lui présenta celle qui partageait ses journées si vides jusqu’à ce jour. Elle la trouva belle. Ce fut après plusieurs rencontres, plusieurs rendez-vous, qu’elle se décida. Elle demanda simplement en sa présence à lui, à cette femme si belle dans le souvenir, l’autorisation de partager son amour. Il répondit mi riant mi chantant les yeux un peu plus brillants que d’habitude : aime, aime, aimera et la dernière restera…

 

Les jours suivants

Dans un appartement, s’évade d’un transistor une douce mélodie, couverte souvent par un rire franc répondant à un autre pour s’y fondre. Dans le salon, posés sur un guéridon deux beaux cadres. L’un encadre le visage paisible d’une femme aux cheveux blanc, il a rejoint depuis peu l’autre qui abrite une jeune femme au sourire agréable…

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17.04.2010

L'ombre a gagné ? Jusque quand ?

Sur la terrasse, une partie d’ombre. Une partie de lumière aussi. Le soleil est là en ce jour de printemps. Le ciel est bleu clair. Aucune ligne ne le transperce : en cette journée, pas d’avion ne navigue dans le ciel. Un volcan se réveille, le ciel est au silence : on ne gâche pas le réveil d’un dieu des profondeurs de la terre !
L’ombre envahit la moitié de la terrasse. De l’autre côté, soleil.
Je choisis en bonne cause, le soleil. C’est si rare ! Du moins, chez nous. Je me dis que dans le fond, c’est la même chose pour les être humains.
Imaginons : j’ai devant moi, cette terrasse. D’un côté baignée par le soleil, de l’autre côté, envahie par l’ombre glaciale. Que choisiriez-vous si l’on vous disait que c’est la dernière fois que vous pouvez mettre les pieds dehors ? La toute et dernière fois. Ensuite, vous ne pourrez jamais, jamais plus sortir de chez vous. De quel côté, iriez-vous ?

L’ombre ? Ou la lumière ?
Maintenant, cette terrasse vous la partagez. Avec des êtres chers. Enfin, ils vous sont chers mais le temps de partage de la terrasse n’est pas aux mêmes heures : chacun à sa vie après tout… et puis, tout ne va pas pour le mieux… On ne se côtoie pas, cela évite d’avoir des divergences d’opinions douloureuses… Chacun a raison. Ses raisons. Et tout le monde a raison. C’est cela qui est triste. Chacun a la perception de sa propre vie selon ses expériences. C’est humain. Et, donc, oui, cette terrasse est partagée et bien délimitée. A chacun sa vie, son quotidien. Un peu comme si l’on aimait en secret. Ce n’est pas facile de dire « je t’aime », il est tellement plus facile de dire des choses blessantes. Pour se protéger ? Mais de quoi ? De l’amour ? Encore une fois, la vie est faite de notre réalité, notre vision…
Vous venez d’apprendre que l’un des êtres chers, vous savez celui qui vient que lorsqu’il sait que vous n’êtes pas là ? Va s’y rendre pour la toute dernière fois de sa vie ? Vous savez tout. Il sait que vous savez. D’ailleurs, vous savez qu’il ne veut pas de vous. Les choses sont claires. Mais le sont-elles vraiment ? L’indifférence devra rester l’indifférence : pas de pitié pour les derniers exploreurs de terrasse ! Vous apprenez que la part d’ombre a été choisie. Pour la dernière fois.

Vous, vous aviez l’intention d’y aller. Dans la part de lumière, vous réchauffer d’un amour. Vrai. Nature. Sans passé. Surtout sans passé. Et vous voilà déçu.

La part d’ombre a gagné.
Alors…Que faire ?

lumiere

03.04.2010

Loin des yeux

Adèle ne sait plus ou elle en est. C’est assez habituel. C’est une torturée. Une qui veut toujours plus. Une insatisfaite. Une femme d’une autre vie. Elle, tout simplement.
A sa décharge, il est vrai qu’elle a été assez secouée : son amour ne pourra jamais la voir. De ses prunelles. Lui reste ses autres sens. Et pourquoi pas une sixième ? Ils sont paraît-il hyper développés… Envie de découverte…
Elle doit se faire à cette idée. Elle aime. Maintenant. Aimera-t-elle encore demain ?
Elle n’a plus guetté derrière sa fenêtre depuis une bonne semaine. Lorsqu’elle a repris sa surveillance, elle n’a découvert qu’ombres. Il a disparu. Point de lumière, point de visite. Le vide.


Elle n’a compris que quelques jours plus tard en se rendant à l’épicerie :
— vous avez appris ? Le petit jeune – celui qui a perdu ses yeux – vous savez ? L’aveugle ? Il est parti… son appartement est vide… Il parait que ce sera un  jeune couple. Des très jeunes. Pas loin des seize ans ! Une honte, moi, je vous le dis ! Le monde ne tourne plus rond ma bonne dame…

Elle a enduré la conversation unilatérale de la caissière, bon gré mal gré. Sans mot. Elle n’en avait pas la force.
Voilà. Fantasmes a oublier. N’empêche, cela ne devait pas être difficile de retrouver sa piste ? Il devait bien existe des associations dont il devait obligatoirement faire partie ? Comment connaître ce monde ?
Et tout d’un coup, une citation venue de nulle part, lui vient à l’esprit : « loin des yeux, loin du cœur ».

Est-ce vrai ?

amour aveugle

18.03.2010

Perles et Porte-jarretelles

Adèle se tenait devant sa psyché. Langoureusement.

Depuis plus d'une heure, elle se pavanait, offrant à son regard émerveillé une silhouette élancée aux formes rondes et harmonieuses. Adèle était amoureuse. Elle aimait. Elle était heureuse. Tout simplement.

Elle s'admirait non pas avec ses yeux mais avec les yeux de celui qu'elle aimait en secret. L'aimerait-il ainsi ? Le contraire ne se pouvait pas : tous les hommes sans exception aimaient voir les femmes dans cette tenue. La vendeuse du magasin « Madame de Pompadour » le lui avait confirmé avec une mine concupiscente. Du coup, elle avait acheté le string en soie blanche bordé de perles et le porte-jarretelles à lacer dans le dos. Les deux extrémités du nœud flottaient sur ses deux fesses rebondies : elle trouvait cela excitant imaginant les doigts de son amant s'emparer de ceux-ci pour  délicatement la déballer comme un précieux objet d'art ou encore, comme un présent tellement attendu que le fait de prendre son temps anticipait et amplifiait la joie de la découverte ultime. Il lui faudrait aussi enlever ses bas transparents brillants ornés d'une large bande de dentelles et de perles blanches ainsi que son soutien-gorge : il était tout simple et pourtant du plus bel effet grâce aux reflets irisés des perles : sa peau paraissait plus blanche. Ses seins lourds emprisonnés malgré eux dans une cage de satin criaient et appelaient la caresse : on eût dit qu'ils étaient prêts à bondir de leur cachette : nul doute que leurs pointes ressortiraient fièrement dressées attendant avec impatience d'être dégustées, mordillées ou simplement effleurées... A cette pensée, elle saisit vivement la fine houppette de duvet rose posée sur le tabouret - tabouret sur lequel, elle s'était exercée à prendre des pauses à la Marlène Dietrich - et la promena une dernière fois sur son décolleté. Elle avait saupoudré son corps d'une sorte de poudre de riz. Aphrodisiaque lui avait-on dit. D'ailleurs, elle avait tressailli plusieurs fois : ses baisers sur sa peau seraient-ils aussi doux ? Impatiente de découvrir ! Sa tenue était complétée par un large ras-de-cou en satin blanc orné des mêmes perles que sa tenue affriolante. Cela lui donnait un air prometteur. Elle n'avait pas osé prendre la cravache. Aurait bien voulu. La prochaine fois peut-être ? Par contre, elle avait acheté sans hésiter les bottines blanches à petits talons : il lui semblait que cela l'amincissait. Au final, elle se trouvait... affriolante. Piquante, même. Elle aurait voulu qu'il ouvre la porte et reste béat devant ses charmes. Pas trop longtemps tout de même : juste assez pour lui laisser le temps de faire un tour sur elle-même afin qu'il admire sa cambrure, sa chute des reins et son joli postérieur en attente de caresses ou de fessées selon son humeur. A lui. A elle. Elle terminerait par un regard à la fois timide et prometteur : n'avait-elle pas essayé pendant plus d'une heure, différentes attitudes ? Tantôt lascive, tantôt faussement prude. Maintenant, elle était prête. En attente de lui. Totalement.

Chaque jour depuis plus d'une dizaine de jours, elle le voyait. Il était nouveau dans le quartier. Personne ne savait d'où il venait. Cela n'avait pour l'instant pas d'importance. Parfois, une femme venait lui rendre visite : probablement sa mère ou sa sœur peut-être. Difficile de juger. Pas sa femme : il l'embrassait sur la joue. Du moins, la seule fois où elle l'avait vu ouvrir la porte. Les autres jours, toujours en début de soirée, il était debout devant la fenêtre comme s'il observait le ciel. Elle avait compris que c'était elle qu'il regardait. Son visage était tendu vers elle. Tous les jours à la même heure. Sans jamais faillir. C'est le troisième jour qu'elle avait compris : pour elle ! Pourquoi ou pour qui d'autre serait-il là ? D'ailleurs, il était bientôt l'heure... Elle avait tout prévu : elle laisserait les tentures ouvertes et allumerait sa lampe de chevet. Elle passerait comme si de rien n'était devant la fenêtre. Peut-être, ferait-elle semblant de s'apprêter comme si elle sortait ? L'air de rien. Espérant qu'il la découvrirait Femme et non pas uniquement « voisine d'en face ».

Il y avait quelques jours, elle s'était prise au jeu, lui avait fait signe de la main. Il n'avait pas répondu se contentant pourtant de fixer sa fenêtre, le visage tendu vers elle. Son appartement à elle était un étage et demi plus haut, du coup, elle avait vue plongeante chez lui du moins lorsqu'il allumait son plafonnier. Par contre, elle devait vraiment être proche de la fenêtre pour qu'il puisse la voir complètement : elle se félicitait d'ailleurs d'avoir mis cette année une double porte-fenêtre. Pour le bruit. Pour la lumière. Pour la chaleur. Et maintenant, pour lui...

Elle aurait voulu que les deux bâtiments qui se faisaient face soient plus rapprochés, au moins, elle aurait pu distinguer ses traits. Elle n'aurait pu le décrire si on lui demandait. Il avait une attitude que nul autre n'avait. Il était grand. C'était certain. Les cheveux sombres. Cela lui plaisait. Le visage parfois penché comme s'il écoutait. Elle aurait voulu connaître la couleur de ses yeux : les imaginait verts. Tantôt marrons. Parfois, lorsque le soleil visitait son appartement, il mettait des lunettes de soleil. Sport, lui semblait-il. Que ne faisait-il pas pour mieux la voir !

Il était 17h30 : Il allait bientôt venir devant sa fenêtre. Elle attendit. Quelques minutes. Puis, plusieurs. Longues. Trop longues. Espérant à chaque fois. Tressaillant lorsqu'il lui semblait voir la tenture bouger. A force d'observer, elle faillit ne pas voir la porte d'entrée s'ouvrir. C'était lui. Certainement. Jusqu'à présent, elle n'avait pas eu la chance de le croiser dans le quartier pourtant ce n'était pas faute de visiter tous les supermarchés du coin, les deux boulangeries et la librairie, elle qui ne lisait pas le journal !

Enfin, elle le vit. Lui. Et sa canne blanche.

Il ne l'avait jamais vue. Ne la verrait jamais.

 Quant bien même, elle voulait le découvrir, le connaître, l'émerveiller... Un jour, oui, il la caresserait. Elle se le promettait...

sexy

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07.03.2010

La cage

Tout était à sa place. Depuis des jours, des semaines, des mois, des années. Rien ne changeait. Jamais. Elle le savait bien, elle qui venait si souvent LA voir. La cage aux oiseaux restait toujours à la même place même si Fifi, le canari s’était endormi vers d’autres cieux depuis belle lurette. ELLE avait gardé la cage par nostalgie. D’ailleurs, la preuve, c’était que la poussière semblait de plus en plus grise aux contours de la cage. Elle avait beau l’essuyer chaque mois, c’était la même chose : elle revenait. La poussière. Elle aussi. Chaque premier samedi du mois. C’était sacré. Elle aurait voulu venir plus souvent mais le temps passait si vite ! Son travail, sa famille : toujours courir... Elle referma la porte, doucement, presque honteusement laissant l’Autre à sa solitude. Se saisit de son portable, comme à une bouée de secours : rejoindre le monde, la vitesse, le bruit. Là, à l’intérieur, tout semblait arrêté… Un autre monde.
A peine la porte fermée qu’à l’intérieur tout dansa…  Des cages emplies d’oiseaux, des fleurs et des couleurs, Elle était émerveillée : elle était heureuse : une pincée d’amour chaque mois. Cela lui suffisait. Elle la dégustait à petite dose. Comme, elle avait de la chance !

 

La cage

Photo de Gianni Candido - Texte Rachel Colas

http://projetreflections.skynetblogs.be

 

25.02.2010

Métaphore : la tribu des pieds sur terre et la tribu des têtes en l'air !

Il y a très, très, longtemps, dans une contrée étrange, vivait la tribu des pieds sur terre. Celle-ci était organisée pour le meilleur fonctionnement du groupe. Chacun y avait sa place définie et elle était unique. Tout y avait été pensé avec une logique implacable et tous s’y soumettait. Avec joie. « Tout était donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » (*) 

 

A des kilomètres de là, vivait la tribu des têtes en l’air. Bien évidemment, les deux tribus ne se connaissaient pas et n’avaient pas la moindre idée de l’existence de l’autre. C’était d’ailleurs sans importance. Tout y était harmonieux, personne n’avait sa place définie mais tous avait un rôle : celui-ci changeait chaque jour : sans loi et en toute légitimité ! Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 Un jour, un des membres de la tribu des pieds sur terre – il s’appelait Étru - décida d’aller voir plus loin : Il lui semblait logique d’agrandir le territoire et il comptait mener sa tâche à bien. Pour lui, l’heure était venue. C’était imparable.

Le même jour, un des membres de la tribu des têtes en l’air, Mayne, vit l’aurore se parer de rose, rouge et orange. C’était tellement beau qu’il lui fallait voir cette beauté de près. Sans réfléchir, poussée par son instinct, elle quitta la tribu…

Ce qui devait arriver, arriva. La rencontre de deux êtres différents et pourtant tellement complémentaires.  Une nouvelle ère commença : Étru et Mayne furent les ancêtres d’une nouvelle tribu que nous connaissons pour en faire partie, nous autres, les êtres humains…

 

Note : Métaphore sur la pensée logique et la pensée intuitive ou... au choix du lecteur selon son ressenti...

 

 

 (*) Philosophie du Docteur Pangloss, le mentor de « Candide » de Voltaire.

 

24.11.2009

Award 2009 Blogger

award

A mon tour d’être taguée ! Merci à Clara du blog http://fibromaman.skynetblogs.be et de vous dire 7 choses que j’aime particulièrement !

 

On commence ?

 

J’aime les bulles de Champagne. Du rosé de préférence. Mais aussi, et cela je ne le bois que lorsque je suis à Paris, de la bière blanche avec du Picon et une rondelle de citron. Très importante la rondelle ! En Belgique, c’est plutôt le traditionnel Picon vin blanc (et un peu de grenadine ou mieux encore du cassis).

 

J’aime beaucoup lorsque je me rends à mon travail tôt le matin voir les couleurs changeantes de la Meuse : du gris au vert avec parfois un léger brouillard à sa surface. Cela donne une impression un peu mystique d’un temps hors temps. C’est… magnifique ! Un cadeau du ciel qui ne peut laisser indifférent en tout cas, pas moi !

 

J’adore mon chat. Noir. Je le retrouve très souvent sur mes carnets d’écriture ou encore sur mon clavier. C’est un chat savant ! Hier, il dormait dans un sac de papier. Et pourtant, on m’a toujours appris qu’il ne fallait pas acheter un chat dans un sac ! Comme quoi !

 

J’aime capter, à l’improviste, un sourire qu’il me soit destiné, que je donne ou encore que j’intercepte. Le regard entre deux personnes - qu’elles soient du même sexe ou non - est une rencontre inédite pleine de mystère… J’aime beaucoup me demander qu’elle est la raison de l’une ou l’autre rencontre. L’incidence que cela pourrait avoir dans ma vie ou celle de l’autre. Une parole, un mot, un partage… tant de choses qui ont une importance sans l’être peut-être vraiment dans l’instant présent… mais plus tard ? Qu’en sera-t-il ?

 

J’adore les coïncidences. Les miennes, celles de mes amis ou celles que j’entends à la TV ou à la radio. La dernière en date ? J’ai appris par hasard que mon livre « Cinq minutes de retard… » avait été libéré (voir www.bookcrossing.com), j’ai tout de suite imaginé : la personne qui aura trouvé le livre l’aura probablement lu (sinon pourquoi le prendre ?), quelle réaction cette personne a-t-elle eu lorsqu’elle est arrivée à la nouvelle où je parle d’un homme qui trouve – par hasard – un livre sur un banc, livre qui va changer sa vie de tout au tout ? Et si mon livre avait changé – un peu - sa vie ? C’est-elle arrêtée en se disant : « c’est ce que je suis en train de vivre ? » Mon imagination a vagabondé un long moment…

 

 

J’adore les crustacés, les huitres. Un petit plaisir qui me fait savourer l’instant présent : les papilles exacerbées…

 

 

J’ai une passion pour les bibliothèques. Je rêve d’en avoir une … dans une pièce ronde. Immense. Voir ce lien : http://www.lefigaro.fr/photos/2009/05/07/01013-20090507DI...

 

 

Et voilà ! A mon tour, je passe la main à Marco : j’adore son humour : http://marco.skynetblogs.be/ et à Mamyni pour ses photos : http://mamyni.skynetblogs.be

 

 

12:42 Écrit par Rachel Colas Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : award |  Facebook

15.10.2009

L'exemple, c'est nous : VIDEO n°2

Le pouvoir des mots : gifle ou caresse. Quel est votre choix ?


L'exemple : c'est nous ! VIDEO

Nos enfants sont ce que nous leur transmettons, ils se développent en fonction de ce qu'ils reçoivent de leurs parents ainsi que de l'environnement social dans lequel ils baignent. Mais quel exemple leur donne-t-on ?

exemple

 


30.09.2009

La métaphore du Pied et de la Godasse

Sur une longue route. Une vieille godasse. Banale. Celle de n'importe qui. Peut-être, la vôtre. Peut-être la mienne. Qu'importe. Une de ses chaussures que l'on n'a pas le cœur de jeter : on s'y sent trop bien. Normal : l'habitude. Elle a déjà fait un long parcours. Une godasse sur une route. Avec un pied à l'intérieur. Quelqu'un. Vous ou moi. Sans importance. Pour l'instant. Ce pied ressent une douleur. Une souffrance à chaque pas. Faible. Supportable mais néanmoins douleur. Dans la chaussure, un minuscule caillou. Presque invisible à l'œil nu tant il est minuscule. Un dilemme se pose : Arrêter ou avancer ? Faire ou ne pas faire ? Il n'est pas de bon ton de se déchausser. Paraît-il. C'est ce que l'on dit. Faut-il le croire ? Malgré tout, le pied s'arrête. Une main vient à la rescousse : le pied est libéré. Il respire. Le caillou est retiré et jeté. On n'en parlera plus. De la chaussure non plus. Elle restera là. La liberté est choisie. Le pied nu se pose craintif sur la route chaude. C'est surprenant : le pied n'est pas habitué à sentir la rugosité de quoique ce soit, encore moins de cette nouvelle et inconnue route. Il faut avouer : cela fait un peu mal. Et, pourtant, au fur et à mesure des pas, même les plus petits, la peau sensible se durcit. Doucement. Un pas après l'autre. Il est de plus en plus facile d'avancer. Les pas se font plus souples. Plus assurés. Du coup, on peut regarder autre chose que ses pieds. On découvre le chemin. On le découvre beau. On ne s'y attendait pas : la route est belle. La route est facile. L'arrivée sera grandiose. Dans une foulée légère.
Même si, parfois, les premiers pas sont difficiles, enlevons nos peurs pour allez droit devant. La tête haute et le cœur enflammé...

Ecrit en préparation de mon nouveau livre sur le changement avec P. Merlevede.

27.08.2009

La moralité dans l'immoralité...

Il était une fois, un homme terriblement intelligent et cultivé. Puissant, même. On en parlait presque à tous les JT.

Et pourtant, un jour, qu’il était sur Internet, il oublia de se déconnecter. De son mail ULTRA privé. Celui dont personne n’avait connaissance. Oui, Il avait tellement de choses en tête, qu’il oublia l’irréparable ! Il était en ligne. Et, quelqu’un d’autre aussi. Qui attendait. Qu’il écrive quelque chose…  

Cet homme aimait. Aimait une femme qu’il n’aurait jamais dû aimer. Il en avait déjà une. Une officielle. Une qui était la vraie, celle que l’on montre, celle avec qui, on partage un nom. Celle avec qui on parle d’avenir. Celle avec qui on parle de ses joies et de ses bonheurs. De ses inquiétudes. De ses projets d’avenir…

Et, pourtant, cet homme aimait une autre. Aussi. Cela, c’était fait presque par hasard. Elle n’était pas faite pour lui. Lui n’était pas faite pour elle. Tout ce qu’ils connaissaient semblait à l’autre, étranger. Avec malgré tout, un point commun. La même ambition. Mais, était-ce suffisant ?

C’était aussi un drôle d’homme.  Il distribuait l’amour avec parcimonie. Avait trop peur d’en donner de trop, de peur qui lui en manquât. Et surtout, il aimait prendre et prendre tout l’amour qu’on lui donnait. Ma foi, il avait bien raison, cet homme-là. Il faut dire qu’il aimait particulièrement lorsque sa « deuxième » femme lui disait des mots d’amours. Il ressentait alors un sentiment de bien-être. Il était heureux. Tellement heureux, qu’il en oubliait lui-même de donner quelques fragments d’amour. Etait-elle jolie ? Elle n’en savait rien : il ne lui avait jamais dit. Pensait-il à elle ? « parfois » était déjà bien.

C’était peut-être parce qu’il avait peur que l’on ne vole son cœur ? D’ailleurs, celui-ci était bien enfermé. Nul ne pouvait y avoir accès sous peine que sa vie ne vole en éclat. Il avait donc décidé, en accord, avec l’aimante et l’amante, qui dans le fond, n’était qu’une et seule personne, soit la « non officielle » de comptabiliser l’amour. Goutte à goutte. A une certain rythme. Il valait mieux ne pas dire de mots d’amour. C’était trop risqué. Risque de quoi, l’amoureuse se demandait bien ? Pouvait-on mourir d’amour ? Certaines personnes, oui. Cependant, la drôlesse, celle qui avait accepté d’être une mesure d’amour, avait elle aussi son code de conduite : si elle se laissait aller dans ses sentiments, il n’était pas certain que l’on ne pouvait avoir aucune prise sur elle. Indépendante, elle se voulait. Qui de trop aimer, n’aimait pas assez...

 On ne sait pas comment l’histoire se finira. D’ailleurs, se finira-t-elle ? La drôlesse pensait que non. L’homme amoureux pensait que non. Dans le fond, rien ne changeait.

 La morale dans cette histoire ? Aimer. Encore et toujours. Ne faites pas de restriction d’amour. Vivez que diable ! Et sans peur, s’il vous plait !

coeur brisé

20.08.2009

Photo d'un lecteur...

Ci-dessous, l'imagination photographique d'un lecteur suisse de "Cinq minutes de retard...". Merci !

photo Nonni David

11.08.2009

Dans METRO

Article paru dans "Métro" de ce jour.

Cinq petites minutes
pour chambouler une vie

Pour ceux qui n’ont pas envie de s’embarquer dans un roman et préfèrent des histoires courtes à picorer entre un petit plongeon dans la mer et une partie de pétanque sur la plage, ce recueil de nouvelles est peut-être une idée. On y retrouve une vingtaine de petites histoires. De qualité inégale, elles tournent pratiquement toutes autour d’un thème commun: ces cinq petites minutes de retard qui peuvent chambouler une vie. «Cinq minutes de retard», c’est d’ailleurs le titre du livre et d’une de ses nouvelles. L’occasion pour Rachel colas, une auteure belge, de se demander pourquoi on attend parfois si longtemps avant de se décider. Une autre nouvelle intitulée «Un jour de chance» tente, elle, de démontrer que derrière ce qui peut sembler de prime abord un coup du sort se cache parfois la chance de notre vie. Destin, coïncidences, libre arbitre se succèdent donc au fil des pages et de ces petites histoires psychologiques vite lues mais aussi sans doute vite oubliées. (cd)

«5 minutes de retard», de Rachel Colas, éditions du Dauphin, pages, 14 €

Source  : www.metrotime.be

30.07.2009

Les états d'âme d'Adèle : Les portes

Elle avait fait un drôle de rêve. Elle s’en souvenait comme si c’était quelque chose qui lui était vraiment arrivé ! Mais avait-elle réellement rêvé ? Qu’est-ce qui lui prouvait cette thèse ?

Peut-être avait-elle réellement vécu cet étrange épisode ? Et qui sait, peut-être dans une autre vie ? C’était tellement réel !

Elle se souvenait d’un long couloir. Avec des portes. Beaucoup de portes. Il n’y avait que ça en fait : des portes. Encore et encore. Elle avait essayé d’en ouvrir une. Et puis une autre et encore une, encore et encore. Que des portes. Fermées. A tout jamais. Peut-être. Elle n’en savait rien en fait. Allaient-elles un jour s’ouvrir ? Et que se passerait-il une fois la porte ouverte ? Lumière ou ombre ? Non, vraiment, il fallait qu’elle se plonge à nouveau dans ce rêve pour en connaître la suite. Ce soir, peut-être ?

10.07.2009

Guillaume Musso et moi : dos à dos !

Quel est le point commun entre Guillaume Musso, moi et le bonheur ?
La réponse se trouve dans le Hors-série du Magazine Le Point de Juillet-Août sur la philosophie du Bonheur, une quête éternelle !

Le point Hors série Le bonheur

07.07.2009

PSYCHOLOGIES...

Une bonne nouvelle : mon livre "Vivre ses émotions" coécrit avec P. Merlevede, paru aux Editions du Dauphin est le livre du mois du Magazine PSYCHOLOGIES n° 287 de Juillet-Aout 2009.
Voici l'intitulé :

"Installé à Eeklo, le coach et praticien en PNL belge Patrick Merlevede a développé sa propre méthode, le « Quotient émotionnel », qu’il expose dans ce guide pratique, coécrit avec Rachel Colas. Dans la profusion des ouvrages consacrés à l’intelligence émotionnelle et la gestion des émotions, celui-ci se caractérise par son pragmatisme, qui s’appuie sur une solide expérience professionnelle. Ici, pas d’affirmations péremptoires, mais des conseils et des pistes à expérimenter par soi-même, et des exemples concrets soutenus par un apport théorique qui ne noie pas le discours. Une approche sensible et facile d’accès."

Prix : 15 €

                    

 

06.07.2009

Les états d'âme d'Adèle : Perplexité...

Les états d’âmes d’Adèle : perplexité…

 

 

Adèle était perplexe. C’était peu dire ! Elle venait de lire l’histoire de Laurence et de Nicolas(*). C’était bien beau tout ça mais que se passerait-il lorsque Laurette reviendrait ? Parce qu’elle allait revenir n’est-ce pas ? Elle n’allait quand même pas rater le mariage de sa sœur ! Et Nicolas ? Allait-il inviter François ? Serait-il son témoin en mémoire de leur amitié ? Et comment se faisait-il que Laurence n’ait pas connaissance du prénom de « François »… A moins que Laurette ait tenu le prénom de « Gentleman » au fond de son cœur ? A moins que François n’ait donné un autre prénom ? Etait-ce pour cette raison qu’il avait transmis à Nicolas le mot de passe de sa messagerie instantanée ? Non vraiment, elle avait vraiment envie de savoir… Quand la réalité se mélange avec la fiction…

(*) A (re)lire "Impardonnables", l'histoire de Laurence et de Nicolas

24.06.2009

Impardonnables... (nouvelle)

Laurence,

Elle était seule dans son lit, fixant de ses grands yeux, le lustre. Elle le devinait plus qu’elle ne le voyait. Il faisait bien trop sombre avec les volets fermés. Et c’était bien ainsi. Elle espérait mieux voir. En elle. Comme si c’était possible. Allait-elle oser ?

Trop tôt pour y penser. Trop tard, peut-être. Elle chassa d’un coup de tête cette idée et frotta sa joue. Elle s’étonna de la sentir mouillée. Il ne lui semblait pas pleurer. Pourtant, c’était son corps qui parlait. Elle ne savait plus très bien que penser. Espérer. Oser. Dire ou ne pas dire ? Etre ou ne pas être ? Son corps tressauta. Son corps riait. Sans joie, semblait-il. Jamais, elle n’aurait réellement imaginé qu’un jour elle en viendrait à se demander « être ou ne pas être ». Elle vivait donc une situation dramatique ? Vraiment ? En toute conscience, elle se décida à revivre les derniers mois… en laissant de côté ses sentiments… mais l’instant d’après, elle abandonna cette idée somme toute ridicule : c’étaient ses sentiments qui l’avaient amenée à ce point de non-retour. Elle ne pouvait plus aller en arrière. Pire : elle ne le VOULAIT pour rien au monde. Elle devait continuer. Elle serait impardonnable. Mais heureuse. Alors, qu’importe, après tout, les conséquences, personne ne le saurait... Et surtout pas lui. Jamais. Elle se le promettait. Elle s’autorisait encore une fois le film de sa tromperie. Une fois et puis, elle se le jurait : elle oublierait. Effacerait. Parce qu’elle n’avait pas le choix. Parce qu’elle le voulait. Lui. Et pas un autre.

 

Nicolas,

Il était seul dans le noir. Par intermittence, un rayon bleu inondait de son halo, la pièce : son portable était en train de se recharger. Il le laissait toujours allumé au cas où Elle l’appellerait. Elle. Toute sa vie. Il était trop tard pour reculer… Rien de mieux n’était arrivé dans sa vie, d’ailleurs, il en était fier. Quoique. Pas vraiment. Un « je ne sais quoi » le titillait. D’habitude, il arrivait à faire taire sa petite voix. Pourtant, de jours en jours, de semaines en semaines, elle parlait de plus en plus fort. Tant et si bien que parfois, il avait l’impression de ne plus s’entendre… Que devait-il faire ? Abandonner ? La décevoir ? La perdre ? Rien qu’à cette idée, il frissonna… Non, c’était au-dessus de ses forces… Il essaya de se rassurer : ce n’était quand même pas si grave ? Mais, malgré tout, il savait au fond de lui-même qu’il était impardonnable. On ne pouvait prendre un tel engagement en gardant un tel secret… Il ne savait que faire. Que dire. Que penser. Se laisser aller. Ne pas reculer. Aller de l’avant. Pour une fois, il était d’accord avec François. C’était d’ailleurs grâce à lui que… François. Son meilleur ami. Son ex-meilleur ami. Celui dont il n’avait plus voulu l’amitié de peur de LA perdre… La vie était, tout d’un coup, devenue compliquée. Alors que faire ? Avouer ou non ? Lui pardonnerait-elle ?

 

Laurence,

Tout avait commencé un soir de printemps. Cela, elle s’en souvenait. Sa sœur Laurette était excitée comme une puce. Riant et se moquant d’elle. Comme à son habitude. Elle se souvenait parfaitement de son humeur joyeuse en contraste avec la sienne : morose. On aurait dit deux vases communicants, tant la chaleur de l’une refroidissait l’humeur de l’autre. Laurette s’était inscrite sous un pseudonyme sur internet. Et, pas n’importe lequel ! Elle avait utilisé SON pseudo préféré : Laurie pour Laurence ! Elle était dégoûtée ! Elle avait eu l’impression qu’une fois encore, sa sœur lui volait quelque chose ! Laurence. Elle n’aimait pas son prénom préférant celui de sa sœur : Laurette, au moins, c’était original. Elle avait toujours l’impression d’être la copie carbone de sa sœur. En tant que cadette, elle avait parfois l’impression de ne pas exister. On félicitait toujours sa sœur de tout. Il fallait avouer qu’elle avait du tempérament à revendre : toujours dans l’action. Elle était la deuxième. Celle qui poussait toute seule. Celle dont on était content. Sans plus. Et, certainement pas fier comme pour l’autre, sa sœur. Parfois, elle avait honte à le dire, mais en cachette, elle appelait Laurette : « l’autre »… Pour se démarquer, elle avait inventé son pseudo Laurie. Elle avait fait des pieds et des mains pour que tous l’utilisent. Au final, même les parents avaient fini par obtempérer. Laurence. C’était un beau prénom. Certes. Mais, choisi car Laurette était « tellement magnifique » qu’il fallait mettre toutes les chances de côté pour avoir un autre enfant aussi merveilleux ! C’était l’explication du choix de son prénom. Même avant de naître, elle devenait le miroir de sa sœur. Pas un miroir fidèle, plutôt un miroir de foire. Grossissant. Enlaidissant. Déformant… Et ce jour-là, elle l’avait dépouillé de sa seule originalité. Elle avait la haine. Oui, elle se souvenait de cet instant précis. Comment aurait-elle pu l’oublier ?

 

Nicolas,

Il se souvenait de l’excitation de François : son ami avait « ferré » par le biais d’Internet, la première de ses proies. François, n’était pas peu fier : la pêche serait bonne cette année ! Le printemps commençait bien. Lui, par contre, se sentait lasse. Devant le succès de François, il avait l’impression d’être une coquille sans escargot. Vide. Pour un peu, il aurait eu envie de faire pareil. Sauf qu’il n’était pas François. Seulement Nicolas. Et ce n’était pas suffisant. A ses yeux. Ni aux yeux des filles. Surtout des filles. C’était toujours François qui captait les regards, qui repartait certains soirs avec dans la poche de son veston des numéros de portable ou des adresses griffonnées à la hâte... Il aurait pu créer un nouvel annuaire. L’annuaire des cœurs à prendre. Il était dégoûté. Etait-il si transparent ? Malgré sa tendresse à revendre et sa gentillesse ? Voulaient-elles donc se faire écorcher le cœur gratuitement ? Il ne comprenait décidément rien aux femmes. Et elles, rien de lui. C’était bien ça son problème… Oui, il se souvenait de ce jour-là. Encore une fois, il s’était senti misérable. Comment aurait-il pu oublier ?

Laurence,

Laurette était amoureuse. Cela lui allait bien. Mais y avait-il une chose qui ne lui allait pas ? Elle se souvenait d’avoir été jalouse. Terriblement jalouse. Sa soeur aimait. Sa sœur était aimée. Et elle, elle vivotait. Telle une abeille, elle butinait. Elle n’avait pas encore trouvé la fleur rare qui la déciderait à se poser définitivement. Le point positif de son état amoureux était que son aînée était moins présente dans sa vie. Du coup, elle voyait ses amis en toute liberté et elle n’était plus la cible de ses moqueries même si ses amis trouvaient que Laurette possédait un sens de l’humour décapant. Vexant pour elle : elle avait l’impression que même ses amis ne la soutenaient pas. Il était vrai qu’elle n’arrivait pas à se départir d’une certaine réserve et prenait la mouche à chaque fois qu’elle lui faisait une réflexion même anodine… Elle savait pourtant pertinemment bien que Laurette ne taquinait que les personnes qu’elle aimait… mais ce constat ne la consolait pas. Du tout. Sa soeur, hors jeu, elle devenait enfin visible. Elle respirait. Laurette était de plus en plus fourrée dans sa chambre. Sur son ordinateur. Elle, qui d’ordinaire avait le teint couleur pêche avait, à cette époque, un teint laiteux, presque transparent. Son excitation, lorsqu’elle venait de chatter avec son amoureux d’outre mer, lui donnait les joues roses. Elle lui faisait penser à une rose à peine éclose…

 

Nicolas,

C’était l’époque où il se traînait. Il sortait avec Nathalie. Avec Geneviève, aussi. Confondant parfois l’une et l’autre. Même coupe de cheveux, même gabarit, même passion : les fringues. Il aurait dû être comblé. Il ne l’était pas. Il attendait. De trouver l’âme sœur. Il était un peu remonté dans son estime : il était même arrivé à surprendre François : deux femmes en même temps ! Il avait enfin l’impression d’exister. Qu’il était un homme. Quant à son ami, il se disait amoureux de sa petite parisienne, Laurie. Tout en vivant avec Clotilde. Ce qu’il s’était bien gardé de dire à l’une et l’autre…

 

Laurence,

Laurette se fanait. Son teint devenait brouillé. Chaque soir, elle venait se confier : elle l’aimait. Ne pouvait supporter d’attendre la prochaine connexion. Avait l’impression de devenir folle. Voulait le toucher, le sentir. N’en pouvait plus du contact clavier. Elle voulait le voir en chair et en os. Il lui avait envoyé une photo de lui dans un groupe d’amis. Il souriait caché derrière ses lunettes de soleil, sous un chapeau de paille avec un cocktail en main. Elle le trouvait magnifique. Son imagination était fertile : il aurait pu envoyer une photo plus nette. Elle trouvait que le surnom qu’il avait choisi « Gentleman » lui allait à ravir…

C’était l’époque où – elle ne savait plus comment cela s’était produit - chaque soir, elle était impatience de voir Laurette se coucher à moitié sur son lit et lui raconter les dernières nouvelles. Elle avait droit à un « décorticage » de phrase, à l’étude d’une virgule pour savoir si oui ou non il l’aimait… Elle devenait accro à sa vie. Laurette était tellement passionnée que sa jalousie envers son aînée pimentait sa petite vie fadasse : pas la moindre flamme ne réchauffait son cœur. Pourtant, celui-ci faisait un bond lorsque le mot « gentleman » était prononcé devant elle… Elle devenait amoureuse… D’un homme qu’elle ne connaissait pas, qui était aimé par sa sœur et qui probablement l’aimait en retour… Oui, vraiment, il y avait encore quelques mois, elle aurait voulu mourir…

 

Nicolas,

François était coincé. Pour une fois, il n’avait pas assuré sur ce coup-là ! L’idiot ! S’il n’avait pas imprimé toutes leurs conversations en chat, jamais Clotilde n’aurait découvert son amour virtuel ! Il se souvenait parfaitement du soir où il lui avait téléphoné en catastrophe ne sachant que faire. Il avait envie de rompre mais pour une fois, il avait ressenti du remords : la petite s’était fort attachée à lui. Elle parlait même de le rejoindre ! Il avait eu le temps derrière le dos de Clotilde de se connecter, de lui dire qu’il partait en mission, et qu’il n’aurait probablement plus l’occasion de se connecter. Il lui souhaitait bonne chance dans sa vie. Il n’avait pas attendu sa réponse. S’était déconnecté. S’était senti minable. C’est à ce moment-là, il s’en souvenait très bien qu’il avait eu cette terrible idée…

 

Laurence,

Ce soir-là, Laurette était entrée dans sa chambre, blanche comme un linge ! Son Gentleman l’abandonnait. Laurence avait senti le sang se retirer de son visage : son univers s’écroulait ! Elle était restée éveillée toute la nuit entendant au loin les sanglots de sa sœur…

 

Nicolas,

François lui avait donné l’historique de toutes les conversations qu’il avait eues avec Laurie. Il lui avait donné aussi le mot de passe de son compte. Encore aujourd’hui, il ne savait pas pourquoi il les lui avait donnés. Histoire de se racheter ? Pour se déculpabiliser ? Après tout, quelle importance ! Il avait assez de remords en lui pour ajouter ceux de son ex-meilleur ami !

C’est à la lecture de leurs conversations qu’il s’était décidé : il ne pouvait laisser cette jeune femme sans nouvelle. Ce n’était pas correct ! Elle était pleine de sensibilité… Elle était différente. Il lui semblait… qu’il devenait amoureux… d’une femme virtuelle qui aimait son meilleur ami… Que devait-il faire ?

 

Laurence,

Laurette avait tranché. Nous étions restés tous ébahis par sa décision. Elle partait. Seule. Elle ne savait pas quand elle allait revenir. Elle s’en fichait. Elle voulait que sa vie ait un sens. Elle avait décidé de faire partie d’un projet humanitaire. Sa candidature avait été acceptée à l’unanimité. Evidemment. Lui restait que le temps nécessaire pour faire les dernières démarches administratives et médicales… Elle perdait sa sœur. Elle se rappelait s’être traînée des jours sans rien faire. Restant dans sa chambre. Un jour, par curiosité, elle s’était connectée sur l’ordinateur de Laurette. Elle avait été surprise de voir qu’un message de Gentleman attendait dans la boîte de réception. Son cœur s’est presque échappé de sa poitrine tant il battait fort ! « Il ne l’avait pas abandonnée » avait été sa première impression… Pour se rendre compte l’instant d’après, que Laurie n’était pas elle… Enfin, pas sur Internet... Elle ne savait que faire. Et, subitement, elle s’était décidée : elle avait cliqué sur le bouton « répondre »…

 

Laurence et Nicolas,

Nous avons « chatté » encore quelques temps avant de nous décider de nous rencontrer dans la « vraie vie ». Nos regards se sont accrochés pour ne plus se quitter. Il était évident que nous étions faits l’un pour l’autre. Curieusement, nous n’évoquons jamais notre rencontre sur le net. Demain, nous nous unirons pour le meilleur et pour le pire. Pour une nouvelle vie. En toute conscience. Sans regret. Surtout sans regret…

 

 

28.05.2009

Les états d'âme d'Adèle : Accident de chemin

Hier. 17h30’. Route nationale vers Gembloux. Musique dans l’auto. Pas de chauffage. Quelques nuages. Pas trop de trafic. Tout allait bien. Une chose à ne pas manquer : un fleuriste. Ne pas oublier les fleurs. Important. Invitation à souper et pas de fleurs ne fait pas bon ménage… C’est ainsi et cela me plait de le croire.
 
18h. Soudain. Exclamation du conducteur. Freinage. Voiture noire devant. Qui stoppe brutalement. Voiture rouge contre voiture bleue. Chacune part de son côté. Tourbillon bleu. Fumée. Eclairage éteint en bord de route. Poteau. Grand. Gris. Trop Gros. Fort. Une masse.
Jeu d’échiquier. Qui va rester ? Qui va partir…
 
La voiture noire devant nous s’arrête. En plein milieu. Plus de conscience de rien. Accident. Nous faisons de même. Temps suspendu : où sommes nous ? Quelle nationale ? Quel kilomètre. Tout s’embrouille : c’est si important ! Oui, c’est le 112 qu’il faut appeler. Doigts tremblants. Refaire le numéro. Parler d’une voix posée. Et dire… Blessés ou pas blessés ?
 Rien de grave. Epaule abîmée. Choc. Et pourtant la voiture bleue : comment se fait-il qu’elle se trouve DEVANT le poteau ? Comment cela est-il possible ? Devant l’auto, un fossé de verdure de trois mètres. Oui, il a de la chance : épaule déboîtée, vie sauve.
 
Je suis arrivée. Sans fleur. Vies sauves. Je ne compte plus en minutes… Qu’importe cinq minutes de retard… A quelques secondes près… Oui. A quelques secondes près…
 
horloge
 
 
 

18.05.2009

Les états d'âme d'Adèle : regard partagé

3. Regard partagé

Un arrêt dans le temps. C’était déjà ça. A première vue. Mais des arrêts ainsi, non décidemment, ce n’était pas ce qu’il y avait de meilleurs. Adèle sortait de l’hôpital. Elle avait rendue visite à sa sœur. Malgré la réussite de l’opération, les nouvelles n’étaient pas très bonnes…

 

Elle se rappelait encore son regard et la couleur de ses yeux oscillant entre brun et vert. Assez indéfinissable. Avec une pépite dorée dans un des yeux. A côté de l’iris. Elle avait un regard magnifique. Sauf qu’au bout d’un moment, elle n’avait plus rien vu : les siens dans les tons de vert s’étaient noyés. Et la porte de l’ascenseur pour le bloc opératoire s’était refermée doucement…

 

Elle était triste : pourquoi fallait-il découvrir l’amour dans des instants où l’on risquait de perdre l’autre ? Pourtant, il lui semblait avoir fait au mieux. Au meilleur moment. Et maintenant ? Ce moment précieux ? Allait-il changer quelque chose dans leur relation ?

Et puis, elle se dit : si même des choses difficiles devaient être vécues, elle aurait toujours en mémoire ce moment privilégié qui lui dirait que oui, entre elles, il y avait de l’amour. Cela, elle ne l’oublierait pas quand bien même des reproches, des querelles. C’était ainsi, elles ne partageaient pas la même vision de vie mais en dépit de tout, l’amour était là… Et le reste n’avait que peu d’importance. En ce moment.

15.05.2009

Premier interview Sud France Radio sur "Vivre ses émotions"

Interview avec mon co-auteur Patrick Merlevede sur Sud Radio France.
Nous y parlons de notre livre : "Vivre les émotions ou l'intelligence émotionnelle pour tous". Editions du Dauphin (Paris)
Pour écouter, cliquez : ICI (Mp3) ou ICI (lien vers podcast radio)
Bonne écoute,
Podcast, émission Sud Info Midi Le mag, Journée du lundi 11 mai

14.05.2009

Les états d'âmes d'Adèle. Le cauchemar

3. Le cauchemar

Adèle s’était mise au lit trop tard. C’était à chaque fois pareil : toujours aux alentours de minuit et demi. Elle se sentait en pleine forme. Aucune envie de dormir. Trop de choses à faire. Des choses qu’elle aimait. Surtout pour ça. S’il avait fallu repasser le linge, nulle doute qu’elle aurait été se coucher plus tôt. Ce n’était pas moral mais c’était comme ça. Chacun avait sa priorité. Le linge n’en faisait pas vraiment partie sauf quant elle n’avait « plus rien à se mettre »…

Les soirées étaient propices à la créativité. C’était d’ailleurs à ce moment-là que les meilleurs textes avaient été couchés sur le papier. Du moins, c’était son opinion…

 

Elle s’était endormie très vite. A peine la tête posée sur l’oreiller. Son corps était trop fatigué. Son esprit travaillait toujours, tourbillonnait même… Tant et si bien que d’étranges images s’étaient entrelacées dans les fils de ses rêves comme des longues et géantes algues gluantes… Un grand bruit la réveilla en mettant en désordre son cœur : le chien était entré dans la chambre, avait réussi avec ses deux pattes à ouvrir la porte en s’acharnant sur la poignée de porte. Vacarme ! Presque au même moment, un éclat de lumière dans la pièce. Cela lui permit de voir, et le chien et la porte ouverte. Le noir revint aussi vite que la lumière ne l’avait ébloui : une pensée folle et ridicule eut le temps d’imprégner son esprit : il y avait quelqu’un dans la pièce qui l’avait prise en photo !

En plein jour avec des amies, elle aurait trouvé la scène ridiculement risible. Se trouver seule en pleine avec un chien tremblant en dessous du lit, c’était une autre histoire... Terreur. Au loin, grondements : orage.

 

Il ne s’agissait que d’un orage… elle fut presque rassurée. Peu à peu, presque au fond du lit -Car on est mieux protégé au fond du lit et, en fermant les yeux, c'était encore mieux ! Du moins, c'était ce qu’on disait ! – Elle avait envie d’y croire.

Elle s’endormit à nouveau… pour se réveiller des longues minutes plus tard ayant même eu le temps de rêver à nouveau. De cauchemarder, en vérité…Hurlement strident : un nouveau coup de tonnerre avait retentit. Panique. C’était exactement le même roulement de tambours que dans les films d’épouvante : pour un peu, elle était certaine qu’un serial killer montait les escaliers ! Roulée en boule, au fond de son lit, elle sanglotait comme une petite fille terrorisée par le gros orage méchant et bruyant…

 

On n’entendait que le grondement, on ne voyait que des espaces de lumières blancs et violets entre les pans d’obscurité. Le chien était invisible et silencieux : on n’entendait même pas son souffle. Elle finit par s’endormir d’épuisement…

 

Lorsqu’elle se réveilla le lendemain, la première chose fut d’appeler le chien : tout allait bien : il remuait sa queue, comme si de rien n’était… Pas de dégâts dans le jardin, c’était déjà ça…

 

Que lui avait-elle pris de paniquer ainsi ? Elle n’était quand même pas une petite fille ? Elle se moqua d’elle-même… Non, vraiment, avoir peur de l’orage ! Ne lui avait-on pas expliqué que c’était dû à la rencontre de nuages positifs et négatifs ? Du moins, un truc dans ce style ? Purement naturel ? Et puis, c’était beau les orages… Décidément, elle ferait bien de mettre un frein à son imagination ! Quoi que… cela pourrait faire un beau clip ? Elle allait le garder en mémoire pour le prochain scénario qu’elle écrirait…

Tout compte fait, elle avait vécu une merveilleuse nuit, elle qui avait pu vivre d’aussi étranges émotions…

 

 

eclairs rouges

12.05.2009

Les états d'âme d'Adèle : 2. Rien qu'un mail

Adèle était fatiguée. Dure journée. Personne n’était en forme aujourd’hui : les collègues tiraient la patte. Pas beaucoup de rires. Tout le monde semblait endormi. Même le temps. Surtout le temps. Grisâtre. Cela devait être à cause de ça : morosité du temps, morosité du comportement…
 
Elle était contente de rentrer. Retirer surtout ses escarpins : les noirs. Ses préférés. Les nouveaux. Qui lui faisait un beau pied. Stoïque, elle se souvenait avoir traversé le passage piéton de la chaussée le sourire aux lèvres, droite comme un « i », le ventre rentré, avec la meilleure grâce dont elle se savait capable. Mais Dieu, comme elle avait mal au pied ! A peine arrivée dans son auto qu’elle aurait voulu se déchausser ! C’était d’ailleurs ce qu’elle avait fait à peine rentrée chez elle ! Cela faisait du bien le froid du carrelage sur sa plante de pied échauffée ! Un pur bonheur !
 
Comme par habitude, sans même retirer son imper, bien que pieds nus, elle ouvrit son ordinateur. Le temps de ranger les chaussures, ouvrir la porte au chien – le pauvre toute une journée enfermé ! – et le pc était connecté au réseau. Un clic. Rapatriement des mails.
Aujourd’hui : cinq. Un spam la félicitant d’avoir gagner un million d’euros, elle qui n’avait jamais joué, trois mails de copines à « voir absolument » et un mail inconnu. Elle sélectionna les quatre premiers et poussa sur la touche « delete ». Soupir. Du temps de « gagné ». C’était déjà ça : elle était tellement fatiguée… Elle ouvrit le dernier mail et lut :
 
      "Chère Adèle,
Je viens de me rendre sur votre site. Je suis ébahi devant tant de talent. Vos paroles et votre musique m’ont transporté. Bouleversé. Je n’ai que peu de mots pour exprimer ce que je ressens. Sincèrement : mes félicitations pour votre talent. Je vous souhaite beaucoup de succès. Vous avez désormais un fan de plus…"
 
A plusieurs reprises, elle relut le contenu du mail. Tout compte fait, elle se sentait en pleine forme….
 

09.05.2009

Y'a pas d'raison...

Parce qu'il n'y a pas de raison que je ne partage pas ce texte-chanson avec vous malgré le fait qu'il se trouve sur Chloé... Pour une fois, un texte conjoint...

 

Chanson pour un cœur gros
Y'a pas d'raison 
  
Dans l’fond, moi, j’vous l’dis
Y’a pas d’raison
D’vouloir changer la vie
 
Même si l’on donne une dernière chance
Y’a pas d’raison
Que l’autre change
 
Oui, moi, j’vous l’dis
Y’a, heureusement, les amis
Les vrais. Les conquis
Ceux qui sont ici
Au bon moment comme pendant les instants maudits
C’est à ça que l’on sait : qu’ils sont des amis
 
Et puis, y’a ceux que l’on aime.
Malgré tout. Malgré eux.
Oui, mon cœur blessé en deux.
Et même plus. Surtout plus. Trop. Pas d'veine.
 
C’est comme ça.
J’y peux rien. Eux non plus.
J’ai rien choisi. Eux non plus
C’est comme ça.
 
Y’a pas d’raison de pleurer
Autant s’adapter
Histoire de ne pas (trop) pleurer.
 
Ouais. Y’a pas d’raison
© Rachel Colas
 
 triste
Dédié à Evelyne H.

07.05.2009

Les états d'âmes d'Adèle...

Par ce qu’elle est comme ça, parce qu’elle ne peut se taire ou arrêter de penser, Adèle nous livre ses ressentis, ses humeurs, les choses qu’elle n’oserait dire à personne, et même d’autres qu’elle n’oserait s’avouer à elle-même ! C’est dire… Elle nous autorise à devenir le miroir de son âme. Nous serons son reflet. Tantôt lumineux tantôt ombrageux. Elle vit, ne nous voit pas, ne nous sent pas… Elle nous a déjà oublié. Elle vit. Et plus rien d’autre ne compte…

 

LES ÉTATS D’ÂME D'ADÈLE

1. Musique

 

Plus fort ! Encore plus fort ! Adèle augmentait le son encore et encore. Presque à en vouloir faire éclater ses oreilles. De remplir celles-ci de son, lui laissait croire qu’elle allait les vider d’autres choses… Un peu de musique allait la soulager. Ses idées partaient dans tous les sens. Sans plus savoir si elles étaient tristes, gaies, déprimantes ou chantantes… A être submergé de musique, son corps commençait à se balancer en rythme. Du coup, il semblait que tout allait mieux. Il lui semblait qu’elle pouvait encore vivre. Elle pouvait se dandiner. Et même, chanter. Le reste importait peu. Elle décida qu’il en serait ainsi. Oublier et profiter de cet instant de répit. Après, elle aviserait…

musique adele

06.05.2009

Peindre la vie en rose : c'est bien. Faut-il encore trouver de la peinture que ne s'écaille pas...

« Peindre la vie en rose : c’est bien. Faut-il encore trouver de la peinture qui ne s’écaille pas. » Voilà la réflexion qu’elle s’était dite en coupant la conversation et en reposant le combiné sur son socle.

Les choses ne changeaient donc jamais ?

Un jour, il y a quelques mois, presque une année à vrai dire, elle avait pris son courage à deux mains. Faisant fi de ses torts, de ses rancoeurs, elle avait renoué. Avec sa sœur.

Après dix ans d’absence, les deux sœurs s’étaient retrouvées, presque par hasard. Elle, Juliette, la cadette, avait appris l’opération importante que sa sœur avait subi : un bras en moins. Cela changeait une vie. Sans conteste. Elle l’avait appris par une indiscrétion. Pourtant, aujourd’hui, après avoir raccroché, elle se demandait si réellement c’était une bonne chose de s’être rabibochées…

Les retrouvailles avaient été houleuses au début pour  que finalement  elles se retrouvent dans les bras l’une de l’autre. Prévisible. Tout était bien qui finissait bien. Comme disait la chanson. Sauf qu’elle ne disposait pas de la partition. Grave erreur.

Les choses avaient changé. Dans les premiers temps. Chacune ayant décidé de mettre un voile sur le passé. Sage décision. Une trêve. Courte. De quelques mois seulement. C’était déjà ça. Elle aurait dû s’en douter. Elle aurait dû savoir. Mais, non, elle avait fait à nouveau confiance. Elle avait foncé tête baissée. En plein de dedans ! Et, voilà : retour en arrière. Mauvais film. « Chassez le naturel, il revient au galop » Tant des proverbes et de phrases toutes faites lui revenaient en mémoire. Sa préférée aussi : « Pour vivre heureux, vivons cachés » ou encore « les amis, on les choisit. La famille, on la subit ».

Vraiment, elle se disait : rien n’avait changé. Elle voulait vivre le présent et le futur. Sa sœur la tirait dans le passé, à ressasser encore et encore les mêmes choses. Et hélas, pas les plus agréables !

Sa frustration s’arrêta. D’un coup. Lorsqu’elle décida, que non décidemment elle n’avait plus envie de jouer au jeu de la victime et du persécuteur. Il fallait être deux à ce jeu-là et non, c’était décidé, elle rangeait le jeu à la seule place qui en vaille la peine : en dehors de sa vie. Elle repensa à sa maxime vraiment, vraiment favorite : « Le soleil se cache toujours derrière les nuages » : à elle de souffler dessus et basta…

Et, elle décida que sa vie, oui, sa vie serait peinte en rose tout à son envie d’aller de l’avant, de faire front à ce qui la tirait en arrière. Oui, une peinture faite maison, purement bio, artisanale, de bonne qualité quoi… Sa peinture, unique et terriblement résistante aux orages de la vie…

coeur en rose


25.04.2009

Nouvelle Vie

Dans le salon c’était le calme plat. Même la télévision avait eu le caquet coupé. On n’entendait pas un bruit. C’était comme un jour inexistant. Rien ne bougeait. On n’entendait même pas le tic tac de l’horloge. Celle qui venait des parents. Celle dont on avait hérité et que l’on aurait pas osé mettre dans le grenier. Bref, un jour mort. C’était assez intrigant. Personne n’avait jamais eu cette impression de silence, de vite, de mort. Plus rien ne bougeait. Même pas les deux adultes perdus chacun dans leurs réflexions. Temps mort.

 Ils étaient tous les deux assis, chacun dans un fauteuil différent. Ils ne se regardaient pas. Ils s’étaient trop vus. Depuis de longues années déjà, ils ne regardaient plus. L’habitude probablement. La routine certainement. Et, voilà, aux trois quarts de leur vie, ils hésitaient.

Feraient, feraient pas. Ils pesaient chacun le pour et le contre. L’aspect financier d’abords. Le plus important pour eux. Allaient-ils pouvoir survivre séparé ? Les enfants ? Deux casés. Presque mariés. Chacun leur vie. Egoistes. C’était triste mais c’était comme ça. Ils étaient restés des années unis « pour les enfants » et maintenant ne restait que leur peau de chagrin. Les enfants se moquaient bien de leur couple maintenant qu’ils avaient le leur…

Fallait pas leur en vouloir : les enfants, c’est comme ça. Eux-mêmes comprendraient un jour. Lorsqu’il sera trop tard pour changer. Et, ils se diront que c’est comme ça : c’est la vie.

Elle le regarda : il avait vieilli. Il n’était pas encore trop mal pour son âge. S’il n’avait pas été son mari, elle aurait encore pu le trouver séduisant… Cependant, elle connaissait trop ses défauts que pour y voir une semblant d’attirance…

Il la regarda : elle avait vieilli… Ses yeux étaient entourés de pattes d’oie. Il se souvenait de la première ! Elle en avait fait une maladie. En avait pleuré. Il l’avait consolée et embrassé partout sur son visage lui assurant qu’elle était la plus belle de toute et que cela lui donnait tellement, tellement plus de charme. Elle avait fait semblant de le croire… A sa manière, elle était terriblement attirante, mais il la connaissait tellement par cœur. Plus rien à découvrir…

Ils se connaissaient trop. Ils s’étaient tellement aimé et aujourd’hui, ils se demandaient tous deux : ne devaient-ils pas connaître d’autres aventures ? Vivre ? En profiter ? Se découvrir ? Aimer ailleurs ? Ils se demandaient… Au bout du compte, ils ne savaient plus très bien ce qu’ils voulaient. Probablement un peu d’aventure, d’espoir, de folies… Le tout ensemble.

C’est elle qui parla la première : elle avait toujours été la première à se décider. Il eut un sourire attendri… Cela lui rappelait tellement de choses… Oui, il valait mieux se quitter un moment. Elle lui proposait de prendre un appartement pas loin de la maison. Ainsi, il pourrait continuer le jardin : elle savait que c’était sa passion et il la faisait tellement bien !

Ils pourraient continuer à se voir lorsqu’ils avaient envie. Surtout lorsqu’il avait envie…

Désormais, elle ne serait plus sa femme. Lui ne serait plus son mari. Non, ils seraient deux étrangers qui devaient se découvrir. C’était décidé. Ils devraient se reconquérir. Elle partirait le soir à l’hôtel. Elle avait vu un appartement de libre. Elle avait déjà pris ses renseignements. Elle lui donnerait signe de vie lorsqu’elle serait installée.  Auparavant, elle avait des choses à faire…

Elle était partie depuis un mois. La maison était vide. Le jardin de plus en plus resplendissant. Il était sorti deux trois fois avec Marjorie, une amie. En tout bien tout honneur, il avait senti qu’un peu plus et il… mais, il n’avait pas eu la moindre envie… Il aurait voulu la voir, elle sa tendre et chère épouse… Il était impatient qu’elle lui donne signe de vie… Son estomac se tordait lorsque le téléphone sonnait. Il avait l’impression de redevenir un adolescent. Pas sur de lui. Du tout. Son cœur s’était remis à battre anormalement : il revivait !

Quelques jours plus tard, il ne tenait plus en place, il rôda près de l’appartement de sa belle. Par hasard, il la croisa dans la rue. Feignit la surprise. Elle ne fut pas dupe mais tout simplement enchantée. Elle l’invita à prendre le thé. Une nouveauté pour lui. Il s’appliqua et tint bien son rôle. Il fut convenu de se concocter une sortie au théâtre. C’était nouveau aussi… Il attendait avec impatience le rendez-vous… Leur vie avait changé, était exaltante. Il ne s’était plus senti aussi jeune que depuis ces vingt ans ! Et maintenant, avec tout ce qu’il s’avait c’était vraiment le paradis…

 Ils se découvraient. Nouveaux. Différents. Parce qu’après tout, on ne se connaît jamais vraiment, alors que dire des autres…

couple chaise

20.04.2009

Un et un font quatre !

Ces deux là s’aimaient. C’était indiscutable.
Du premier regard, au plus profond d’eux-mêmes, une étincelle avait jailli pour en donner une flambée dévastatrice. Ils n’en pouvaient rien : les cellules de leur corps s’étaient reconnues et ne faisaient qu’un tout.
Ces deux là s’aimaient et c’était malheureux.
Du premier regard, ils savaient qu’ils n’avaient pas la permission de s’aimer.
Et c’était tant pis. Pour eux. Pour les autres. Et d’ailleurs, la permission, ils ne la demandaient pas : ils la prenaient.
Ainsi, dans un seul regard, tout s’était dit. Tout s’était fait.
Il était libre. Elle ne l’était pas.
C’était embêtant. Mais à y réfléchir, pas tellement, après tout. Ils feraient avec : ils n’avaient pas le choix. Du moins, il leur plaisait de le croire.
 
La symbiose entre eux était parfaite. Un regard suffisait pour éclairer la pensée de l’autre. C’était presque magique. Les occasions de se voir étaient rares mais intenses.
L’envie de se voir devenant de jour en jour plus pressante, les décida, d’un commun accord à provoquer le destin. Tant qu’à faire, eux qui s’étaient brûlés à force de jouer au feu, voulaient incendier leur quotidien de leur passion.
 
C’est elle qui eut l’idée.
Pour elle, le voir plus souvent.
Pour lui, qu’il la caresse du regard chaque jour.
Pour eux et pour personne d’autre.
 
Elle avait une belle-sœur, la femme de son mari. Elle était célibataire et si l’on faisait fi de ses défauts, - car elle en avait, n’est-ce-pas, comme tout le monde, et même « un peu plus » se plaisait-elle à penser – elle conviendrait parfaitement. Serait même parfaite. Une rencontre s’imposait…
 
Et la rencontre eut lieu. Tout fonctionna à merveille. L’amant devient l’amoureux de la belle-sœur. Les deux belles-sœurs se rapprochèrent. Rapidement et tout en douceur. Mine de rien. Sans s’imaginer qu’une de deux partageait un terrible et intime point commun avec l’autre ! Quant à lui, l’amant de deux cœurs, était heureux de voir plus souvent sa maîtresse lorsqu’il allait rendre visite en famille. C’était bien pratique.
Ces quatre-là s’aimaient. Et c’était heureux.
Ces quatre-là s’aimaient mais pas dans le bon ordre. Ma foi, pourquoi pas ? Cela arrivait.
 
Les jeux de regard par-dessus l’assiette lors des dîners de famille valaient leur pesant d’or. Quelques effleurements par-ci, par-là, mettaient du piment dans leur vie. Mais toute médaille à ses revers : la jalousie s’installa : la jalousie de voir l’être aimé donner la main à une autre, quelques caresses tendres pour donner le change. Pernicieuse jalousie : elle souffrait. En silence. C’était elle qui avait monté cette histoire. Lui, par contre, ne savait plus très bien où il en était : pour pouvoir approcher celle qu’il aimait, il devait en embrasser une autre… Tout cela était bien compliqué…
Il décida de faire simple et reprit sa liberté : fi de la belle-sœur. Elle méritait mieux. Un homme sincère envers elle. Elle n’a jamais su et ne saurait jamais. Et c’était heureux pour elle.
 
Ces deux-là s’aimaient mais ce n’était plus vivable.
Elle voulait mais n’osait le rejoindre.
Lui voulait mais n’osait faire le pas
Ces deux-là s’aimaient et décidèrent de se rendre leur liberté.
 
Parfois, ces deux-là se donnent des nouvelles : ils n’ont pas oublié.
Ils n’oublieront d’ailleurs jamais…
les amants art
Pour A. et V.

19.04.2009

C'était si étrange...

C’était il n’y a pas si longtemps. Je n’aurai vraiment pas su dire si cela datait d’une semaine, d’un mois ou plus. Mon esprit refusait d’y voir un quelconque laps de temps. C’était tellement irréel ! Et à vrai dire, parfois, je me demande si je n’ai pas tout inventé. A moins que rêver ? Cela se pouvait. Pourtant, je l’avais quand même bien vécu ce moment ? Puisqu’il était ancré au plus profond de moi. Chaque jour, j’en revisitais l’instant. Oui. C’était hier. Ou avant-hier ? Ou plus longtemps ? Vraiment c’était hors temps… Hors vie peut-être.
 
Je me souviens avoir regardé dans la boîte aux lettres. Comme tous les matins. A 10h. Le facteur passait toujours à 9h45. Je lui autorisais mentalement un retard de quinze minutes. Il me semblait que c’était parfait. Il ne m’avait d’ailleurs jamais fait faux bond. Trop bien élevé. Peut-être. Je me souviens avoir trouvé quelques prospectus sans intérêt ainsi qu’une lettre pour le nouveau voisin. Voilà qui n’était pas courant : le facteur ne se trompait jamais ! Je me souviens aussi m’être senti très fatigué : je n’avais pas passé une bonne nuit. Le chien avait voulu sortir aux alentours des 4 heures du matin. J’avais dû lui ouvrir la porte du jardin… Ce n’avait pas été de gaîté de cœur mais la pauvre bête avait tellement filé vite que je ne lui en avais pas voulu…
 
Je me sentais triste aussi. Sans raison aucune. Parfois, certains jours sont comme ça. On se demande ce qui cloche. On cherche. On ne trouve pas et cela renforce encore notre sentiment d’impuissance, sentiment que « quelque chose ne va pas ». J’avais beau chercher tout allait bien dans ma vie. Alors ?
 
Je me souviens de cette longue après-midi… J’avais envie de partir mais n’en trouvais pas le courage. Trop fatigué. Une lassitude inexplicable. Le chien alla chercher plusieurs fois sa laisse en pleurnichant. D’habitude, il prenait sa laisse vers 16h. Après ma petite sieste lorsque je m’endormais devant mon feuilleton favori. Dès que le générique commençait, je piquais du nez. Idéal pour se retrouver en forme. Sauf que là, je n’avais pas su regarder la télévision : panne d’électricité !  J’avais bien été tenté d’allez voir ma voisine d’en face, histoire de savoir si elle aussi avait une panne d’électricité mais j’avais trop la flemme. Et ce chien qui n’arrêtait pas de sauter ! Et puis, je devais remettre au voisin sa lettre. C’était peut-être important ? Mais après tout, il travaillait et ne rentrait que vers 17h. Du moins, c’est ce que j’en avais déduis après depuis les deux semaines qu’il avait emménagé dans le quartier… Bref, je m’étais dis que j’avais largement le temps !
 
C’est à peu près à ce moment-là que j’ai entendu un grand choc sur la fenêtre qui m’a fait sursauter et presque sortir de mes pantoufles ! Je me suis approché de la fenêtre mais je n’ai rien vu de spécial ! Tout semblait tranquille dans la rue. J’avais à peine le dos tourné que le bruit a retentit une seconde fois. Plus fort. Encore des gosses qui jouaient sur le trottoir : à se demander quand ils allaient encore à l’école ! De mon temps… Ils allaient me casser un carreau ! Je me souviens m’être penché un peu plus en avant pour voir l’angle de la rue et voir combien ils étaient… A ma grande surprise, il n’y avait personne… Ils devaient être parti… du moins, c’est ce que je me suis dit sur le moment. J’allais me remettre dans mon fauteuil lorsqu’un nouveau choc m’a de nouveau fait sursauter : ce n’était plus possible ! Sans réfléchir, je suis sorti du salon, j’ai traversé en deux pas décidé le corridor et j’ai ouvert à toute volée la porte d’entrée. Le chien en a profité pour bondir dehors tout à la joie de cette liberté inespérée… J’ai voulu le retenir mais j’ai senti une poussée violente dans mon dos, surpris je me souviens m’être retourné, j’ai cru défaillir de surprise, de peur, d’étonnement, je ne sais plus vraiment et j’ai vu - ou j’ai cru voir ? - deux grands yeux bleus dans un visage trop blanc. Un homme. Jeune, m’a-t-il semblé… Cela s’est passé tellement vite… Sous la poussée, je me suis retrouvé sur le trottoir, par terre, j’ai eu juste le temps de mettre mes mains en avant pour me protéger le visage. Je suis tombé de tout mon long. Et, c’est là que ma maison a explosé…
 
Une fuite de gaz, m’a-t-on dit. Pas de mort. Pas de blessé : quelques écorchures aux mains et aux genoux. Paraît que j’ai eu beaucoup de chance… Je n’en doute pas une seconde. Et aussi…, qu’il n’y avait personne dans le quartier ! C’était en pleine semaine, aucun enfant ne jouait dans la rue… Alors ? Qui était-ce ? Ai-je rêvé ? Ou ai-je tout simplement la chance d’avoir quelqu’un qui veille sur moi ? Et si oui ? Pourquoi moi ? Qui est-il ? J’ai beau me demander, je n’ai pas de réponse. Sauf celle qui m’arrange, histoire de ne pas devenir fou… En attendant, le voisin ne recevra jamais sa lettre : j’espère que cela n’était pas important… mais, cela, c’est une autre histoire…
 

14.04.2009

La boutique de Violette et de Clara

Le magasin était vide. Cela tombait mal. Elle aurait voulu du monde. Ou tout du moins, y trouver une personne. Une femme de préférence. Ne pas entrer et être la seule cliente du magasin. Elle avait envie. D’entrer. N’osait pas. Timide ? Parfois. Elle se demandait : était-ce bien raisonnable ? Cela faisait trois fois qu’elle passait devant la boutique et toujours personne. Elle enrageait. Elle regarda encore une fois la devanture : quelques livres, dont « Vivre ses émotions… ». Celui-là, elle l’avait. Important, les émotions ! Et, aujourd’hui, elle se demandait : devait-elle écouter sa « petite voix » qui lui susurrait « Entre, Entre…qu’attends-tu donc pour entrer ? ». Hum, facile à dire !

A côté des livres, quelques lampes de sel de différentes tailles. Différents prix aussi. Naturellement. Elle aimait encore bien celle à 25 euros : pas trop grande ni trop petite. Peut-être qu’après tout, si elle ne trouvait pas ce qu’elle cherchait, elle se ferait un petit plaisir. Histoire de ne pas être venue pour rien. Devant les lampes, quelques bijoux de cuivre étaient disposés. Pour le magnétisme, semblait-il. Aussi, des potions inventées à partir de différentes plantes certifiées 100% bio, des petites statuettes porte-bonheur, des jeux de cartes divinatoires, des pendules sans oublier des bougies de toutes les couleurs ! A ce sujet, comment pouvait-on acheter des bougies noires ? Et, immédiatement, elle pensa à une décoration de table blanche et noire. Pourquoi pas ? Elle décida d’entrer…

Un carillon aux sons clairs. Boutique vide. Personne derrière le long comptoir. Elle s’avança doucement, presque sans bruit de peur de trahir sa présence. Elle regarda sans toucher le moindre objet. Ayant toujours peur d’être soupçonnée de vol. C’était ridicule. A cette pensée, elle s’affranchit. Découvrit des fioles de parfum, en huma deux, trois pour finir par ne plus rien sentir. Une goutte de parfum s’était déposée sur le bout de son nez : elle n’avait pas été très délicate. Des bijoux, en argent pour la plupart : elle apprécia tout particulièrement la pendentif en forme d’elfe. Quel travail d’artiste ! Le ailes semblaient transparentes tant elles étaient fines. Elle admira aussi les boules de cristal. Se demandant comment voir (prévoir ?) dans cette boule translucide, son avenir. Elle s’émerveilla de voir une multitude de jeux de cartes : des anges, des druides, de la nature, des elfes, des tarots de Marseille et autres... Elle n’en avait jamais vu autant. Les pendules aussi l’intéressaient… Mais, lui faisait peur, elle se l’avouait. Un frisson lui traversa le dos : que venait-elle faire dans ce magasin ? Si elle n’avait pas trouvé dans le tiroir de Martine la carte du magasin, jamais elle n’aurait osé…Il faut dire qu’elle était heureuse Martine depuis… et c’était ce qui l’avait décidée à venir… Evidemment, le magasin était situé dans le vieux quartier. Et pas du côté, le plus sélect ! Après avoir fait quelques recherches, « on » lui avait fait comprendre que seuls les initiés… On pouvait même y prendre des cours… Cours de quoi, elle ne savait pas trop bien… Elle n’avait pas trop envie de creuser…Elle eut une envie subite de partir…

Clara était derrière son comptoir depuis quelques minutes. Silencieuse, elle regardait sa cliente hésiter entre les rayons. Elle semblait frêle. Perdue. Avait peur. N’osait pas. Vivre. Tout simplement. Elle voyait à qui elle avait affaire. Se demandait si elle allait se tromper. L’avenir le lui dirait. Dommage, sa sœur Violette, n’était pas là. Elles auraient pariés. A moins qu’elles ne tombent d’accord, ce qui était probable tant elles connaissaient la nature humaine… Ce qui était presque à faire peur. Personne ne le savait heureusement. Malheureusement. Elles devaient tellement déménager. Tous les quatre ans. Lorsque le succès les dépassait. Elles n’en pouvaient rien : c’était comme ça. C’était leur destin. Clara attendit. Sentit que l’autre allait partir. D’un pas silencieux, elle sortit de son comptoir et se positionna devant la porte d’entrée du magasin. Bloquant la sortie.

Françoise sursauta. Elle n’avait pas vu arriver la femme. En une seconde à peine, elle avait fait son jugement. Pas laid, pas joli. Etrange. Où tout du moins collait parfaitement au magasin. A moins que ce ne soit l’inverse. Elle avait de longs cheveux châtains encadrant un visage émacié, de grands yeux verts soulignés d’un trait de eyes liner et des lèvres fines sans le moindre soupçon de rouge à lèvre. Elle était habillée tout en noir : une blouse en coton, retenue par une grosse ceinture en métal argenté posé sur une longue jupe traînant presque parterre. Elle portait ce qu’il semblait être des bottes ou peut-être des bottines. La longueur de la jupe ne permettait pas de savoir exactement.  Cela se passa en une fraction de seconde. La seule chose qu’elle retint dans son esprit fut qu’elle lui paraissait… « Longue » ! Si longue ! Caractéristique étrange pour décrire une personne. Mais ce fut le seul mot qui resta parmi d’autres qualificatifs.

Elles s’examinèrent toutes les deux. Rapidement. Une seconde ? Plus ? Moins ? Tout s’était dit. Clara savait qu’elle devait agir. Elle soupira. Elle n’avait pas le choix. Encore une. C’était ainsi…

-         Bonjour. Je suis là pour vous conseiller. Que puis-je pour vous ? demanda, d’une voix douce, Clara.

-         C’est-à-dire que… je ne sais pas très bien… ce que je cherche. Si vous avez…

-         Hum… Nous avons tout ce dont vous avez besoin. Venez et expliquez moi tout. Ayez confiance… Parce que si vous êtes ici, c’est que vous avez confiance n’est-ce pas ? Vous êtes envoyée par une amie ? Qui vous a dit que sa vie avait changé de tout au tout depuis qu’elle était venue ici, n’est-ce pas ?

-         … oui. Comment le savez-vous ?

-         Nous ne vendons que par le « bouche à oreille ». Aucune publicité. C’est notre garantie de qualité. Nous n’acceptons les nouvelles clientes que sous certaines conditions. Il faut voir si vous en faites partie…

-         Conditions ? Pourquoi ne pourrais-je pas ? Je ne comprends pas…

-         Voyons. Venez. Laissez-vous aller. Que désirez-vous au plus profond de vous qui a fait que vous avez franchi le seuil de cette porte. Fermez les yeux et soyez sincère. Je PEUX tout pour vous…

Françoise ferma les yeux. Elle ne pouvait résister à la voix de Clara. Basse. Fluide. Harmonieuse. Douce. Donnait presque envie de dormir, de rêver, de s’abandonner. Elle voulait. Voulait vraiment. Elle avait tellement difficile à l’admettre, elle qui était si libérée, si indépendante, si directive, qu’elle désirait plus que tout au monde trouver l’amour. Oui, l’amour avec un grand « A ». Elle le voulait du plus profond de son être. Elle avait besoin d’aide. Elle se sentait une handicapée de l’amour ne sachant pas séduire comme ses collègues, battre des cils ou porter des tenues affriolantes. Elle ne savait pas comment faire : elle qui était au top des compétences dans son travail, se sentait nulle dans les rapports amoureux. Elle avait même l’impression qu’elle était un remède contre l’amour alors qu’après tout elle n’était ni plus belle ni plus laide qu’une autre… Oui, un bel amour. Si elle avait pu payer elle l’aurait fait. Elle s’était même penchée sur le catalogue de Golden boys. Ne sachant lequel elle aurait choisi les trouvant tous à son goûts. Mais en fille bien élevée, elle avait mis le catalogue de côté. Elle n’était pas aussi désespérée que ça. Quoique. Son besoin de tendresse devenait urgent. Terriblement urgent.

Sans s’en rendre compte, elle avait déversé d’une traite ses espoirs, ses peurs, sa vie. L’autre l’écoutait la tête penchée. Attentive aux moindres tressaillements, aux moindres éclats dans les yeux. Elle avait besoin de sincérité pour travailler. Elle avait besoin d’un désir puissant. Urgent. Plus les défis étaient grands, plus elle gagnerait. En puissance. Encore et encore. Elle était la spécialiste depuis des siècles : cela n’allait pas changer ! Car le monde tournait toujours de la même façon : le monde avait beau être sous l’emprise de l’argent, de l’Internet, restait toujours l’amour a conquérir. Cela ne changerait pas. Tant qu’elle et Violette seraient de la partie… Elles avaient encore du travail pour les années à venir.

Françoise se surprit à vider son cœur devant cette femme inconnue. Elle en était le première surprise : elle n’avait pas l’habitude de se confier. Elle n’avait ni amie, ni ami. Elle avait des collègues, des relations de travail, des contacts, des voisins et des voisines. Presque pas de famille. Elle se rendit compte qu’elle était seule…

-         Très bien. Vous cherchez de l’amour. Le vrai. L’unique. Celui qui fait battre votre cœur plus vite. Celui qui vous fait tourner la tête. Celui qui vous fait faire l’inimaginable, avec cette sensation délectable de l’interdit, comme de lécher une glace avec le reste de monnaie que vous deviez rendre à la voisine à qui vous avez fait les courses. Par exemple.

Françoise la regarda avec les yeux ronds : comment pouvait-elle savoir que de temps en temps elle faisait ce cauchemar ? Oui, c’était vrai qu’elle avait volé la voisine de sa mère lorsqu’elle était petite… Et Dieu sait qu’à l’heure actuelle, cela avait été sa meilleure glace de toute sa vie… Elle sentit le rouge monter aux joues. Cela ne lui était plus arrivé depuis des siècles…

-         Très bien. Suivez-moi

Docilement, Françoise la suivit dans l’autre pièce. Elle ne l’avait pas vue de suite : cachée derrière un fin rideau dans les tons verts, comme le reste de la boutique, en fait. Le rideau se tenait entre deux bibliothèques où s’entassaient mille et un trésors. Elle se rappelait pourtant de l’étagère avec toutes les lampes de sel pourtant elle n’arrivait pas à se souvenir de ce rideau. Etrange. Elle haussa les épaules : qu’importe. Elle n’avait pas fait attention et puis elle s’en fichait. Elle n’avait jamais été une très bonne observatrice. Sauf pour les erreurs de calcul. Compétence qui lui avait valu un beau poste dans la banque. Elle était directrice et avait une équipe de trente personnes en dessous d’elle. Elle avait dû se montrer ferme et inaccessible. Ce n’était pas sa faute. C’était sa fonction qui l’exigeait. En fait, elle ne savait pas faire autrement. Non, vraiment elle ne savait pas faire autrement et c’était ça en réalité son problème. Comment faire ?

Elle se retrouva aux côtés de Clara devant une armoire remplies de bouteilles. A des étages différents. Toutes les bouteilles étaient les mêmes. Elles étaient toutes brunes avec un gros bouchon en lierre. Quelques unes étaient même scellées avec de la cire rouge. Rouge sang. Elles devaient être vieilles. Précieuses. Elle frissonna. Chaque bouteille avait une étiquette écrite à la main. A l’encre brune aussi. Elles donnaient l’impression de dater. Cela devait être fait exprès. Pour donner de la valeur. Parfois, il semblait que le liquide à l’intérieur soit plus opaque que dans d’autres mais elle n’aurait su le jurer.

Clara la regarda et répéta gravement : l’amour.

-         Hum. Je vois. Je pense qu’il vous faut : celle-là. Pas une autre. Dit-elle en s’emparant de la troisième bouteille sur la plus haute étagère. Elle frotta un peu la poussière et puis brandit fièrement la bouteille face à Françoise.

-         Voilà. C’est celle-là. Suivez-moi. Je vais vous expliquer comment faire.

Clara commença à envelopper la bouteille dans du papier brun. Doucement. Avec dextérité pourtant. Sans trop risquer de mélanger le contenu.

-         Voilà. Une cuillère à soupe le matin dans votre lit. Vous mettrez votre bouteille sur la table de nuit. Pas ailleurs. Vous veillerez à fermer les tentures de votre chambre. Pas de soleil sur la bouteille. Une cuillère à soupe avant de vous endormir quelque soit l’heure. Le jour où vous oublierez vous devrez me téléphoner impérativement le lendemain. Donnez-moi votre nom et votre numéro de téléphone. Dans quatre semaines : ce sera le jeudi 9. vous aurez de mes nouvelles à 17h. Ni avant, ni après. Vous me répondrez. Dans le cas contraire, tous les bienfaits de cette potion s’annuleraient. Et vous devrez recommencer tout le processus. Je suppose que cela n’est pas le but, n’est-ce pas ?

Françoise n’eut pas d’autre choix que d’acquiescer. Clara termina l’emballage, écrivit quelques mots sur un carton qu’elle tendit à Françoise :

-         Voici la posologie à respecter à la lettre. Vous vous en sortirez bien. J’ai confiance en vous. Soyez-le pour vous. Ouvrez grands vos yeux : c’est le meilleur conseil que je puisse vous donnez aujourd’hui. Il est grand temps ! Voilà : cela fera trente euros. Inscrivez vos coordonnées dans ce carnet à la date du 9 pour que je puisse vous contacter. Sur la bouteille se trouve notre numéro. En cas de besoin.

Françoise obéit. Sans vraiment réfléchir. Elle qui avait l’habitude de donner des directives et même des ordres avait l’impression de devenir un mouton. Cela lui faisait du bien d’être enfin dirigée. Cela la changeait. Se laisser aller. Enfin. Ne pas réfléchir. Suivre son instinct et avoir confiance. En l’irréel peut-être. Mais cela faisait tellement du bien de ne pas réfléchir, de ne pas intellectualiser. Le lâcher prise. Comme elle aimait ça ! Elle sortit de la boutique avec une sensation de légèreté alors qu’elle était sortie avec sa bouteille. Elle en avait pour un certain temps. 50 cl. Il faudrait qu’elle soit contentieuse… Et si elle prenait une gorgée au lieu d’une cuillère à soupe ? Cela ferait-il venir l’amour plus vite ? Plus fort ? Et si c’était un verre ? Mais, il ne valait mieux pas… On ne savait pas vraiment ce que cette bouteille contenait… Et puis qu’importe. Fallait qu’elle fasse confiance. A la vie. Et à elle. Ne pas oublier le conseil : ouvrir ses yeux…

Clara n’avait pas fini de vérifier son carnet qu’une autre cliente entra. Celle-ci était rigolote : un drôle de chapeau avec une fleur bleue, un long manteau noir. Décidée. Un peu brusque. Le sourire aux lèvres. Clara soupira : celle-là avait du tempérament. Elle n’était pas encore arrivée à son niveau mais n’en était pas loin. Les plus difficiles ! Un peu comme si ce type de femme était sa sœur cadette impatiente de devenir grande sans en avoir les moyens physiques. Elle soupira encore une fois. Maudissant Violette de ne pas être présente : c’était elle la spécialiste des « chrysalides ». C’était comme cela qu’elles les appelaient. Pour faire la distinction avec les autres. Les normales. Les « pas évoluées ».

Clara l’observa à la dérobée. L’autre l’avait vue, lui avait sourit et s’était évidemment dirigée vers les bouteilles. Elle avait vu la tenture, l’arrière pièce. Evidemment. Elle avait les yeux pour voir. Cela ne serait pas difficile d’obtenir des résultats : elle était déjà de très bonnes volontés cependant c’était trop facile. Clara aimait prendre des défis. La femme au chapeau l’appela. Lui demanda de prendre la première bouteille du premier rayon. La plus poussiéreuse. Connaisseuse en plus. Evidemment. Elle venait chercher de la Concrétisation. Donna d’elle-même son nom. Son numéro. Annonça qu’elle-même téléphonerait dans les trois mois. Clara n’avait pas le choix. De toute façon, elle savait comment cela finirait. Elle ne lui donnait pas deux mois. Trop déterminée. Violette en aurait été fière. Elle l’aurait presque engagée. A retenir son nom. D’ici une petite année, elle pourrait faire l’affaire…

Il était à peine quatre heures de l’après-midi, qu’elle se décida à fermer boutique. Elle savait pertinemment bien que plus personne ne passerait le pas de la porte. Elle attendrait Violette sagement. Lui raconterait les deux visiteuses. Et ferait des paris. Comme d’habitude. Et comme d’habitude, elles tomberaient d’accord sur l’issue. Ce n’était même plus marrant. Mais, c’était leurs vies. Elles étaient faites pour cela et en étaient fières. Il n’y en avait plus beaucoup comme elles. Du moins, pas des vraies. Des pures.

Des jours passèrent. Lents. Sans surprise. Elles attendaient. La prochaine venue. C’était Violette qui tenait le magasin pendant que Clara imaginait de nouveaux articles à vendre. Elle entra, jolie, blonde. Comme des centaines. Un vrai moule conforme à la société de nos jours. On l’eut crue sortie d’un magazine de mode. Glaciale. Si peu naturelle. N’empêche derrière cette carapace préfabriquée, il y se trouvait belle et bien une femme. Avec des sentiments, des envies, des peurs, des espoirs. Elle était là pour ça. Violette attendait. Qu’elle vienne. D’elle-même demander. Elle n’avait pas la même technique que sa sœur. Elle préférait laisser le libre arbitre et ne pas provoquer. Sa sœur n’était pas d’accord. C’était son choix. Elle faisait comme elle sentait. A chacune sa responsabilité. De toutes façons, que ce soit de sa manière ou de celle de Clara, les résultats étaient les mêmes : presque 90% de réussite. Les 10% ne comptaient pas. Violette eut raison ; la femme en papier glacé s’approcha d’elle et demanda timidement un conseil. Elle voulait savoir si c’était exact que le magasin permettait de trouver l’impensable. Violette ne répondit pas de suite. Elle scruta quelques longs instant la femme. Dans les yeux. Si bien que celle-ci s’empourpra et baisa les yeux. Non, décidemment quelque chose clochait. Elle secoua la tête de gauche à droite. Sans prononcer un mot. Impressionnée, la femme recula et s’en fut plus vite qu’elle n’était entrée. Violette se sentit mal. Encore une. Le Triomphe. Voilà ce qu’elle cherchait ! Heureusement qu’elle était là, si Clara l’avait reçue, elle n’aurait pu s’empêcher de la servir et Dieu sait ce qu’il serait arrivé !

Françoise suivit à la lettre sa « neuvaine d’amour » comme elle disait en son fort intérieur. Elle avait pensé le nommer son « régime d’amour » mais le mot « régime » en lui-même lui déplaisait… Il lui semblait qu’elle était au « régime » d’amour depuis si longtemps qu’elle se sentait en manque comme après un régime strict : une envie de sucre inépuisable. En soit, les instructions étaient facile à suivre : avaler une cuillère le matin et une le soir avant de se coucher. Le liquide rosé n’avait pas tellement de goût : légèrement sucré. Elle n’arrivait pas à déterminer le goût. Un goût de fraise, peut-être ? Bah, et puis après tout quel importance tant que cela marchait… Il fallait avouer qu’elle ne voyait pas beaucoup de changement sauf qu’elle se sentait en meilleure forme, était plus souriante, moins sur ses gardes. Elle entendait des chuchotements derrière son dos : elle étonnait, semblait heureuse. Et, de sentir les regards curieux de ses collègues et employés lui donnait, elle qui était plutôt timide, un regain de confiance en elle. Pour une fois, elle se sentait femme. Vraiment. Pas une femme d’affaire, pas une « business woman » comme elle aimait se déterminer auparavant. Non. Une femme. Tout simplement et cela faisait du bien ! Tellement du bien ! Depuis qu’elle prenait sa potion, elle avait l’impression de jouer un rôle. Un rôle sur mesure et qui, pour une fois, la mettait en valeur. Elle avait parfois envie de rire devant les regards scrutateurs. A certains moments, elle en venait à se dire que cette potion commençait à changer sa vie, qu’elle en ressentait les bienfaits… Du moins, oui, il lui plaisait d’y croire.

Elle était impatiente que « la femme de la Boutique » lui téléphone. Elle avait envie d’être félicitée d’avoir si bien appliqué la posologie ! Oui, elle était fière d’elle…

Clara tourna la page de l’agenda. Demain : le 9. Elle devrait contacter à 17h, Françoise, bouteille d’amour 47. Elle riait sous cape. C’était si facile. D’obtenir ce que l’on voulait. Si c’était fait en toute sincérité. En toute honnêteté. En toute liberté. Pas besoin de gouttes magiques… Mais c’était comme cela. Les Normaux avaient besoin de croire. Pour avancer. Se donner du courage…

La femme au chapeau à la fleur bleue souriait. Elle allait téléphoner au magasin. Parce qu’elle avait promis. Connaissant la procédure. Quelques parts, elle trouvait cela complètement ridicule. Elle le ferait. Juste, peut-être, pour les remercier d’être là. Bien sûr, elle n’avait absolument pas bu aucune goutte du contenu de la bouteille. Elle connaissait le truc. Pourtant, elle avait craqué… Elle avait besoin, pour se rappeler, de voir, tous les matins, sur le plan de travail de sa cuisine, juste à côté de la corbeille de pain, cette bouteille « Concrétisation ». Elle eut un petit rire de gorge. Elle était en plein dedans ! Plus vite qu’elle ne l’avait prévu, d’ailleurs. Avec ou sans bouteille. Oui, elle téléphonerait, pour dire merci. Pour dire, continuez. Pour les autres. Elle avait compris. Ce serait la dernière fois…

Clara entendit cinq sonneries avant que Françoise ne dise dans un souffle, un faible « allo ». Comment ? Elle n’était pas près du téléphone ? Etonnant. D’habitude les autres… Françoise était essoufflée comme après une trop longue course à pied. En réalité, elle était émue. Tant d’émotions la submergeaient ! C’était assez étrange. Elle venait de raccrocher quelques instants auparavant. Juste le temps d’accepter l’invitation de Jean. Jean, le nouveau chef de service du département marketing. Elle ne l’avait pas remarqué. Pourtant, cela faisait bien six mois maintenant qu’il travaillait en collaboration avec son service. Mais, là, lors de la dernière réunion, elle l’avait trouvé particulièrement brillant. Elle s’était même surprise à le trouver bel homme. Avait croisé une ou deux fois son regard. Plutôt deux qu’une d’ailleurs… S’était sentie rougir comme une adolescente. Lui, avait trouvé son teint merveilleux et n’avait jamais vu un regard aussi brillant. C’était ce qu’il venait de lui dire. Elle n’était née de la dernière pluie comme on disait, mais il fallait avouer que cela lui faisait plaisir… Et, que oui, bien sûr, elle acceptait son invitation au restaurant. Juste le temps de se préparer. Elle avait envie de danser et de chanter… Clara écoutait, sourire aux lèvres, toute à sa joie d’entendre le bonheur filtrer dans les paroles de Françoise. Elle conseilla de continuer le « traitement » encore une petite semaine. Elle était sur la bonne voie… Non, elle ne téléphonerait plus. Oui, elle pouvait revenir au magasin quand elle le voulait…  Cependant, Clara savait pertinemment bien qu’elle ne viendrait pas. Elle n’aurait pas le temps. Oublierait. Cette histoire de bouteille. ? N’y verrait plus que le hasard. C’était comme cela que ça se passait et c’était bien. Ils oubliaient tous leur bouteille. Toujours sans exception. C’était le but. Une petite aide et puis s’en vont… Bientôt, oui, elles devraient partir. Ailleurs.

 La femme au papier glacé était seule. Elle ne savait comment obtenir le triomphe sur l’Autre. Se sentait et était glacée. La femme ne s’y était pas trompée : elle aurait voulu trouver une bouteille avec le mot « vengeance » mais n’avait rien trouvé. Elle n’aurait jamais du mettre les pieds dans cette boutique. La femme l’avait percée à jour. Son regard avait été comme le miroir de son âme. Depuis, elle se sentait mal. Il faudrait, oui, il faudrait qu’elle arrive à tourner la page. Trouver la paix. Peut-être qu’après tout, elle devrait y retourner. Dans la boutique. Se faire aider. Elle aurait besoin de pardonner. Ou, plutôt de se pardonner. Parce qu’après tout, elle était un peu responsable… Si elle n’avait pas été comme ça, jamais il ne l’aurait quittée pour l’Autre… Il fallait qu’elle lâche prise. Pour vivre. Mieux vivre. Oui, elle y retournerait. Lorsqu’elle serait prête à se pardonner… Avant qu’il ne soit trop tard et que sa haine ne l’étouffe complètement…

Violette et Clara fermaient le magasin. Elles vérifiaient les étagères, comptaient les bouteilles restantes, dressaient la liste de celles qu’il faudrait faire ce soir. Avant l’ouverture, demain. C’était leur dernière semaine. Ensuite, elles partiraient. Sur un autre continent, dans une petite ville. Là, où il y avait tellement de choses à faire… Il faudrait beaucoup de bouteilles « Espoir », « bonheur », « confiance ». Elles pourraient y rester au moins un an tant il y avait à faire… C’était la dernière mission qu’elles acceptaient. Il était temps qu’elles passent la main…Elles formeraient des équipes pour prendre le relais. Elles seraient chargées de la sélection divine : elles seraient strictes sachant combien le pouvoir pouvait faire tourner la tête même aux anges les plus méritants… Mais, cela, c’était une autre histoire…

Clara s’empara d’une vidange : elle rinça plusieurs fois la bouteille. Elle chercha dans l’armoire l’ingrédient pour « l’amour ». Ne trouvant pas ce qu’elle cherchait, elle apostropha Violette : « Il n’y a plus de sirop de cerise ? Ni de fraise ? La bouteille d’amour a vraiment du succès… »

potion rouge